Le parme convient à Laviolette (Pierre Magnan)

J’avais envie de me remettre à lire du Pierre Magnan, j’avais notamment « Chroniques d’un château hanté » sous le coude qui m’y attend toujours.

Mais l’opération Masse critique de Babelio est arrivée, alors j’en ai profité pour demander Elégie pour Laviolette, histoire de retrouver ce trucculent commissaire que j’affectionne.


Une fois le livre reçu, je l’ai ouvert à la première page… Et je me suis dit « non, vraiment, c’est pas possible, il faut que je lise le précédent ».

En effet ça m’avait déjà fait hésiter en lisant le résumé éditeur qui insistait bien sur la situation de départ qui se base sur le précédent, qui n’est quand même pas négligeable: « Laissé pour mort, dans un précédent roman, le nez dans une touffe de thym, le commissaire Laviolette, guéri de ses sept impacts de chevrotine dans le dos »…

Je m’étais dit que « bah, j’arriverais bien à passer par-dessus et le lire quand même, même sans connaître le précédent », mais une fois dans les mains j’ai fait marche arrière parce que ça m’avait l’air d’être une référence vraiment important qui me manquerait.

Le temps que je le réserve et que je lise donc cette pénultième aventure de Laviolette, je suis légèrement en retard pour l’Elégie, mais ma lecture devrait aller vite maintenant que je me suis complètement replongée dans cette ambiance délicieuse des Basses-Alpes hantées de secrets, d’histoires humaines, avec toujours cette carte du tendre en surimpression de ce pays à l’identité affirmée.


[Remarquez les merveilles que l’on peut faire avec une simple paire de ciseaux cranteurs quand on se trompe en achetant des cartes postales, reposant une abîmée et récoltant une d’un autre modèle… et encore abîmée, en fait. Au début je m’en suis mordue les doigts, n’étant pas particulièrement portée sur les cochons truffiers. Et puis heureuse coïncidence, je lisais ce livre à ce moment-là, et comme il y est souvent question de truffiers et de tueurs de cochons, ça allait parfaitement avec. Du coup, voilà qui fait un marque-page attitré aux Laviolette ^^ Je voudrais encore voir pour lui coller un très vieux timbre français (le coq qui a précédé la « marianne »), des tampons postéïforme, et peut-être au verso un quelconque texte en patte de mouche avec adresse et tout bien à l’ancienne… A moins que je m’inspire carrément d’un courrier cité dans les Laviolette, tant qu’à faire les choses à fond!]


Un tueur de cochon, résistant de la première heure, est assassiné au col des Garcinets, Basse-Alpes. Arme du crime : de l’huile. A quelques encablures, dans le village de Piégut, le célèbre commissaire Laviolette dépérit à cause d’un chagrin d’amour. Le juge Chabrand veut lui confier l’affaire. Laquelle n’aurait jamais ému le commissaire si un autre crime n’était commis à Puimoisson. Encore un tueur de cochon. Ces deux crimes auraient pu passer pour des accidents si le tueur n’avait pris la peine de fixer sur ses victimes une page d’agenda à l’aide d’une épingle à linge.


Ce que j’aime particulièrement avec les Laviolette, c’est que les criminels sont toujours atypiques, à des lieues de l’image qu’on se ferait d’un tueur… Celui-ci ne déroge pas à la règle: dès les premières pages, ce digne monsieur chic sous son brassard de grand deuil exécute son forfait avec méticulosité, attentif à ne pas se salir les mains trop directement, répugnant à causer une mort violente et même peiné de provoquer cette mort, mais néanmoins fermement décidé à accomplir ce qu’il estime comme son devoir.


Le suspense est assez habilement maintenu, et l’enquête nous permet de rencontrer toute une galerie de portraits pittoresques, bien typiques des romans de Pierre Magnan, qui respirent l’authenticité tout autant que l’originalité – ce qui peut paraître malaisé mais qu’il brosse toujours d’une main de maître ; et souvent je reconnais bien mon propre environnement bien qu’il soit limousin plutôt que bas-alpin.
 

La spécifitié de ce tome, c’est le chagrin d’amour déchirant dans lequel se morfond le pauvre Laviolette, qu’on n’aime pas voir ainsi anéanti…

Heureusement, il n’y a rien de tel qu’une affaire énigmatique confiée par le juge Chabrand pour lui changer un peu les idées et le sortir de sa morose retraite au fond de son village de Piégut.

Je me berce de tous ces noms aux sonorités si belles et si franches, Digne, Auzet, Lure, Sisteron…

Et sous la plume de Pierre Magnan, c’est toujours d’une telle fluidité et d’un si beau parler qui font qu’on ne peut que se laisser bercer dans une douce béatitude, tout imprégnés de ce pays qui nous tend les bras, et de cette profonde humanité


« Et si j’étais celui qui va s’exclamer « Ce n’est pas possible! Ce n’est pas vous qui avez écrit ça? »
Le bonheur véritable viendrait de ces quelques paroles. Car le bonheur véritable seront que nous eussions du génie et qu’on le sût. Mais nous sommes assez connaisseur de nous-mêmes pour savoir que nous en manquons. »

Quant à la fin, elle aurait effectivement bien pu figurer le bout du chemin pour Laviolette

Par contre, ça m’a donné envie de lire tous les autres Laviolette que je n’ai pas lu, et de relire Le Sang des Atrides et Le commissaire dans la truffière qui remontent à loin…

Mais je vais d’abord honorer ma lecture en partenariat, et ensuite seulement j’aurais tout loisir de m’y replonger plus tranquillement ^^
(si tant est que j’en trouve le temps et l’occasion)

Les Innocents

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