Un cochon pour la vie (Elke Heidenreich & Michael Sowa)

Celui-ci est un de ceux qui me font de l’oeil à la bibli et auxquels je finis par céder inopinément.

Erika a la peau douce et les yeux bleus.
Elle est énorme et légère à la fois. Quand ils la voient, les gens sourient, les souvenirs affluent, les langues se délient. Pas de doute, Erika a le pouvoir de changer la vie de ceux qui la croisent.
Et c’est bien ce qui va arriver à Betty, l’héroïne de ce roman tendre et cocasse, alors qu’en cette veille de Noël, elle s’apprête à traverser l’Europe pour rejoindre son ex-amant.
Petite précision : Erika est un cochon, un cochon en peluche grandeur nature…

Avec ses illustrations, ce livre ressemble à un album, mais c’est bel et bien un roman (les illustrations ne sont pas majoritaires – loin de là, seule une poignée en parsèment le texte).

Le résumé éditeur est très bien fait: il m’a accroché et je n’ai pas été déçue ; il résume bien sans spoiler ni être trop vague.

On commence bien bas dans la morosité avec cette Betty qui se tue au travail et n’a pas du tout l’air heureuse de sa vie, et pour qui Noël ne s’annonce pas des plus gais.

Jusqu’à ce qu’elle accepte avec reconnaissance l’invitation de son ex à Lugano…

En dernière minute avant d’entamer son long voyage, elle file acheter un pot de moutarde comme cadeau, mais en chemin elle flashe complètement sur une adorable peluche de cochon, presque grandeur nature, au regard infiniment bon.

*

« Ce cochon avait l’air humain et je ne sais plus comment j’en étais arrivée à « Erika », mais ça avait été vraiment ma première pensée: ce cochon ressemblait à une personne. Une personne qui s’appelait Erika et ressemblait à un cochon.

(…) Elle avait une grosse tête, un groin légèrement entrouvert, des oreilles molles et ses deux yeux, à peu près aussi gros qu’une pièce d’un mark, étaient en verre, d’un bleu ciel qui lui donnait quelque chose d’indescriptible dans le regard, comme un air confiant, gentil et curieux, doublé d’une sorte de lucidité tranquille qui semblait dire: « Mais à quoi bon toute cette excitation! Il faut prendre les choses comme elles viennent. Regarde-moi! J’ai beau n’être qu’un cochon en peluche au beau milieu d’un KaDeWe, pour moi, la vie a un sens, j’en suis sûre, même s’il est caché. »

Je sortis ma carte de crédit et payai sans hésiter les 678 marks pour Erika. Je dus mettre mon sac de voyage sur mes épaules car j’avais besoin de mes deux mains pour porter Erika. Elle était incroyablement légère, et douce comme du velours au toucher, quoique énormément grosse. Je ne pouvais la tenir qu’en l’appuyant contre mon ventre et en l’enlaçant de mes deux bras. Elle posa ses deux pattes sur mes épaules et cala ses deux jambes arrière sur mes hanches. Sa tête dépassant de mon épaule gauche, elle regardait de ses grands yeux bleus.

La vendeuse s’exclama: « Encore une petite caresse! » Et elle passa une main douce et tendre entre ses deux oreilles roses. Puis on abandonna la vendeuse au milieu de ses nounours, ses girafes et ses chats et on se dirigea, Erika et moi, vers la sortie.

Les gens s’écartèrent pour nous laisser passer. C’était juste avant Noël, il ne restait plus que quelques heures avant la fermeture des magasins. Tout le monde était pressé, épuisé, stressé par les préparatifs et angoissé à l’idée des tensions familiales à venir. Mais, dès qu’ils apercevaient Erika, tous les gens ne pouvaient s’empêcher de sourire. »

*

          

Pendant ce périple, Betty a évidemment le temps de ressasser son passé, avec toutes ses rancoeurs et ses échecs.
Mais, parallèlement, Erika fait doucement son petit effet…

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« Petit à petit, je parvenais à me détendre presque complètement. En l’espace de quelques heures, Erika avait changé ma vie. Je veux dire par là que ma vie se déroulait autrement depuis qu’Erika était là. J’avais parlé à des étrangers, même au chauffeur du taxi. Des gens m’avaient regardée en souriant et je leur avais souri en retour. Partout où nous étions passées, Erika et moi, nous avions éclairé un instant l’atmosphère et le visage des gens. »

*

Et puis, au moment d’arriver, Betty réalise d’un coup qu’elle n’a vraiment pas envie de ce Noël chez son ex, à ressasser encore les regrets tout en s’efforçant de sauver la face.
Alors elle rate volontairement son arrêt et pars à l’aventure…

Et Erika va lui permettre de vivre un bon Noël malgré tout, voire même le meilleur Noël qu’elle ait eu depuis longtemps, si ce n’est de toute sa vie: un Noël sans chichis ni tralala, sans faux-semblants ni hypocrisie de tout poil, un Noël simple, humain, authentiquement convivial.

C’est peut-être juste ce qu’elle cherchait…

     

Au final c’est très, très beau conte « pour les grands », ceux qui ont oublié leur âme d’enfant et la beauté du véritable esprit de Noël.

*

« Si je m’étais mise à parler à tous ces gens d’amour, de douceur et d’harmonie, personne ne m’aurait écoutée. (…) Erika, elle, créait l’enchantement par sa simple présence. Un cochon de cette taille, au regard si doux et au corps si moelleux, apportait plus de paix sur la Terre et plus de bien-être aux hommes que tous les prêcheurs de toutes les messes de minuit réunis.
Prenez l’enfant Jésus, sortez cette figure kitsch de blondinet bouclé de sa crèche et mettez-y à la place un cochon grandeur nature en peluche rose avec des yeux bleus. Et vous verrez, vous assisterez à un miracle! »

* * *

Et c’est aux éditions Sarbacane, petit indépendant jeunesse de qualité!

       

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