Le visage de la bête (Romain Billot)

Voilà une nouvelle qui m’est revenue en tête pendant que je chroniquais L’antho noire pour nuits blanches, sûrement parce que je l’avais lue à peu près au même moment (sur le blog de Romain Billot) et que cette lecture en était une bonne continuité dans le thème..

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Et elle m’a marquée.

C’est l’histoire d’un « drame passionnel » comme dans les faits divers… avec une part de surnaturel en plus.

« La neige tombait si abondamment qu’Alice ne distinguait presque plus la route. Les essuie-glaces balayaient en grinçant les flocons qui s’abattaient sur le pare-brise. Il faisait nuit. La lande disparaissait sous l’épais manteau blanc. »

C’est la fuite d’une femme battue, revenue de ses illusions, jusqu’à enfin se rendre à l’évidence et tenter de réagir – jusqu’au point de non-retour, et la dernière décision possible: se sauver tant qu’elle le peut encore.

Mais les petites routes de montagne en hiver ne sont pas sûres, surtout quand on a les nerfs en pelote… Et le maigre plan de rejoindre un semblant de civilisation et le début d’une nouvelle vie, déjà incertain en songeant à l’opiniâtreté de son tortionnaire, se retrouve réduit à la simple survie, livrée à elle-même au beau milieu de la campagne désertique et enneigée, hantée par ses traumatismes enfouis et ses peurs ancestrales (sans parler de l’état de choc).

L’égarement est physique et mental, oscillant entre terreur incontrôlée et les tentatives de se reprendre, de s’accrocher aux minuscules lueurs d’espoir de salut…

« La fugitive sentit la peur se frayer un passage à grands coups de griffes dans son esprit. Elle était victime d’une hallucination. Il n’y avait rien. « Je déraille à cause du froid, de l’épuisement… » se rassura-t-elle.
Tout cela faisait resurgir de vieilles terreurs enfouies en elle. Il fallait  se ressaisir si elle voulait s’en sortir. »

Elle affronte ses démons, dont le pire est la dure réalité de sa Némésis déjà lancé sur ses traces, la traquant comme un prédateur en chasse.

Au royaume de la sauvagerie, c’est toujours l’instinct qui finit par parler, quitte à basculer dans la folie la plus dérangeante.

« A l’instant où il fut suffisamment près, il sursauta en découvrant la figure sanglante et blafarde de sa femme, ses lèvres presque bleues, ses grands yeux noirs brûlants d’un feu qu’il ne lui connaissait pas. »

*

C’est vraiment bien ficelé, et ça se relit volontiers pour mieux comprendre les implications de la chute. Et c’est très bien écrit, malgré une petite poignée de coquilles qu’on oublie vite.

Ce texte mérite bel et bien le Prix Merlin 2012 (quoi qu’on puisse penser de ce prix, moi la première), et sa publication dans deux fanzines et anthologies.

* * *

Et c’est à la fois ma deuxième participation au challenge JLNN de chez Lune, et ma participation poltergeist au Challenge Halloween 2013 de Lou & Hilde !

   

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