Les Chroniques d’Edimbourg, 1: 44 Scotland Street (Alexander McCall Smith)

J’ai lu ce livre spécialement pour l’été kiltissime, sinon, je pense que je n’aurais jamais pris le temps de le tenter. Et ma foi, je ne le regrette pas.

    

Quand la jeune Pat pousse la porte du 44 Scotland Street, elle espère bien prendre un nouveau départ.
Entre son colocataire, un beau gosse insupportable et terriblement séduisant, et son excentrique voisine de palier, Domenica, la voilà entraînée dans une nouvelle vie au coeur de l’édimbourg bohème.
Son travail à la galerie « Something special » s’annonce pourtant un peu morne. Sauf que Pat découvre au fond de l’obscur endroit un tableau qui pourrait bien valoir son pesant d’or et transformer sa vie !
D’abord publiées sous la forme d’un roman-feuilleton, ces chroniques d’Alexander McCall Smith brossent avec humour et tendresse la société d’Edimbourg et composent, entre chassés-croisés amoureux et intrigues haletantes, une savoureuse galerie de portraits.

Le ton de feuilleton en fait un roman très facile et rapide à lire, avec des petites intrigues du quotidien, des individus chacun dans sa sphère, qui se croisent et se décroisent, s’ignorent, s’intègrent…

Des petits interludes qui changent d’air quand on s’attarde trop sur un personnage, et une belle galerie de personnages qui présentent tous un intérêt quelconque, par leur caractère (qu’il soit odieux, faible, borné, etc) et/ou leur situation…

Je ne me suis pas ennuyée un seul instant – et pourtant il y aurait eu de quoi, ne serait-ce que pour les triturations amoureuses et tout ce qui s’ensuit qui parsèment allégrement le tout. Mais on y trouve aussi des réflexions philosophiques passionantes qui passent agréablement bien, et une certaine dose d’humour avec quelques petits bijoux.

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« Le serveur eut un petit rire.
– Il ne vous plaît pas beaucoup, alors?
– Pas particulièrement. C’est surtout à cause de la façon dont il fait
Ha, ha, ha! Cela a de quoi rebuter, non? Ha, ha, ha!
– Ha, ha, ha! fit une voix derrière elle. Alors, vous êtes là! Ha, ha, ha! »

*


Il y a Bruce, le colocataire, beau gosse et extrêmement narcissique, Domenica, la voisine vieille dame érudite et bonne vivante, Mathew, le jeune galeriste par défaut et raté notoire, Bertie, l’enfant pour lequel sa mère nourrit un très ambitieux « projet d’éducation » pour mieux développer le prodige qu’il est, Angus et son chien qui fait des clins d’oeil, Big Lou la barmaid qui se cultive… Et Pat qui s’efforce de repartir du bon pied dans tout ça, sans oublier son père, psychiatre, qui apporte toujours un autre oeil sur tout ce bazar.

*
« Elle se tourna vers son père.
– C’est sa faute?
Il haussa un sourcil.
– Sa faute? C’est intéressant. Qu’est-ce que la notion de faute vient faire ici?
– Pourrait-il s’en empêcher? insista Pat. »

*
« C’est vieux comme le monde, poursuivit [Domenica]. Nous réagissons à la beauté en dépit de toutes les prétentions intellectuelles que nous pouvons avoir. Même si nous savons très bien que son appel est un chant de sirènes, cela ne nous empêche pas d’être saisis, paralysés, et de nous sentir désarmés devant elle. Face à un beau visage, n’importe qui interrompt sa route, qu’il le veuille ou non. »
*


Chacun est bien identifié et tient son caractère, son petit monde personnel. Je n’irais pas jusqu’à dire qu’ils sont hauts en couleurs, ni que c’est particulièrement décalé ou hilarant, mais toujours est-il que le résultat est ma foi fort plaisant et offre une petite parenthèse bien appréciable.

A vrai dire j’ai presque envie d’aller lire la suite – mais pas avant d’avoir un peu descendu mes montagnes de PAL et chroniques en retard

*
« 
Ce garçon est un raté, certes, mais c’est un bon raté, et c’est mon raté à moi »
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{moshide hidden Leçon de philo par Big Lou (voir) |Leçon de philo par Big Lou (cacher)}« Big Lou parut ne rien entendre.
– L’akrasie est une faiblesse de la volonté. Ca veut dire qu’on sait ce qui est bon pour nous, mais qu’on ne peut pas le faire. Parce qu’on est trop faible.
– Ce n’est pas nouveau, fit remarquer Pete en tournant la cuiller dans son café pour faire fondre le sucre.
– Non, acquiesça Big Lou. Tu connais ça, toi. Tu es le parfait spécimen du type sans volonté. Tu sais que le sucre, ce n’est pas bon pour toi, mais tu en prends quand même. C’est de la faiblesse. C’est ce que les philosophes appellent l’incontinence de la volonté.
Pete jeta un bref coup d’oeil à Ronnie.
– Non, c’est autre chose, objecta-til. C’est la diarrhée de la volonté.
Big Lou soupira.
– La diarrhée n’a rien à voir avec l’akrasie. Mais, de toute façon, ça ne sert à rien d’essayer de vous expliquer des trucs.
– Désolé, s’amenda Ronnie d’un ton solennel. Parle-nous de l’akrasie, Big Lou.
– Big Lou saisit un torchon et entreprit d’essuyer le comptoir.
– La question, dit-elle, est la suivante: peut-on vraiment parler de faiblesse de la volonté? Quand tu fais une chose, cela veut forcément dire que tu as voulu la faire. Et si tu as voulu la faire, ça doit être parce que tu penses que c’est dans ton intérêt.
Ronnie médita quelques instants ces paroles.
– Et alors?
Big Lou astiqua son comptoir de plus belle.
– Alors, il ne peut pas exister de faiblesse de la volonté, puisqu’on fait toujours ce qu’on veut faire. Toujours. Tu comprends?
– Non, répondit Pete.
– Et toi? Tu comprends, toi?
– Non.
Big Lou poussa un nouveau soupir. Avoir affaire à des gens qui ne lisaient jamais n’était pas de tout repos. Elle choisit cependant de persister.
– Prenez le chocolat, commença-t-elle.
– Le chocolat? répéta Ronnie.
– Oui. Maintenant, imaginez que vous ayez vraiment envie d’en manger, mais que vous sachiez qu’il ne faut pas. Parce que vous avez un problème de poids, par exemple. Vous voyez une tablette de chocolat et vous pensez: cette tablette a l’a super bonne! Mais une petite voix, à l’intérieur, vous souffle: le chocolat, ce n’est pas bon pour toi! Vous réfléchissez un peu, et puis vous mangez quand même le chocolat.
– On mange le chocolat?
– Oui. Parce que vous savez que ça va vous faire plaisir. Ca va satisfaire votre envie de manger du chocolat.
– Et alors?
– Eh bien, on ne peut pas dire que vous êtes faibles, parce que vous avez fait ce que vous aviez vraiment envie de faire. Ce que vous vouliez, c’était manger le chocolat. C’est donc votre volonté qui a gagné. Donc, cette volonté ne peut pas apparaître comme faible.
– D’où tu sors tous ces trucs, Lou?
– Je lis, figure-toi. Il se trouve que j’ai plein de livres. Et que je les lis. Il n’y a rien de bizarre là-dedans!
– Lou est une grande dame! commenta Ronnie. Non, ne ris pas, Pete. Toi et moi, on est des ignorants. Imagine qu’on participe à un jeu dans un pub: tout le monde se ficherait de nous. Alors que Lou, elle, elle gagnerait les doigts dans le nez. Moi, je la respecte pour ça. Non, non, sans blague…
– Merci, acquiesça Lou. L’akrasie est quelque chose de très intéressant. Je n’y avais jamais vraiment réfléchi jusque-là, mais maintenant… »
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Et voilà qui me donne enfin l’occasion d’utiliser le logo Kiltissime de John Barrowman ^^

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