Elégie pour Laviolette (Pierre Magnan)

Pour la première fois, j’ai participé à l’opération Masse critique organisée par Babelio en partenariat avec divers éditeurs, dont ici Robert Laffont grâce à qui j’ai reçu Elégie pour Laviolette, la nouvelle aventure du commissaire de Pierre Magnan.

Laissé pour mort, dans un précédent roman, le nez dans une touffe de thym, le commissaire Laviolette, guéri de ses sept impacts de chevrotine dans le dos, est à nouveau chargé d’une enquête: la routine, comme l’affirme le conseiller Honnoraty.
Presque rien, en somme : un homme vient de mourir à l’hôpital de Gap, et les neveux spoliés portent plainte pour captation d’héritage. Pas de quoi fouetter un chat. On a même demandé une autopsie et ça n’a rien donné, la mort est naturelle.
Deux détails pourtant : la veuve avait célébré ses noces avec le mourant quatre jours auparavant en évinçant la maîtresse en titre, et on avait trouvé sur les mains de la victime d’abondantes traces de talc…

Pierre Magnan donne une fois de plus libre cours à son imagination débordante et son érudition amusée, multipliant les assassinats, les rebondissements et les effets de surprise.


Comme je l’expliquais pour ma lecture précédente, j’ai trouvé un bémol d’entrée de jeu: dès le début, on est trop directement renvoyé au roman précédent, Le parme convient à Laviolette:

« J’avais été laissé pour mort par l’assassin, que j’avais poussé au crime en le persuadant qu’étant seul avec moi, il ne risquait rien à me faire disparaître. »

C’était mon cas, puisque de la série des Laviolette je n’ai lu que Le sang des Atrides et Le commissaire dans la truffière, parmi les tout premiers, et ma lecture trop lointaine fait que je ne me souviens pas de tout, et donc que même les références à ces livres-là ne me rappellent que de trop vagues souvenirs et j’ai trop souvent eu l’impression de passer à côté, ratant par là des développements plus profonds du livre actuel…

Il est donc plus difficile de lire Elégie si on n’a pas lu Le parme auparavant, voire même toute la série.

A part ce bémol, je me suis régalée comme d’habitude!

Encore une belle plongée dans l’arrière-pays provençal, une galerie de personnages bien fournie d’atypiques (avec quelques perles dans les prénoms: Jolaine, Télésphore, Thalie…) et de caractères bien campés fermement sur leurs deux jambes, telle cette floppée de vieilles à La Roque, réunies sous la bannière de la Clorinde, et son épicerie volontairement malcommode et inconfortable. C’est qu’il faut le mériter, son bon pain à l’ancienne, et encore plus son intégration dans ce cercle fermé de discutailles!

Et toujours aussi ce style si lyrique tout autant qu’humain et bon vivant, à l’image de notre bon vieux Modeste Laviolette,  qui passe par un nouveau petit drame: des problèmes de vue qui l’empêche de lire tout son saoûl comme il aime tant à le faire…

« Longtemps, je me suis couché de bonne heure. Hélas, Proust, ce n’est pas la musique de Mozart. On ne le retient pas d’un bout à l’autre sans une note qui vous manque. Il vous faut le gagner. Ce n’est pas non plus comme Valéry où tout est emboîté pour s’aligner dans le souvenir.
(…)
J’avais effeuillé cent fois ce grouillement de familles, comme un album jauni dont on soulève les pages avec précaution.
Or, la vie qui le faisait frémir, il m’était interdit de la pénétrer désormais à cause de ma vue défectueuse. »

Mais ce n’est pas la seule chose qui lui fait ressentir le poids des ans encore plus cruellement d’habitude. Entre cette dernière enquête dont l’aboutissement le laisse sur un dilemne moral, quelques nouvelles rencontres et pertes, un petit miracle qui ébranle ses convictions, et son vieux comparse Chabrand qui se laisse aller sur le déclin malgré lui, il y a de quoi justifier sa décision de se retirer définitivement du monde…

C’est avec beaucoup de regret que je devine donc que ce roman sera le dernier Laviolette de Pierre Magnan, mais c’est aussi une conclusion plus que satisfaisante qui clôt la vie active de Laviolette de manière juste et authentique!

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