Contes de Terremer (Ursula Le Guin)

Voici la suite de Terremer et de Tehanu, un recueil de textes plus ou moins courts qui gravitent autour des précédentes histoires, dans le même univers, avec quelques évolutions ou visions du passé.

Ursula Le Guin dit elle-même qu’elle n’avait pas prévu de se replonger dans cet univers et d’en écrire encore quelques autres pans, et qu’en toute logique Terremer n’était pas restée figée…

Elle s’exprime au passage sur sa vision de la fantasy des bestsellers et du merchandising, ce qui a capté mon attention dans la préface:

« La fantasy marchande ne prend pas de risque et n’invente rien: elle imite, elle vulgarise. Elle recycle les vieux thèmes pour les dépouiller de leur densité intellectuelle et éthique, et pour changer leurs intrigues en violence, leurs acteurs en marionnettes, leurs vérités premières en platitudes. Les héros brandissent leur épée, leur laser, leur baguete magique, aussi mécaniques que des moissonneuses-batteuses: la récolte n’a d’objet que le profit. Les choix les plus difficiles deviennent stériles, mignons, sûrs. Des idées fortes de grands conteurs ne subsistent que copies, stééotypes, gadgets, figurines en plastique aux couleurs vives, toutes choses dont on fait la publicité, que l’on vend, que l’on casse, que l’on jette, que l’on remplace, que l’on oublie.
Ce que les marchands de la fantasy prennent en compte et exploitent, c’est l’imagination inégalabledu lecteur, enfant ou adulte, qui prête vie même à de tels produits – en quelque sorte, pour quelque temps.

L’imagination, comme toute chose vivante, vit maintenant, et elle vit avec, sur, par le changement.
(…)
Nous connaissons douze Roi Arthur, tous vrais. La Comté a évolué de façon irrévocable, et ce du vivant de Bilbo. Don Quichotte a chevauché jusqu’en Argentine et il y a rencontré Jorge Luis Borges. Plus c’est la même chose, plus ça change.
Je me suis réjouie de regagner Terremer et de la trouver bien présente, familière, quoique changée et changeante. Ce que je pensais voir arriver n’est pas ce qui arrive, les gens ne sont pas ceux que je croyais – ils ne sont pas non plus ce que je croyais -, et je perds mon chemin sur des îles qu’il me semblait connaître par coeur.
Voici donc les relations de mes pérégrinations et de mes découvertes: des contes de Terremer pour qui a aimé ou croit pouvoir aimer ce lieu et qui acceptera ces hypothèses:
les choses changent ;
il faut parfois se méfier des auteur et des sorciers
nul ne saurait expliquer un dragon. »


Voilà voilà, on a donc ici 5 histoires supplémentaires, ce qui est toujours un plaisir quand on a fini par devenir accro comme moi ^^

Je n’ai fait que prendre quelques notes rapidement, parce que je n’ai pas grand chose à dire à chaque fois:


1°  Le Trouvier

On suit l’histoire de Loutre, ou Sterne, environ 300 ans plus tôt que l’époque de Ged, d’après l’auteur.
J’ai beaucoup aimé cette histoire de la confrérie de La Main, et de la naissance de l’école de magie de Roke, les premières dissidences entre magies féminine et masculine…
Le roi pirate Losen et la méchanceté ou folie de certains mages font froid dans le dos.

2° Rosenoire et Diamant

se passe au cours des deux derniers siècles de Terremer, sans qu’il soit besoin d’autre précision; au fond, une histoire d’amour peut se produire de tout temps et en tout lieu.

3° Les os de la Terre

On découvre le mage Dulse, qui a tout appris d’Ard, et qui fût le maître d’Ogion, qui lui-même sera le premier maître de Ged.
J’ai aimé retrouver l’île de Gont, en apprendre plus sur Ogion, et ce qu’il a fait avec son maître pour arrêter un tremblement de terre.

4° Dans le Grand Marais

Pendant les six années où Ged a été Archimage de Terremer, et où un mage mal traité et à la puissance inimaginable essaye de trouver la bonne voie, et finit par la découvrir grâce à un exil sur une terre volcanique où les éleveurs de bétail voient leurs bêtes décimées par une peste, et grâce aux conseils de Ged après un incident au village.

5° Libellule

Je l’avais déjà lue dans l’anthologie Légendes, mais je l’ai relue sur ma lancée.
Ca se passe quelques années après la fin de Tehanu, et « jette une passerelle entre ce roman et le suivant, Le vent d’ailleurs. Une passerelle de dragon. »

C’est une grosse remise en question de Roke, de la magie, de l’Equilibre, et c’est très intéressant, sans parler des personnages qui sont encore une fois bien taillés et certains particulièrement humains et/ou attachants.

A la fin, on a aussi tout un topo de description de Terremer qui fait le point sur la géographie, les sortes de magie, la géographie et la genèse de ce monde, bref: tout ce qu’il faut savoir pour s’embarquer dans l’univers, un vrai petit guide!

Tout ça fait un très bon complément pour tout fan de Terremer, et je me demande même si ça ne pourrait pas faire une meilleure porte d’entrée pour ceux qui veulent découvrir, par la taille des textes qui rend un peu plus d’action, et permet peut-être de s’acclimater au rythme particulier d’une manière moins frustrante, en condensé…

Je ne suis plus assez objective pour en juger, mais je crois bien quand même que c’est le cas ^^




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