Chagrin d’école (Daniel Pennac)

Que diriez-vous d’une petite chronique de lecture, le temps que je fasse de mon séjour à l’IRL du Nouvel An Fondu à Lyon dont je suis tout juste de retour?

Voyez-vous, j’aime bien Pennac. Je ne dois pourtant pas en avoir lu tant que ça, j’ai notamment raté la série des Malaussène quand j’étais ado, mais « Comme un roman » ou « Messieurs les enfants » m’avaient conquise.

J’étais donc curieuse à la sortie de celui-ci, et beaucoup m’en ont dit du bien, alors je l’ai emprunté pour voir, quand j’en ai eu l’occasion.

Je l’ai lu il y a déjà quelques mois, mais c’est la volonté de le rendre à son propriétaire à l’IRL lyonnaise qui m’a enfin motivé à liquider sa chronique

– Un livre de plus sur l’école, alors?
– Non, pas sur l’école ! Sur le cancre. Sur la douleur de ne pas comprendre et ses effets collatéraux sur les parents et les professeurs.


Eh ben je dois dire que je me suis pas mal ennuyée

C’est sympa un moment, j’ai aimé les quelques anecdotes concrètes de la scolarité de l’auteur, et la réflexion sur tout le constat d’échec et le fatalisme des « cancres », la façon dont il a essayé de faire un peu avancer les choses une fois passé de l’autre côté du bureau.

Mais à la longue, l’aspect « essai » de la chose s’appesantit nettement, on a l’impression de tourner en rond, et puis, je sais pas, je crois que je suis restée sur ma faim.

Ce n’est que sa vision à lui, mais il le reconnaît bien volontiers. Ce n’est pas forcément aussi évident que ça, et il le dit lui-même aussi.
Je ne sais pas trop ce qui manque ou ce qui me chiffonne, en fait, ni ce que c’est exactement.


C’est un beau panorama, et si ça peut sensibiliser des gens sur ces thématiques-là qui n’en avaient pas cette connaissance ou cette conscience, tant mieux.
Pour ma part, c’est prêcher une convertie. C’est peut-être pour ça?
Mais aussi en grande partie cette allure d’essai général.

Quelques jolis passages (c’est Pennac, quand même!) relevés, malgré tout:

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« C’est sans doute à cette envie de fuir que je dois l’étrange écriture qui précéda mon écriture. au lieu de former les lettres de l’alphabet, je dessinais des petits bonshommes qui s’enfuyaient en marge pour s’y constituer en bande. Je m’appliquais, pourtant, au début, j’ourlais mes lettres tant bien que mal, mais peu à peu les lettres se métamorphosaient d’elles-mêmes en ces petits êtres sautillants et joyeux qui s’en allaient fôlatrer ailleurs, idéogrammes de mon besoin de vivre.
Aujourd’hui encore j’utilise ces bonshommes dans mes dédicaces. Ils me sont précieux pour couper à la recherche de la platitude distinguée qu’on se doit d’écrire sur la page de garde des services de presse. C’est la bande de mon enfance, je lui reste fidèle. »

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« (…) Il y a celle qui n’en fait pas une question de personne mais vitupère la société telle qu’elle se délite, l’institution telle qu’elle sombre, le système tel qu’il pourrit, le réel en somme, tel qu’il n’épouse pas son rêve… Il y a la mère furieuse contre son enfant: ce garçon qui a tout et ne fait rien, ce garçon qui ne fait rien et veut tout, ce garçon pour qui on a tout fait et jamais ne… pas une seule fois, vous m’entendez! (…) »

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« Le fait est que le bonnet d’âne se porte volontiers a posteriori. C’est même une décoration qu’on s’octroie couramment en société. Elle vous distingue de ceux dont le seul mérite fut de suivre les chemins du savoir balisé. Le gotha pullule d’anciens cancres héroïques. On les entend, ces malins, dans les salons, sur les ondes, présenter leurs déboires scolaires comme de hauts faits de résistance. Je ne crois, moi, à ces paroles que si j’y perçois l’arrière-son d’une douleur. Car si l’on guérit parfois de la cancrerie, on ne cicatrise jamais tout à fait des blessures qu’elle nous infligea. Cette enfance-là n’était pas drôle, et s’en souvenir ne l’est pas davantage. Impossible de s’en flatter. Comme si l’ancien asthmatique se vantait d’avoir senti mille fois qu’il allait mourir d’étouffement! Pour autant, le cancre tiré d’affaire ne souhaite pas qu’on le plaigne, surtout pas, il veut oublier, c’est tout, ne plus penser à cette honte. »

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