Un bonheur insoutenable (Ira Levin)

Voilà une référence en SF que je n’ai pas hésité à lire quand j’en ai eu l’occasion:

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Dans le futur, les nations ont aboli les guerres et la misère. Mais à quel prix? Gouvernés par un ordinateur géant, les hommes sont – à l’aide d’un traitement hormonal mensuel adéquat – uniformisés, privés de toute pensée originale. Dans un univers où il n’existe que quatre prénoms différents pour chaque sexe, le jeune Li RM35M4419 va hériter de son grand-père d’un étrange cadeau : un surnom, Copeau. Ce sera le début pour lui d’une odyssée qui va l’amener d’abord à s’accepter en tant qu’individu, puis à la révolte. Il n’est heureusement pas seul, d’autres ont décidé de se rebeller. Mais seront-ils assez forts pour lutter contre Uni, le super-cerveau informatique de cette humanité déshumanisée ?

Ce livre est flippant… Une société entièrement uniformisée, contrôlée, maîtrisée, où tout est lissé, et l’individualité comme les sentiments forts sont soigneusement étouffés par un « traitement » que chacun doit prendre régulièrement et systématiquement. 

Tout est réglé comme du papier à musique – ou plutôt du code informatique, puisque c’est plutôt ça: Uni sait tout, UniOrd fait tout.
Inutile de s’inquiéter, inutile de se poser des questions, inutile de réfléchir plus que de raison.

La manipulation est parfaite, le moindre écart est aussitôt repéré, alerté et corrigé par la délation et l’auto-dénonciation sous couvert de confession… Le système est implacable.

Les quelques rares qui en viennent à penser et ressentir par eux-mêmes doivent déployer des trésors de vigilance et d’astuce pour garder leur lucidité et sortir du système.

Cette poignée de rebelles va tenter le tout pour le tout et en baver sacrément, dans un périple inégal contre la toute-puissance d’Uni… Et tout ça pour se heurter à une amère désillusion.

Malgré tout, un certain projet finit par aboutir, mais avec un goût bien différent…

En fait, ce bouquin est désespéré, c’est très dur. Mais c’est aussi une vraie réflexion sur le libre arbitre, la manipulation de masse, l’extrêmisme des dictatures, des religions, de la société… et tant d’autres choses!

A mon sens, c’est vraiment un livre qu’il est bon d’avoir lu une fois dans sa vie.

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* Le coin des citations *
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« – Ecoute-moi, Li RM 35M26J449988WXYZ, lui dit Papa Jan. Ecoute-moi bien, car je vais te dire une chose fantastique, une chose incroyable. De mon temps – tu m’écoutes? – il y avait plus de vingt noms différents rien que pour les garçons! L’aurais-tu cru? Par l’Amour de la Famille, c’est la vérité. Il y avait Jan et Jean, Amu et Lev, Higa, Mike et Tonio! Et du temps de mon père, il y en avait encore davantage, peut-être quarante ou même cinquante! Tu ne trouves pas ça grotesque? Tant de noms, alors que les membres se ressemblent tous et sont parfaitement interchangeables? As-tu déjà entendu chose plus stupide?

Copeau marmonna un vague assentiment, sentant que Papa Jan voulait dire juste le contraire, et qu’en fait ce n’était ni stupide ni ridicule d’avoir quarante ou cinquante noms rien que pour les garçons. »
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« Dans un coin, il y avait une porte munie d’un lecteur, mais Papa Jan saisit la main de Copeau, le forçant à rabaisser le bras.
– Mais le lecteur… dit Copeau.
– Non, dit Papa Jan.
– Nous n’allons pas…
– Si, dit Papa Jan.
Copeau regarda fixement Papa Jan, et Papa Jan le fit passer à côté du lecteur, ouvrit la porte, le poussa à l’intérieur puis vint le rejoindre, tirant sur la porte pour la refermer rapidement malgré la lenteur de la fermeture automatique.
Copeau le regarda en frissonnant.
– Tout va bien, dit Papa Jan sèchement. (Puis, plus du tout sèchement, il répéta en prenant la tête de Copeau entre ses deux mains: ) Tout va bien. Il ne t’arrivera rien. Je l’ai déjà fait très souvent.
– Nous n’avons pas demandé, dit Copeau, encore tremblant.
– Tout va bien, répéta une fois de plus Papa Jan. Ecoute. A qui appartient UniOrd?
– Appartient?
– Oui. A qui appartient l’ordinateur?
– A… A toute la Famille.
– Et tu es un membre de la Famille, exact?
– Oui…
– En partie, il est donc à toi, n’est-ce pas? Il t’appartient, et non le contraire. Tu ne lui appartiens pas.
– Peut-être, mais nous devons demander avant de faire quelque chose!
– Aie confiance en moi, Copeau, je t’en prie. Nous n’allons rien prendre, nous n’allons même rien toucher. Nous allons tout simplement regarder, rien d’autre. C’est pour cela que je suis venu aujourd’hui. Pour te montrer le vrai UniOrd. Tu m’as dit que tu voulais le voir, n’est-ce pas? »
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« Crois-nous. Nous ne sommes pas malades, nous sommes sains. C’est le monde qui est malade – malade de chimie et d’efficacité, d’humilité et de bonne volonté. »
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« Flocon de Neige regarda Copeau d’un air sinistre.
– Pourquoi a-t-il fallu que tu nous le dises?
Roi répondit pour lui:
– Afin que nous connaissions une heureuse tristesse. Ou était-ce un bonheur triste, Copeau? »
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« Et que ferions-nous du monde, lorsque plus rien ne serait contrôlé – lorsque les usines se seraient arrêtées, lorsque les voitures se seraient écrasées et que les carillons auraient cessé de sonner – faudrait-il que nous devenions pré-U au point de dire une prière pour lui? »
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