Le Trône de Fer : Le chevalier errant et L’épée lige (George R.R. Martin)



Bon, il faut quand même que je dise un petit mot de la lecture du mois d’août avec le Cercle d’Atuan

Le choix s’était donc porté sur deux nouvelles de l’univers du Trône de Fer, la série de George R.R. Martin, rééditées dans un seul tome par Pygmalion après être d’abord parues séparément dans deux anthologies de Robert Silverberg, dont je connaissais le deuxième (édité en 2 tomes en France) mais pas la première, achetée en poche pour l’occasion (et parce qu’il y a aussi d’autres textes qui m’intéressent dedans, j’aime bien ces anthologies):

 


Donc, j’avais déjà lu L’épée lige, mais je n’en gardais pas de souvenir précis, si ce n’est que je n’avais pas détesté et une vague réminiscence de Veuve Rouge, d’Araignée et de rivière asséchée.

Bref, c’était l’occasion de le relire en continuité avec la nouvelle précédente, Le chevalier errant, pour re-tâter du Trône de Fer qui est quand même un des monuments de fantasy dont beaucoup de monde parle, généralement avec enthousiasme…

Résumé éditeur:

Qu’il joute ou qu’il guerroie, le chevalier errant n’a d’autres attaches que celles de son cœur, d’autre code que celui de l’honneur. Il loue ses services aux causes les plus nobles et prend la défense des opprimés. Une ligne de conduite qu’a toujours suivie Ser Arlan de Pennytree, et qu’il s’est efforcé d’inculquer à son écuyer, Dunk. Mais la rencontre de ce dernier avec un garçon étrange, qui se fait appeler l’Œuf, changera à jamais son destin. Un an plus tard, Dunk et l’Œuf, désormais son écuyer, s’engagent au service de Ser Eustace Osgris, un petit seigneur acculé à la défaite par la Veuve Rouge. Leur mission, déjà ardue, va se compliquer du fait des relations qu’entretiennent les deux forces en présence !

Alors je n’ai pas vraiment accroché à la première, « le chevalier errant », principalement du fait que ça décrit de long en large un tournoi de chevalerie, ce qui ne me passionne absolument pas – j’ai bien eu ma période Ivanhoé, Don Quichote, et autres preux chavaliers quand j’étais plus jeune, mais ça m’est définitivement passé.
Avec ça, les innombrables noms, familles et liens officiels et officieux entre chacun est plutôt touffu et rend l’intrigue plus difficile à suivre.
Le style d’écriture est assez bon, avec moult descriptions et une bonne dose de réalisme, mais j’ai trouvé beaucoup de longueurs.

Je pourrais en dire autant pour « L’épée lige », mais j’ai senti moins de longueurs et on quitte l’ambiance de tournoi, l’histoire m’intéresse et m’accroche plus. J’ai surtout apprécié le personnage de la Veuve Rouge et cette histoire de détournement de rivière.
Mais à part ça, ça ne m’a passionné pas plus que ça non plus, et j’ai aussi senti des longueurs, même si c’était en moindre mesure.

Verdict: bon, ce n’est pas à jeter aux oubliettes, mais ça ne m’emballe absolument pas. J’ai toujours l’intention de tâter la série elle-même à l’occasion, pour voir, mais ce n’est pas du tout dans mes priorités!

En fait, c’est visiblement un bon complément pour ceux qui connaissent et aiment le Trône de Fer, mais pas forcément la meilleure manière de le découvrir – comme le sont les nouvelles de Pratchett, j’ai l’impression, ou Les Contes de Beedle pour Harry Potter…

Les autres avis du Cercle d’Atuan

La mécanique du diable (Philip Pullman)

L’auteur de A la croisée des mondes et de Sally Lockhart a écrit aussi d’autres trucs…

Entre autres, ce petit livre d’à peine une centaine de pages.

L’histoire se passe dans une ville germanique, où il y a une grande horloge, décorée avec des petits personnages automates reliés au mécanisme de l’horlogerie. Chaque apprenti du maître horloger ajoute son propre personnage à la fin de son apprentissage, le dernier jour. L’apprenti de l’histoire, la veille du jour fatidique, est morose: il a trop tergiversé et au final n’a rien préparé du tout, l’échec est assuré.
Dans cette ville, il y a aussi un écrivain qui conte ses écrits, le soir à l’auberge, devant les habitants fascinés par ses histoires à faire peur.
Mais cette nuit-là, son histoire est inachevée et prend une tournure très inhabituelle, inquiétante… diabolique?

Ca ressemble beaucoup à un conte, et il y a aussi des petits encarts où l’auteur fait ses petits commentaires plus ou moins détaillés et anecdotiques, un petit plus vraiment sympa ^^

Comme celui-ci, on ne peut plus anecdotique mais qui m’a particulièrement plu:

« La princesse s’appelait Mariposa. Elle était très belle, mais quelle princesse ne l’est pas? Etre belle est leur profession. La princesse Mariposa passait son temps à faire des achats. Les couturiers lui vendaient des robes à moitié prix, car les tenues qu’elle portait dans le monde les rendaient célèbres. Comme quoi, pour acheter bon marché, il vaut mieux être riche. Les pauvres doivent toujours payer le prix fort. »

L’histoire est jolie, bien que très (trop?) vite expédiée, et la forme est bien ficelée, pour un récit bien vivant.
C’est vraiment du « jeunesse », mais j’ai bien apprécié!

Le royaume magique de Landover (Terry Brooks)

Encore un livre qui a su m’attirer par l’insolite de son résumé et la beauté de sa couverture (mais ça, y’a pas à dire, Bragelonne sait y faire):

« Royaume magique à vendre ! »: c’est bien cette accroche prometteuse qui m’a intriguée, et c’est bien comme ça que tout commence.


Une publicité dans un catalogue de Noël, du genre pour les milliardaires en mal de cadeaux extravagants ou très personnalisé. Mais ce grand magasin est réputé pour être scrupuleusement honnête et fournir des articles qui correspondent exactement au descriptif. Alors que penser de cette double page proposant un royaume magique? Impossible. Il doit y avoir un trucage, quelque chose. Et même si c’était vrai, le prix d’un million de dollar paraît tellement dérisoire pour un article aussi fabuleux! Comment un catalogue aussi réputé peut-il proposer cet article avec sérieux?
C’est trop intriguant, et Ben Holiday n’attend plus grand chose de la vie, de toute façon.
C’est peut-être le déclic qu’il lui faut, une deuxième chance de reprendre goût à la vie…

Et Landover est bel et bien un authentique royaume magique, livré au complet avec créatures féeriques et sorcellerie incluse, exactement comme la publicité l’avait promis.

Ce n’est qu’après qu’il découvre qu’il n’est que le dernier prétendant par intérim d’une longue succession de clients escroqués, découragés par l’anarchie et le dépérissement qui sont tombés petit à petit sur le royaume.
Il n’est qu’un roi de pacotille dans un royaume qui tombe en ruines… Les barons se tirent dans les pattes, les impôts ne sont plus collectés, une maladie gangrènne les arbres magiques, un dragon ravage la campagne, une sorcière maléfique foment la destruction de… tout. Et comme si ça ne suffisait pas, le seigneur des démons provoque tous les prétendants au trône en un duel à mort qu’aucun mortel ne peut espérer gagner…

Sauf que Ben a un truc typiquement humain dont aucune magie ne peut venir à bout : il est têtu comme une mule…


Voilà pour le résumé.

Mon avis:

Au début, j’étais quand même un peu sceptique, et le tome 1 m’a laissée mitigée.
Une partie de mon désappointement est imputable à l’éditeur ou à la traductrice, je ne sais pas trop, quoique même pour une traduction, l’éditeur se doit de corriger les fautes… Mais j’ai déjà eu des mauvaises surprises avec des livres de Bragelonne, et j’ai vu que leur édition reprend en fait le texte de l’édition poche.
M’enfin quand même, j’ai vu des phrases dont certains mots manquaient, des mots mal accordés, une majuscule à « Ben » oubliée… On a vraiment une impression de bâclé du plus mauvais effet.

Avec ça, on tourne pas mal en rond avec Ben qui se catastrophe très vite et passe son temps à ruminer ses malheurs et à se répéter qu’il se retrouve fourré dans un sacré pétrin et qu’il ne voit pas du tout comment s’en sortir. A la longue, c’est plutôt lourd et exaspérant (ça me rappelle un peu le côté crétin de Harry Potter – le personnage, pas la série).

Donc tout ça pèse dans la balance du mauvais côté, mais j’ai eu l’impression que ça s’améliorait grandement dans les tomes suivants.

Et du bon côté de la balance, il y a un monde fantasy somme toute assez classique mais non moins fort agréable, et en particulier deux des principaux personnages qui font partie intégrante de l’entourage royal et deviennent vite de véritables amis de Ben: Questor Thews, le mage royal mais foireux qui rate tous ses sortilèges, aux jambes maigrichonnes (= « manches à balai ») et à la « vieille face de hibou » qui se ratatine sous l’effort de la réflexion ; et Abernathy, le scribe désabusé mais digne malgré sa transformation en chien qui n’a jamais pu être réparée par le mage.


Bref. Dans le tome 2 (La licorne noire), Ben Holiday, qui a réussi à déjouer l’escroquerie et à asseoir son autorité de roi légitime, se retrouve pris dans un nouveau piège du grand méchant manipulateur (qui se trouve être le précédent mage royal qui a mal tourné). Je passe sur les diverses péripéties, j’ai surtout énormément apprécié le personnage d’Edgewood Dirk, un chat au caractère très indépendant et énigmatique, très « chat » tout simplement.
Le fait qu’il soit « prismatique » et envoyé par les fées ne change pas grand chose à l’affaire. C’est très agréable de le voir faire tourner Ben en bourrique (encore une fois, quel crétin obstiné, quand il s’y met… il a un de ces dons pour se mettre des oeillères!).

Dans le tome 3 (Le sceptre et le sort), c’est un nouveau sortilège foiré de Questor qui provoque les catastrophes. On avait déjà eu un bref retour de Ben dans notre monde, mais cette fois-ci l’histoire se passe autant dans notre monde que dans celui de Landover. On découvre l’autre méchant, le prince de mèche avec Meeks le mauvais sorcier, qui vit retranché dans un petit manoir implanté sur notre monde. La fille du gardien croit en la magie et apporte son aide à Abernathy qui se retrouve parachuté sous le toit de son pire ennemi suite à la bévue de Questor…
Encore pas mal d’éléments « classiques » mais cette fois ça m’a vraiment passionné, je suis restée scotchée au livre jusqu’à la fin.

Donc c’est une petite série qui ne paye pas de mine mais qui est finalement plutôt sympa, en fait.

J’ai bien l’intention de lire la suite (déjà 2 autres tomes en France et un autre qui devrait suivre, déjà paru en V.O.), même s’ils ne sont pas à la bibliothèque (pour l’instant) et que je suis donc un peu forcée d’interrompre ma lecture pour le moment, mais j’ai l’habitude de commencer des séries et de ne les continuer que bien plus tard ^^

Supreme Delice Wonka

Quand j’avais regardé le DVD de Charlie et la Chocolaterie (adaptation de Burton, j’avais vu aussi le viiieuuuux premier film par un soir d’ennui en voyage), j’avais eu envie de relire le livre, tellement ça me paraissait fidèle – et ça l’est! Il n’y a que le personnage de Willy Wonka que Burton a fait un peu plus tourmenté, c’est la Burton Touch… Et ça donne un côté un tout petit peu plus adulte, mais tout le reste est scrupuleusement fidèle au livre, c’est très enthousiasmant.

Enthousiasmant – c’est bien le mot, c’est exactement ce sentiment qui imprègne tout le livre, ce véritable paradis de friandises, de géniale ingéniosité et de petit grain de folie (à peine teinté de morale avec les personnages insupportables qui ne récoltent que ce qu’ils méritent) qui donnent un émerveillement sans cesse renouvelé…

Avec tout le talent de Roald Dahl et ses innombrables jeux de mots, son sens de la formule… Je ne sais pas ce que ça donne en version originale mais j’ai l’impression que la traduction française est plus qu’honorable, on ne pense pas une seule seconde que ce n’est pas la langue originale du texte, et ça n’a pas dû être un travail facile.
En tous cas le style est vraiment jubilatoire!

Sur la lancée, j’ai enchaîné avec la suite, que je n’avais encore jamais lue.
Cette fois, on rajoute une petite pincée de SF, avec le grand ascenseur de verre propulsé dans l’espace et quelques aliens désagréables… Avec toujours cette énorme dose de loufoque et d’inventivité.
On finit par un petit jeu sur les bonbons de rajeunissement et de vieillissement qui m’a fait (indirectement) penser à Alice au pays des merveilles.

Et toujours ce style très jubilatoire…

Par exemple, une réplique de Grand-maman Georgina qui m’a fait beaucoup rire, autant par elle-même que par son incongruité:

« Si vous croyez être sorti de l’auberge, vous êtes espagnol! »

Bref, une lecture pleine de fraîcheur, un vrai régal.

Je craignais que ça ait un peu vieilli, ou que, ayant grandi, je n’apprécie plus autant ou n’accroche plus avec le style, mais c’était totalement injustifié. (d’autant plus que j’avais aussi relu Matilda il y a quelques temps, avec autant de plaisir…)

Terremer, 1: Le sorcier de Terremer (Ursula Le Guin)

Livre lu tout au long du mois de juillet avec le Cercle d’Atuan, au rythme d’un chapitre tous les trois jours à peu près, commentés en commun au fur et à mesure…

Je l’avais déjà essayé avant, mais il m’était tombé des mains. Cette fois, j’ai pris le temps de lui accorder une deuxième chance, avec cette lecture dans une nouvelle approche… Et je crois que ça a payé.

Le truc, c’est que plus qu’un roman, c’est plutôt un conte, une chronique. La narration est très rapide et elliptique, d’énormes laps de temps sont passés en quelques phrases ou paragraphes. Du coup, beaucoup de choses ne sont pas approfondies, on survole beaucoup en surface, et le shéma général a vraiment un ton de conte auquel il faut s’habituer. Une fois qu’on a passé ça, j’ai quand même trouvé une belle histoire et des éléments intéressants, un univers original avec cette dimension aquatique, et une magie raisonnée, si on peut dire: rien n’est jamais facile et tout se paye.
C’est un peu une leçon de sagesse, avec une dimension somme toute très humaine.

J’ai bien l’intention de lire la suite, malgré cette rapidité de narration qui n’est pas vraiment ce que je préfère. 

Les autres avis du Cercle d’Atuan

EDIT 08/10/10: nouvelle chronique avec les suites par là.

Midnighters, 1: L’heure secrète (Scott Westerfeld)

Il existe une ville, aux Etats-Unis, où le temps s’arrête à minuit. Plus un être ne bouge, tout semble figé… S’ouvre alors l’heure secrète. Le monde appartient aux darklings, des créatures maléfiques qui rodent dans les ténèbres. Seuls quelques ados, nés à minuit pile, sont capables d’évoluer dans cet espace-temps. Ils se surnomment entre eux les midnighters. Tous ont des pouvoirs spéciaux. Tous, sauf Jessica Day. Pourtant, les créatures de l’ombre sentent en elle un danger redoutable et sont prêtes à l’éliminer…

Bon alors, ça faisait vraiment longtemps que je n’avais pas lu quelque chose de clairement ciblé pour les adolescents… J’ai l’impression qu’il y a une nouvelle mouvance de littérature un peu gothique pour ados suite au succès de Twilight, un peu comme il y a eu un regain de fantasy (si on peut dire) avec Harry Potter.
Pour celui-ci, la couverture m’attirait vraiment, et le résumé m’intriguait aussi. Je cherchais plutôt la série Uglies du même auteur, mais c’est Midnighters que le hasard a privilégié.

Des personnages ados, donc, avec des personnalités qui se cherchent, s’affirment, se jalousent, etc… Mais quand même avec une certaine maturité pour ce petit groupe marginal touché par le surnaturel. On retrouve le vieux shéma des êtres maléfiques qui partagent aussi ce plan surnaturel et contre lesquels les héros déploient des trésors d’ingéniosité, avec une spécialité pour chaque héros: l’obsédée des chiffres, la télépathe, l’érudit/voyant, l’acrobate qui fait bande à part, et la nouvelle qui débarque.

Les plus: ça se passe aux U.S.A., comme toujours ou presque pour ce genre de littérature jeunesse, mais la frontière mexicaine n’est pas loin. (cela dit, depuis le temps que je ne lis plus ce genre de trucs, ce n’est peut-être pas le premier à prendre en compte cette évolution de la société américaine?)
Les êtres maléfiques ne sont pas de simples vilains méchants monstres, ils s’apparentent plutôt aux entités archaïques polymorphes qui prennent l’apparence des cauchemars de l’humanité, et semblent exister depuis toujours, mais ont tout de même connu une certaine évolution… Ca rend le tout plutôt intéressant et crédible.
La portée symbolique de la vingt-cinquième heure, minuit, l’instant bleu, l’heure secrète… Une heure étrange où le temps s’arrête, sauf pour les midnighters et les êtres maléfiques qui l’ont créé autrefois pour se mettre à l’abri des humains… Les règles particulières et encore à explorer de ce monde à part, y compris les aléas du retour à la réalité, quand « minuit passe ». Et donc le côté « aventure » qui en découle.
J’ai aussi un certain faible pour Dess et son esprit inventif et matheux qui nous donnent beaucoup de symbolique intéressante…

Bref, c’est plutôt sympa, et j’ai assez envie de récidiver, mais alors je ne sais pas quand… (Comme d’hab’, quoi.)

Tobie Lolness, 2: Les yeux d’Elisha (Timothée de Fombelle)

J’ai terminé hier le deuxième et dernier tome de Tobie Lolness.

J’ai beaucoup aimé, c’est vraiment de la très bonne littérature de jeunesse. On y trouve beaucoup de poésie, d’aventure, de bons sentiments, de drôlerie… C’est même tout un univers réécrit, à l’échelle des petits hommes vivant dans l’Arbre et les Herbes, habitant dans les épis de blé et de minuscules trous creusés dans l’écorce… Vraiment bien pensé, un régal pour l’imaginaire. Et vraiment une belle histoire.
Qui peut offrir pas mal de réflexion sur notre société, la question de l’environnement, la tolérance/racisme, etc… Comme tout bon microcosme.

Par contre, c’est à lire en prenant son temps, il ne faut pas être trop impatient. Il y a pas mal d’aller-retours narratifs, d’histoires en gigogne qui finissent par se relier entre elles, et de personnages secondaires avec leur parcours personnel parallèle.

Petit extrait, exemple d’étymologie réadaptée:

« On connaît la réputation des bûcherons. Le moins que l’on puisse dire est qu’ils ont du mal à aborder avec sincérité les sujets sensibles. Eux-mêmes se moquaient parfois de ce qu’ils appelaient leur « langue des bois ». L’expression s’est ensuite répandue bien au-delà de leur corporation. On observe la même évolution pour la formule « gueule de bois » qui rendait hommage au goût des bûcherons pour la fête. »

[Tiphaine Patraque, 3] L’Hiverrier (Terry Pratchett)

 

Le dernier Pratchett, qu’il est beau, qu’il est bien. Enfin, le dernier sorti en France, mais quand il y a les Feegle, je préfère encore patienter et découvrir par la version traduite.

D’ailleurs, j’ai pu remarquer par une petite comparaison avec la V.O. que Patrick Couton nous as encore gâtés par rapport à l’original: le parler Feegle est bien plus pronconcé et constant que dans la V.O. (today=ojordwi, yew=win, no=pwint…) , sûrement parce qu’il a de quoi faire avec les intonations ch’ties alors que Pratchett est peut-être plus limité avec le jargon écossais.

Bref.

Pour sa troisième aventure, on retrouve donc Tiphaine qui finit son apprentissage dans les montagnes, cette fois auprès de Mademoiselle Trahison, une sorcière qui a su imposer son image de marque par quelques artefacts bien choisis et quelques rumeurs pittoresques…
C’est elle qui emmène Tiphaine voir la danse Morris noire, l’inverse de celle qui se danse en mai pour quitter l’hiver et accueillir l’été, celle qui se danse en noir plutôt qu’en blanc, celle qui se danse sans les grelots… Et là, les pieds de Tiphaine l’entraînent dans des pas qui ne sont pas censés être les siens.
L’Hiverrier la prend pour la Dame de l’Eté et est tout étonné qu’elle soit humaine, il va donc poursuivre Tiphaine de son béguin réfrigérant…
Là-dessus, Mademoiselle Trahison décède comme elle l’avait annoncé, et c’est Annagramma qui hérite de la chaumière… Sauf qu’elle est plus douée en prétention et en magye qu’en véritable sorcellerie (où tout est affaire de têtologie avant tout, ne l’oublions pas!).
Tiphaine va donc tenter de limiter les dégâts, tout en déménageant au service de Nounou Ogg et en se débattant dans son affaire avec l’hiverrier… Heureusement, les feegle veillent toujours sur elle, et vont emmener son « aeros » (héros) dans le sombre séjour, où on croise la Mort, un brin froissé par le désordre inévitable des feegle, qui ne peuvent pas s’empêcher de cacophoner une chanson à base de « ch’tit batcho sur l’yo » pendant la traversée du fleuve lugubre..

Dans tout ça, on croise lach’tite chatonne blanche Toi (comme dans « Toi! arrête ça tout de suite! ») qui va bien avec sa maîtresse Ciredutemps (ben oui: un p’tit truc qui fait « miiip » et qui… terrorise Gredin!), Horace le fromage en kilt (adopté par les feegle), des bibliothécaires itinérants, la corne d’abondance à qui il faut parler grec, la déesse Anoia qui fume comme un pompier (je comprend mieux la ressemblance avec Adora Belle abordée dans Making Money), une très brève apparition de Tollivier Liard (qui se fait voler du soufre et souffler ses chaussettes par l’hiverrier), une ribambelle de poulets indécis (« Coo-ot? ») (décidément c’est un élément récurrent, après Jeu de nains!), et des références celtiques à la pelle (Tir Noun Ogg – « ça veut dire la maison de Nounou Ogg », le couine-amman, excalibur…).

Bref, je me suis régalée!

Quelques ch’tites citations:

« Vous savez, j’aime pas les sorcières qui cherchent à imposer leur volonté aux autres, dit Mémé Ciredutemps.
– Parfaitement, fit Miss Tique en se retenant de rire. »

*
Et ça n’alla pas plus loin. Tiphaine éclata de rire. On ne pouvait pas regarder une bande de Nac mac Feegle apeurés sans rire. C’était plus fort qu’eux. Une réflexion sévère, et ils rappelaient un panier de chiots effrayés, mais en plus odorants.

*
« Mais je n’ai invoqué personne, moi!
– Si, répliqua Anoia en rejetant d’autres étincelles. Tu as juré. Tôt ou tard, tous les jurons sont des prières. »

*
« Monsieur Deschamps? lança Roland alors que la barque avançait par à-coups.
– Win?
– Pourquoi est-ce que je suis assis à côté d’un fromage bleu entouré d’un bout de tartan?
– Ah, cha, c’eut Horace, répondit Rob Deschamps. C’eut le coumarade de Guiton Simpleut. Il vos ambaete pwint, dites?
– Non. Mais il essaye de chanter, on dirait une poule!
– Win, tous les froumajes bleus cocottent un peu.
– « Cooooot cot codeeett », chantonnait Horace. »

Et pis la note finale de Pratchett m’a donné envie de me documenter:
« La danse Morris se danse traditionnellement le 1er mai pour inviter l’été à venir. Son histoire est un peu confuse, peut-être parce qu’on la danse à proximité de pubs, mais c’est aujurd’hui la danse traditionnelle anglaise. Les danseurs sont d’habitude habillés de blanc et portent des grelots cousus à leurs vêtements.
[…] Un jour, alors que j’effectuais une tournée de dédicaces, des danseurs Morris sont arrivés, tout en noir, rien que pour moi. Ils ont dansé la Morris noire en silence, parfaitement en rythme, sans la musique ni les grelots de la danse d’été. C’était parfaitement exécuté. Mais également un peu terrifiant. »


J’ai voulu voir à quoi ressemblaient ces fameuses danses Morris, dont il avait déjà été question dans au moins Nobliaux et Sorcières et Le Faucheur, si je me souviens bien.
Et je suis tombée amoureuse de la troupe de danse Morris des
 
Wolf’s Head and Vixen. Leur costume noir, leur « influence gothique », leur morceau « Mrs Widgery Lodger » en provenance directe du Disque-monde, et même les autres airs de cornemuse qu’on peut écouter sur leur myspace et les autres vidéos de leurs représentations ici et là m’ont complètement emballée.
Au point que j’aimerais bien qu’ils fassent un album…

A voir aussi:
la critique très complète de Rincevent et les discussions sur le forum du Vade-Mecum
!

Le labyrinthe du temps (Maxence Fermine)

« La vie est un labyrinthe inextricable, et chaque être perdu dans sa solitude erre en silence pour chercher une issue au tragique destin de son existence. Seuls les fils d’Ariane que sont les liens d’amitié, qu’il tisse avec les autres êtres dans le même labyrinthe, lui donnent le courage d’avancer encore chaque jour. »

Un naufragé échoue sur une île inconnue, hors du temps et hors du monde. Dans ses bagages, un mystérieux coffret…

Celui-là je l’ai vraiment attrapé par hasard, uniquement d’après le titre et le résumé éditeur qui m’inspiraient (la couverture de mon édition n’était même pas illustrée). C’est vraiment rare que ça puisse m’inspirer assez pour que je décide de le lire… Et quand c’est le cas, c’est généralement un bon coup de flair.

Cette fois-ci ne fait pas exception: j’ai beaucoup aimé. Il y a quelque chose d’irréel et de mystique, avec une point de saga familiale, qui m’a rappelé un peu les livres de Gabriel Garcia Marquez. Ca m’a passionné d’un bout à l’autre…

Mais je n’arrive pas à trouver que dire de plus, ni même comment résumer un peu mieux que le résumé éditeur, qui est pourtant assez réducteur, mais qui reflète bien le souffle du mystère et de la quête de vérité qui imprègnent ce livre…

J’ai passé un très bon moment avec ce livre.

L’arbre des possibles et autres histoires (Bernard Werber)

Vingt petites histoires sous forme de contes, de légendes, de mini polars.
Bernard Werber nous offre avec ce recueil des récits fantastiques où les dieux vont à l’école pour apprendre à gouverner les peuples, où les objets sont soudainement remplacés par leurs noms, où les gens ne savent compter que jusqu’à 20, où l’on part en vacances au XVIIe siècle sans oublier de se faire vacciner contre la peste…

Eh ben celui-là, je l’aurai fait traîné pas mal de temps! C’est ça, avec les recueils de nouvelles: j’en ai lu quelques unes, je l’ai reposé pendant quelques mois, je l’ai repris pour en lire deux ou trois, je l’ai encore reposé pendant des mois, et ainsi de suite…
Sauf le dernier tiers, je l’ai lu d’une traite.

Eh bien je dirais que c’est pas mal, certaines nouvelles sont vraiment très sympa, comme celle de la météorite puante, ou de l’arbre qui communique avec les hommes…

Globalement, ce n’est pas à sauter au plafond, mais ce n’est pas non plus à jeter ; à petites doses, ça fait des pauses assez divertissantes et reposantes.

Fahrenheit 451 (Ray Bradbury)

Livre pioché dans la Méga-liste du Blog-o-trésors, car c’est un classique dont j’entend parler depuis longtemps, et comme je savais que ça parlait de livres, ça m’intriguait.
Malgré tout, sa réputation de « livre SF » combiné à « classique incontournable » m’a longtemps rebuté.


« 451 degrés Fahrenheit représentent la température à laquelle un livre s’enflamme et se consume. Dans cette société future où la lecture, source de questionnement et de réflexion, est considérée comme un acte antisocial, un corps spécial de pompiers est chargé de brûler tous les livres dont la détention est interdite pour le bien collectif.
Montag, le pompier pyromane, se met pourtant à rêver d’un monde différent, qui ne bannirait pas la littérature et l’imaginaire au profit d’un bonheur immédiatement consommable. Il devient dès lors un dangereux criminel, impitoyablement pourchassé par une société qui désavoue son passé.
« 

Moi qui m’attendait à quelque chose d’assez passif et contemplatif, je me suis retrouvée complètement happée par un ryhme trépidant! Projetée au premier plan des pensées de Montag au fur et à mesure da sa prise de conscience et de ses tentatives de rebellion, je me suis demandée jusqu’au bout s’il n’allait pas changer d’avis, s’il n’allait pas être dévié ou arrêté par les autorités de ce monde fou, s’il allait s’en sortir… Ce n’est finalement qu’un suspense haletant du début à la fin.
Du coup, l’intérêt est particulièrement éveillé pour découvrir les horreurs de ce monde-là, où toute réflexion est bannie, soi-disant pour le propre bien de l’humanité… Les derniers possesseurs de livres sont traqués, dénoncés et anéantis sans pitié, le métro retentit de publicités à outrance, des écouteurs permettent de se gaver de niaiseries non-stop, la télé a une totale emprise sur la majeure partie de la population, le seul autre divertissement consiste à foncer comme des chauffards…
Le lien social, le véritable bonheur, la quête de vérité sont des valeurs complètement méprisées et rejetées.

Et là, je m’accorde à ce qui se dit toujours pour des livres comme celui-là: c’est une formidable oeuvre d’anticipation, dont le message est encore d’actualité plus de cinquante ans après sa publication…

D’une manière plus personnelle, j’y trouve d’ailleurs un écho dans une de mes dernières lectures, le tome 5 de la Next Octology de Jasper Fforde, même si ce n’est pas vraiment comparable, mais ça m’a beaucoup rappelé l’intrigue du monde Thursday Next où les gens lisent de moins en moins.

Bref, une agréable surprise pour ce classique que j’ai tellement lambiné à ouvrir!

A Discworld novel : Making Money

Bon alors, j’ai toujours autant de mal à faire des résumés de mes lectures, j’en bave pour trouver quoi dire… Tout en évitant de trop spoiler, au passage…
Surtout que la V.O., je comprend, mais j’apprécie toujours beaucoup plus quand je le relis en version française.

M’enfin, j’en retient surtout un Moite von Lipwig en grande forme malgré tout ce qui lui tombe dessus (en même temps il s’ennuyait, alors il n’a pas à se plaindre), toujours plus sympa et fascinant…

On découvre tout un pan de l’histoire des golems, très intéressant! Et on continue à voir l’évolution de Gladys, c’est marrant ^^

J’ai eu l’impression de voir un Vétérini plus désinvolte que jamais (peut-être même trop à la limite du « cool » à certains moments?) qui finit un sudoku en deux micro-secondes sans même l’avoir regardé; et des cinglés vraiment cinglés qui veulent être Vétérini à la place du Vétérini. Franchement, rien que pour avoir cette idée et la garder, faut être vraiment très cinglé.

A l’occasion on découvre aussi un nouveau métal aux propriétés remarquables…
Et tout plein de trucs à l’UI vraiment très intriguants! (entre autres je suis très intéressée par l’allusion à des « talking books » édités par la Unseen University Press, mais c’est vraiment la moindre des découvertes intéressantes)
Sans oublier évidemment la faune très particulière qui hante la Banque Royale, encore de nouveaux personnages bien gratinés!

Et pour finir, une nouvelle petite incursion à la Guilde des Fous, toujours délectable, et bien amenée.

Voilà, je suis déjà à sec alors que je suis sûre que je n’en ai pas dit la moitié…

Juste une petite citation pour la route:

« On the roof of the Tanty, the city’s oldest jail, Moist was more than moist. He’d reached the point where he was so wet that he should be approaching dryness from the other end. »

La Trilogie de Bartiméus (Jonathan Stroud)

J’ai fini, j’ai fini(ihihiigni!!)
pourquoi je tourne toujours cinglée limite hystérique quand je finis un bon bouquin?

     

(oui, la couverture du tome 2 en poche est très moche, mais que voulez-vous, quand on évite de trop dépenser… ça vaut aussi pour mon tome 3, acheté d’occasion, aux premières pages incrustées de sable et à la tranche « cassée » au dernier tiers, que j’ai tenté de recoller avec pour seul résultat de massacrer les pages… Mais bref!)

L’histoire : (tome 1) Bartiméus est un djinn de niveau moyen mais assez puissant ; un jour, il se fait invoquer… par un gamin de 12 ans, Nathaniel. Qui lui demande de voler pour lui l’Amulette de Samarcande chez le puissant magicien Simon Lovelace.
(tome 2) Deux ans plus tard, Bartiméus est de nouveau invoqué par Nathaniel, devenu membre influent du gouvernement, pour l’aider à venir à bout de la résistance, un groupe de plébéiens (= non magiciens) qui se rebellent contre le pouvoir tyrannique des magiciens. Apparaît alors le personnage de Kitty la résistante, qui entre dans le trio des personnages principaux. Et par dessus le marché, un golem détruit sur son passage les rues de Londres.
(tome 3) Bartiméus, extrèmement affaibli parce qu’il n’a pas pu retourner dans l’Autre Lieu depuis plusieurs années, est toujours au service de Nathaniel, devenu un magicien sans coeur comme les autres. Kitty, quant à elle, s’est mis en tête de découvrir un moyen pour rallier les démons et les plébéiens et lutter contre la domination des magiciens ; la Porte de Ptolémée semble un de ses seuls espoirs.

(Vive le copié-collé, mais rendons à Milora du MdE le mérite des efforts que j’ai eu la flemme de faire)

Le cadre est magnifique: Londres, Prague, des détours par l’Egypte ancienne… Le côté politique est très intéressant, l’aspect hautement sarcastique de Bartiméus est absolument délectable, y a tout un tas de choses très sympa… L’évolution de la personnalité de Nathaniel, par exemple… Et l’humour british qui y règne d’un bout à l’autre est vraiment délicieuse! Avec d’ailleurs, un usage des notes de bas de page aussi intensif que Pratchett ^^
Par exemple:

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« – Bartiméus !
– Nathaniel * ?

* Chacun de nous deux essaie d’adopter un ton sec, autoritaire et peu amène. Ni l’un ni l’autre n’y parvient tout à fait. Lui s’exprime dans le registre habituellement réservé aux chauves-souris et aux sifflets pour chien ; quant à ma voix à moi, on dirait le gazouillis d’une vieille Anglaise qui demande un sandwich au concombre pour aller avec sa tasse de thé. »

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« Pour certains* c’est admirable de mourir en héros.

*Généralement pour ceux qui n’y sont pas confrontés, les politiques et les écrivains, par exemple. « 

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« Maudit démon ! C’en est fini de toi ! Le Feu Réducteur te guette ! Je vais répandre ta vile Essence dans tout le bâtiment comme… euh, comme de la vulgaire margarine, et… et en couche épaisse en plus ! »

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J’adore

Et je m’attendais pas à une fin comme celle-là, à la fois triste et heureuse… (ça dépend pour qui)
Ca laisse un peu un arrière-goût d’inachevé, mais en même temps ça évite une fin conventionnelle…

Et il y a eu un projet d’adaptation au cinéma, tombé à l’eau mais qui renaîtra peut-être un jour… Je serais curieuse de voir ça, mais je suis assez sceptique quand je vois que Stroud dit:
« 
L’équipe du film m’a prévenu que si, dans le livre, Bartiméus prend l’apparence humaine de Ptolémée adolescent, il était néanmoins préférable qu’il se manifeste dans le film sous une apparence plus adulte, afin de pouvoir travailler avec un acteur célèbre et chevronné. J’ai accepté puisque c’est pour le bien du film. Je crois cependant que ce sera un peu moins fidèle à l’esprit de Bartiméus. »

C’est clair que ce serait beaucoup moins fidèle, on perdrait beaucoup de choses si l’apparence de Ptolémée était adulte et non ado…

M’enfin quoiqu’il en soit, les livres sont une trilogie à lire à tout prix!