Sur la route (Jack Kerouac)

J’ai souvent entendu parler de ce livre comme d’une grande référence incontournable de la littérature américaine, un livre façon road movie

Ca m’a pris d’un coup, je l’ai vu au boulot, j’ai passé une réservation.
Du coup, comme il est assez demandé, ça m’obligeait à vraiment le finir, et pas l’abandonner pour le laisser moisir pendant des années ^^

        

Un gars de l’Ouest, de la race solaire, tel était Dean. Ma tante avait beau me mettre en garde contre les histoires que j’aurais avec lui, j’allais entendre l’appel d’une vie neuve, voir un horizon neuf, me fier à tout ça en pleine jeunesse ; et si je devais avoir quelques ennuis, si même Dean devait ne plus vouloir de moi pour copain et me laisser tomber, comme il le ferait plus tard, crevant de faim sur un trottoir ou sur un lit d’hôpital, qu’est-ce que cela pouvait me foutre ?… Quelque part sur le chemin je savais qu’il y aurait des filles, des visions, tout, quoi ; quelque part sur le chemin on me tendrait la perle rare.

A travers le narrateur, Sal Paradise, on embarque effectivement dans une vie débridée qui va de folle équipée en folle équipée, et s’accroche tout particulièrement à Dean Moriarty, cinglé entre les cinglés qui subjugue Sal.

A priori ce n’est pas du tout un bouquin fait pour moi: c’est pile le genre de « contemporain », « urbain », « réaliste », ou quoiqu’on puisse le définir, qui ne m’emballe guère et dont je préfère justement m’évader par les littératures de l’imaginaire.
J’ai bien failli le lâcher une ou deux fois. Surtout que c’est très répétitif, j’ai trouvé.
Mais… Oui, y’a un « mais »… Irrésistiblement, un petit quelque chose m’amenait toujours à y revenir voir la suite. 

Et puis par moments je me sentais en phase avec l’esprit du bouquin, je n’étais plus agaçée par Dean mais aussi fascinée que Sal par son inextinguible appétit de savourer la vie jusqu’à la moelle, avec une sorte d’énergie du désespoir… Sa façon de dévorer l’instant, de vivre à fond, à la folie, littéralement.

Et une certaine poésie affleurant ça et là du bitume, de la misère, de la saleté imprégnant cette vie de bout en bout, sous toutes ses variations possibles, sous tous les ciels de l’Amérique, ce grand continent sauvage et fou et tellement diversifié et tellement universifié…

Puis le sentiment de répétition et d’ennui revenait, et j’ai fait le yoyo comme ça jusqu’à la fin.
Et au final, ouais, quand même, je suis assez contente d’avoir cette référence au rayon de mes connaissances.
Mais je ne le conseillerais pas au tout-venant et je ne le relirai certainement jamais.
En gros, je suis mitigée ^^


Un extrait pour la route (ahah), à la fois pour vous donner un aperçu des deux zigotos hallucinés, et du style à leur image, et parce que c’est le seul passage où j’ai vraiment accroché à fond parce que je m’y suis reconnue, peut-être vous aussi vous pratiquiez le même genre de rêvasserie éveillée…


« Alors je me mis à parler ; je n’avais jamais tant parlé de ma vie.
Je dis à Dean que lorsque j’étais un gosse et que je roulais en auto, j’avais l’habitude d’imaginer que j’avais une grande faux à la main et que je coupais tous les arbres et tous les poteaux et même que je tranchais les collines qui volaient derrière la vitre.
Ah! oui! oui! gueula Dean, j’avais la même habitude, sauf que j’avais une autre faux, et je dis pourquoi. En roulant à travers l’Ouest, parmi les étendues immenses, ma faux devait être d’une longueur immense et il fallait qu’elle débite des montagnes lointaines, qu’elle fauche leurs sommets, et elle devait avoir une autre envergure pour atteindre les montagnes lointaines et du même coup trancher tous les poteaux le long de la route, tous ces poteaux qui galopaient l’un derrière l’autre.
(…)
Quand j’étais gosse, couché dans la voiture de mon père sur la banquette arrière, je me voyais aussi chevauchant un cheval blanc qui franchissait les obstacles de toutes sortes qui se présentaient, c’est-à-dire qui évitait les poteaux, contournait à toute allure les maisons, et quelquefois sautait par-dessus quand j’avais regardé trop tard, qui courait sur les collines, faisait irruption sur des places encombrées où je devais pratiquer une incroyable acrobatie à travers la circulation…
Ah oui, oui, oui! haleta Dean en extase. La seule différence avec moi, c’est que je courais moi-même, je n’avais pas de cheval. Tu étais un gosse de l’Est et tu rêvais de chevaux ;  naturellement nous n’allons pas nous affirmer des choses qui, nous le savons tous deux, ne sont que d’ignobles cogitations littéraires ; mais simplement dans ma schizophrénie peut-être plus folle que la tienne, je courais réellement de toutes mes jambes le long de l’auto et ceci à des vitesses incroyables, quelquefois à quatre-vingt-dix milles, franchissant chaque buisson, chaque palissade, chaque ferme et quelquefois lançant une attaque éclair jusu’aux collines et me repliant sans avoir cédé un pouce de terrain…
Nous discutions de tout ça et nous étions l’un et l’autre en sueur. »
 

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