[BD] Hommes à la mer : huit nouvelles librement adaptées (Riff Reb’s)

Je m’intéressais à Riff Reb’s depuis que Solenne en parle sur son adaptation du Loup des mers de Jack London… Grâce à l’opération « La BD fait son festival sur Priceminister », j’ai pu avoir entre les mains le troisième opus de sa série d’adaptations de textes maritimes et fantastiques.

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Et je l’ai beaucoup aimé.

Les huit textes sont finement choisis, par des auteurs phares voire incontournables tels que W. H. Hodgson, Stevenson, Pierre Mac Orlan ou E.A. Poe, à travers des textes très judicieux et pertinents ; et ils sont très bien traités.

En quelques pages (à peine une petite dizaine) l’histoire est capturée, saisie sur le vif, offerte en pleine immersion vivante et captivante… Ce sont de parfaites bulles, intenses et complètes, des condensés très réussis.

Pour couronner le tout, des extraits d’autres oeuvres illustrés en pleine double page s’intercalent entre chaque histoire, pour prolonger une atmosphère et entrouvrir d’autres horizons.

J’ai particulièrement aimé celui du Vaisseau des morts (de B. Traven) :

« Morituri te salutant ! Les modernes gladiateurs te saluent, nouveau César, ô Capitalisme ! Nous sommes prêts à mourir pour toi, pour la très sainte et Glorieuse Compagnie d’assurance. Ô temps ! Ô moeurs ! Jadis, quand les gladiateurs, la cuirasse étincelante, entraient dans l’arène, fanfares et cymbales éclataient.
[…] Mais nous, les gladiateurs modernes, nous crevons dans la crasse, […] sans fanfare, sans beautés souriantes, sans applaudissements. »

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Les histoires ont toutes quelque chose de sombre et tourmenté, et pourtant sont assez diverses. Riff Reb’s y explore différents styles, mais son empreinte est partout,  il maîtrise toutes les ambiances – et c’est magnifique.

Rien que sur la page d’introduction, le ton est donné…

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On ouvre sur Les chevaux marins (de W.H. Hodgson), avec la fascination morbide d’un p’tit gars pour ces créatures du fond des mers que chevauchent les âmes des morts, au point de faire regretter à son grand-père de lui avoir raconté ces histoires…

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Avec La chiourme (de Pierre Mac Orlan), c’est la vengeance des galériens « dressés » pour recevoir une jolie dame de la haute’ en visite. A trop étaler raffinement et richesses, ce n’est pas forcément l’admiration que l’on suscite chez les gars de la chiourme… Et face à la mer, ne sont pas égaux ceux qu’on croit.

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Dans Le grand sud (P. Mac Orlan), c’est au Pôle que l’humain est rendu à sa proportion de fourmi impuissante face aux forces implacables de Mère Nature, réduit à son destin inexorable…

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Les trois gabelous (M. Schwob), c’est une histoire de surnaturel et de tafia des morts, en forme de légende aux mirages macabres comme je les aime depuis quelques lectures adolescente de contes bretons.

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Un sourire (de la fortune) (Joseph Conrad), c’est le requiem d’un marin en escale, qui explore la condition et la vie si rude de ces hommes qui sont entièrement voués à la mer, volontairement ou non.

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Mon plus gros coup de coeur va pour Le naufrage (R.L. Stevenson), ou le malheur d’un équipage d’avoir un philosophe pour capitaine. C’est ubuesque et délicieusement loufoque.

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 Avec Une descente dans le maëlstrom, on a carrément l’auteur lui-même en guest-star, puisque c’est du Edgar Allan Poe qui comme à son habitude se met en scène dans sa narration.
Et c’est du bon Poe, qui dramatise et exacerbe les tourments de l’esprit, dans une situation et un cadre qui donnent la pleine puissance à son sombre romantisme. Reb’s aussi y déploie tout son talent…

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Enfin, Le dernier voyage du Shamraken (W.H. Hodgson) nous laisse sur la traversée ultime d’un sympathique équipage de vieillards bougons, tout en nostalgie et en poésie.

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Au final, c’est un bien bel ouvrage que voilà, partant sur le concept toujours intéressant d’adapter du littéraire par du graphique, et il y excelle par une forte symbiose entre la justesse de sélection et la puissance même des textes, et leurs interprétations magistrales.

* * *

Cette belle lecture m’a été permise par l’opération « La BD fait son Festival sur PriceMinister », qui demande une notation pour mieux qualifier l’expérience de lecture, dans ce cadre je lui donnerais donc un honorable 18/20.

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