Horus & cie (Thimothée Rey)

Un chat, un hamster et un canari. Leur mission : échapper coûte que coûte aux hommes du laboratoire !
Leur atout : des super-­pouvoirs, développés suite aux expériences faites sur eux. Mais comment ­survivre dans un monde fait uniquement pour les hommes, et alors qu’au laboratoire leur copain le poisson se trouve toujours en danger ?

Suspense, aventures, ­humour : les grands débuts d’un trio pas ordinaire de super-héros !

Voilà un roman jeunesse original et bien ficelé dont le postulat de départ me plaisait déjà !

Alors bien sûr, il y a de l’anthropomorphisme (= prêter à d’autres animaux des comportement typiquement humains et en réalité inexistants par nature), et on tombe très facilement dans les stéréotypes – mais les caractéristiques des animaux restent au premier plan et leurs « super-pouvoirs » sont bien pensés, et l’intrigue reste agréable à suivre.

C’est assez passionnant de suivre nos trois personnages principaux, à travers leur adaptation à des situations inédites et par leur quête héroïque contre le méchant savant fou adepte d’expériences immorales en laboratoire.

Une petite lecture rafraîchissante !

[BD] Wesh ! Caribou (El Diablo)

Tabarnak ! Les éditions Rouquemoute publient Wesh Caribou, la nouvelle BD d’ELDIABLO.

Issu du milieu hip hop, d’abord graffiti artist, il est considéré comme l’inventeur de la BD hip hop en France. Publiées dans Psikopat au début des années 1990, ses premières planches sont réunies dans un album, En mode rétro (Même pas mal, 2012). Scénariste et réalisateur, il crée la série Lascars, diffusée entre 2000 et 2008 sur Canal +, MTV et MCM, adaptée au cinéma en 2009 et dont les épisodes dépassent les 50 millions de vues. Il est également coscénariste de la websérie Les Kassos, coproduite par Canal +, avec trois saisons diffusées entre 2013 et 2016. Côté BD, ELDIABLO a publié Monkey Bizness avec Polza, Rua Viva avec Loïs, Pizza roadtrip ou encore Un homme de goût avec Cha.

Immigré depuis 2015 au Québec, il raconte avec humour ses péripéties d’habitant nord-américain dans Wesh Caribou, prépublié depuis 2016 dans Fluide Glacial. Avec la volonté de documenter sa vie et son environnement, ce récit autobiographique raconte pourquoi il a décidé de quitter la banlieue parisienne, la réaction de ses proches puis son quotidien montréalais. Il qualifie sa BD comme une “série de reportages sur ce que c’est d’être un Parisien qui arrive au Québec, avec tout ce que ça peut comporter” et “un guide de survie en milieu nord-américain, sauce poutine”. Entre ses vacances à New York et le temps d’attente chez le médecin, la lecture de Wesh Caribou est aussi instructive que tendre et rigolarde.

Un recueil de strips très plaisants sur le quotidien d’un parisien immigré à Montréal, avec en bonus le ton caractéristique de l’artiste El Diablo.

Mention spéciale à l’aventure de l’Urbanukshuk, oeuvre d’art incomprise inspirée de la tradition autochtone de l’Inukshuk et de l’omniprésence des « cônes orange » sur la chaussée montréalaise accidentée au printemps…

Le seul inconvénient, c’est que ça se lit trop vite !

Comment j’ai tué mon ange gardien (Thomas Hercouët)

La nuit où Antoine rencontre son ange gardien, il se rend compte de deux choses :

  1. Il est en danger de mort
  2. Son ange gardien est nul

Cette histoire est déjà mal partie, mais quand il s’aperçoit que des forces surnaturelles envahissent le campus et que son ex-petite amie est impliquée… C’est carrément le début de la fin du monde!

Après son succès sur Wattpad, découvre le premier roman du youtubeur Thomas Hercouët.

Thomas Hercouët est un passionné d’histoires insolites et un conteur de talent que j’avais découvert par son organisation de la Nuit Originale, puis plusieurs collaborations avec notamment Patrick Baud (Axolot) ou Boulet…
J’étais donc intriguée par ce premier roman de sa plume.

Ici, il nous parle d’émotions, de notre rapport à elles et de notre façon de les gérer, selon qu’on les taise et les étouffe ou qu’on les accepte, selon qu’on s’en détache ou qu’on les suive.
Difficile d’en dire plus sans révéler l’intrigue…
Un détail peut cependant avoir son importance : le récit et les dialogues comportent beaucoup de textos, sms ou messages via Whatsapp ou autres messageries en ligne. C’est très intéressant en soi, et la mise en page le met bien en valeur ; personnellement j’ai beaucoup aimé la fluidité avec laquelle c’est rendu et le surplus de « vivant » apporté au récit, mais je ne suis pas sûre que des lecteurs peu habitués aux nouvelles technologies n’en soient pas déstabilisés… Simple questionnement que je laisse en suspens – il est évident que par sa nature même, ce texte ne peut pas se dispenser de cette forme particulière.

A travers les pérégrinations d’une vie étudiante avec tout ce qu’elle comporte, y compris les relations compliquées, les amitiés indéfectibles, et tout le potentiel en devenir qui peut se développer à cette période charnière, voici donc un roman très vivant, prenant, et plutôt plaisant à lire.

Le syndrome du varan (Justine Niogret)

Roman choc sur une enfance esquintée, récit de la reconstruction aussi, Le Syndrome du varan possède une voix unique et brûlante, qui marque pour longtemps.

« Ça m’a pris longtemps pour comprendre pourquoi le varan. Ça se voit ici, dans ces lignes-là. Je ne sens rien. Enfin, si, quelque part dans un espace auquel je n’ai pas accès, je sens. Je dois hurler de haine et de terreur, avec la bouche pleine de bave. Mais je ne m’entends pas. Je suis là, sur le bord du marigot, à épaissir encore, à durcir, à cuire au soleil et à la boue. »

C’est une lecture dure, brute, crue.

A l’image de son auteure, autant dans son style que, on le découvre à travers ce texte-là, dans sa vie même, dans ses fondations.

C’est un témoignage qui prend aux tripes, qui déballe au grand jour des choses qui sont trop souvent enfouies sous les tabous et une honte (celle de la société) mal placée, et qui amène des réflexions importantes.

Je me doutais bien que ça allait me parler par certains côtés, et effectivement il y a des choses qui ont résonné en moi, mais certainement pas au quart de ce à quoi je pouvais m’attendre.
J’ai aussi repensé à beaucoup de vécus auxquels il m’est arrivé de prêter épaule et oreille, à beaucoup de questions douloureuses, et beaucoup des convictions amères que je me suis forgées au fil de mon existence.

J’aimerais mettre ce livre entre les mains de toutes celles et ceux qui pourraient s’y reconnaître d’une manière ou d’une autre, que ces mots ne leur passent pas à côté, et qu’ils les nourrissent…

Parce que c’est fort, c’est dit de manière juste, c’est interpellant, et c’est même encourageant dans certains élans.
Et encore, je n’arrive pas à exprimer le quart de tout ce que cette lecture m’a empoigné.

» [BD] Californid (Laurel)

Californid couverture

Après « Comme Convenu », Laurel Duermael continue l’auto-édition avec le récit de cette période charnière de sa vie (et celle de ses proches), qui remonte aux alentours de 2015, et c’est toujours un bonheur de tenir entre ses mains le résultat concret de tout ce travail, et de pouvoir relire tout ça d’une traite, puis de retourner encore y picorer à volonté !

Fleur de tonnerre (Jean Teulé)

Il y avait longtemps que Jean Teulé ne m’avait pas totalement captivée comme avec cette « Fleur de tonnerre », l’une de ses énièmes vies romancées de personnages historiques hauts en couleur.

J’avais découvert cet auteur, comme beaucoup, par « Le Montespan », j’avais adoré son « Je, François Villon », mais j’avais été assez déçue en tâtant de ses productions qui sortaient de l’historique (comme « Le magasin des suicides » ou « L’oeil de Pâques »), et sa prolixité éditoriale avait fini de m’en éloigner, pas forcément définitivement, mais du moins il était sorti de mes priorités, disons.

Or, récemment j’ai trouvé par hasard dans une « boîte à livres » (qui fleurissent dans certains parcs et kiosques publics) l’édition poche de « Fleur de tonnerre », dont j’avais quand même vaguement entendu parler à l’époque de sa sortie et sur lequel j’avais mollement lorgné malgré mes réticences évoquées ci-dessus, sans pour autant jamais avoir l’occasion de l’avoir vraiment entre les mains.
Cette fois, j’ai profité de l’occasion, d’autant plus qu’entre temps j’avais été assez passionnée par un documentaire sur Hélène Jégado, cette empoisonneuse en série du 19ème siècle, que Jean Teulé a choisi ici de documenter, d’imaginer, d’incarner et saisir comme il sait si bien le faire quand il est dans son domaine.

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Ce fut une enfant adorable, une jeune fille charmante, une femme compatissante et dévouée. Elle a traversé la Bretagne de part en part, tuant avec détermination tous ceux qui croisèrent son chemin : les hommes, les femmes, les vieillards, les enfants et même les nourrissons.
Elle s’appelait Hélène Jégado, et le bourreau qui lui trancha la tête le 26 février 1852 sur la place du Champs-de-Mars de Rennes ne sut jamais qu’il venait d’exécuter la plus terrifiante meurtrière de tous les temps.
Sous la plume acérée de Jean Teulé, Hélène reprend vie et accomplit son destin, funeste et fascinant.

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Supposémment surnommée Fleur de tonnerre dès l’enfance par sa mère lui enseignant les plantes utiles tout autant que les surperstitions aussi nombreuses que profondément ancrées en ces terres reculées de Basse-Bretagne, Hélène s’imprègne de tout ce terreau de légendes, coutumes, croyances et gestes « magiques » de ce territoire qui en regorge.

Ces craintes omniprésentes de sa mère, ces histoires à faire peur entendues malgré elle lors des veillées, les reliquats frustres de cette population que le christianisme n’a jamais pu convertir totalement, façonnent Hélène Jégado en la Faucheuse inexorable qu’elle sera toute sa vie, emmêlée dans ce conditionnement involontaire.

Elle est mise en traits d’une beauté parfaite qui se fanera plus tard, cuisinière vaillante à la langue remplie de brezonneg, avec le franc-parler des domestiques rustiques et l’attitude désinvolte de ceux qui ne se préoccupent de rien que leur obsession, semblant être guidée par une chance insolente pour toujours poursuivre son chemin de mort.

Son parcours ne manque pas de places où elle se trouve employée aux fourneaux, qu’elle quitte ensuite inévitablement après quelques décès dans la maisonnée, quand elle n’est pas quasiment décimée…

Quelques parenthèses jalonnent ce cheminement aussi implacable que celui de la karriguel de l’Ankou, avec des images saisissantes comme celle de ces naufrageurs qui prie Notre-Dame-de-la-Haine pour que les récifs leur apportent bon approvisionnement ; ou ces deux perruquiers Normands que l’on recroise en fil rouge et dont on suit la descente dans les misères et les malheurs jusqu’à devenir de pauvres hères à moitié fous et totalement « bretonnisés » ; et ce veuf qui entrouvrira un trouble inattendu chez Fleur de tonnerre, que cela ne sauvera hélàs pas pour autant…

C’est très immersif, on sent que le récit est très documenté et la fiction a l’imagination pertinente, tout est crédible jusqu’au plus étonnant, et c’est une narration vivante et osée parfaitement adaptée à son contexte.

Une lecture prenante et savoureuse !

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Le coin des citations
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« Sur la nappe de l’autel trône la statue de Notre-Dame-de-la-Haine. En fait une Sainte Vierge classique, aux cheveux ondulés le long de bras aux paumes jointes, mais dont on a beaucoup ridé le visage, et au corps peint en noir couvert d’un squelette blanc. Lors de son moulage, cette Marie en plâtre était sans doute loin d’imaginer qu’un jour elle serait à ce point travestie et vénérée avec accompagnements de prières aussi peu catholiques que celles qu’on lui adresse ici :
– Notre-Dame-de-la-Haine, fais que mon frère s’étende bientôt dans sa bière.
– Je te demande la mort de mes débiteurs infidèles.
Autour de Fleur de tonnerre, des âmes pleines de rancoeurs invoquent à voix très basse la prétendue grand-mère du Christ pour obtenir le décès d’un ennemi, d’un mari jaloux :
– Je veux qu’il crève dans le délai rigoureusement prescrit.
Certains sont pressés d’hériter :
– Mes parents ont suffisamment vécu.
Trois ave dévotement répétés et le peuple veut croire à la puissance des prières faites en ce lieu de culte homicide. La fille de Plouhinec se dit qu’il se tisse de jolis drames autour de sa personne (…) »

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« – Une prérogative ducale nous a donné le droit de bris, donc l’autorisation de se servir dans les épaves rejetées sur le rivage. Mais comme finalement les naufrages naturels près des côtes sont plutôt rares, il nous faut bien forcer un peu le destin. Vive la fatalité organisée et hue ! lance-t-il ensuite à la vache au cou qui ploie sous le poids du fanal éblouissant mais se met en branle.
Tandis que les sabots du bovidé froissent les pierres, Fleur de tonnerre se souvient :
– Près des dunes de chez moi, quand on veut retrouver le corps d’un noyé, on allume u cierge sur un pain qu’on abandonne au cours de l’eau. On retrouve le cadavre sous l’endroit où le pain s’arrête.
Viltansoù se marre :
– Si on faisait pareil ici, quelle boulangerie serait notre rivage ! »

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« Ca suffit, Hélène et fermez la porte de la cuisine ! Ah, zut, il n’y en a plus. Hum, hum ! On a assez entendu vos sottises concernant ces légendes de la mort.
– Sottises ? Mais, monsieur Théophile, je vis au milieu des ombres, des korrigans et des fées. Je les vois mieux que je ne vous vois… le jour, la nuit, dans mon sommeil, au coin des fossés, dans les airs et dans les nuages, et suis certaine d’être dans le vrai ! »

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« (…) mais « Wik ! Wik ! », malgré les phalanges au creux des oreilles, elle entend un grincement d’essieu qui la rappelle à l’ordre : « Pense à ton devoir ! Quant à cete vieille ironie – l’amour -, j’aimerais bien que tu n’y songes plus. C’est chimère !… »
L’âme crispée lorsque la nuit tombe, elle écoute cette voix qui lui parle du fond d’une fosse épouvantable et la harasse tant qu’elle semble dans sa chambre de bonne telle une désespérée : « Pas lui !… »

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« On dirait la naufragée d’un cauchemar qui n’a pas de grève mais qu’une force étrangère à elle fait aller vers lui.
(…)
– Tu m’oublieras. J’aurai passé comme une ombre. »

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/!\ SPOILERS ALERT /!\

« -Lorsqu’ils évoquaient devant moi l’Ankou, je me souviens de la terreur de mes parents : quand on entendait dehors un bruit répété trois fois, les longs cheveux de mon père devenaient raides et ma mère paniquais. Je voyais l’importance de l’Ankou dans la famille, me disais « Je deviendrai importante. Je deviendrai ce qui les intéresse. »
(…)
Je suis devenue l’Ankou pour surmonter mes angoisses. Et ensuite je n’en avais plus puisque l’angoisse ce fut moi. « Je ne subirai plus leur peur. C’est moi qui déciderai. » Les nuits, j’allais me charger de la force nécessaire en m’adossant contre un menhir de la lande des Caqueux. Je ressentais profondément en moi son irradiante énergie fantastique. J’en ai encore les vertèbres qui brûlent.

– Idolâtries d’un mauvais penchant… et pierre levée qui aurait dû être cassée ou christiannisée, regrette, d’un signe de croix en l’air, l’aumônier. Et donc, en ce qui concerne votre expiation, il faudrait…

– Je ne disculpe ni n’accuse, j’explique ! le coupe Fleur de tonnerre alors que les reflets des flammes continuent de tournoyer sur les murs et les tomettes de la cellule de prison. Les peurs de mes parents m’ont tellement fait peur ! Ils m’ont donné leur peur et le sol a vacillé. J’ai eu trop peur lors des veillées. Ce sont mes peurs qui m’ont emmerdée.
Quand les parents sont tétanisés par une peur, ils ne protègent pas. C’est vraiment impressionnable, les enfants, merde ! s’énerve-t-elle. En fait, quand les parents ont tellement peur, ils projettent leur peur sur les petits et il n’y a plus de protection, quoi ! Et alors après…

En robe de bure des prisonnières, elle poursuit :
– Moi, je pense que c’est très logique. Lorsqu’on s’est trouvée perdue dans les angoisses de ses parents, on veut les dominer, on est même prête à devenir la mort pour cela et on devient invincible. (…) »

/!\ SPOILERS CI-DESSUS /!\

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Je me permet de rappeler que cette lecture a été initiée grâce à une « boîte à lire » (ou « à livres »), dont beaucoup sont référencées sur ce site par RecycLivres.

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Et pour aller plus loin, vous trouverez sur le site Les livres vagabonds une présentation de toutes les initiatives de ce genre qui permettent de donner une nouvelle vie à des livres donnés, dans des cadres appropriés et enrichissants, et par là même d’insuffler plus de sens et de nouvelles visions aux livres et à la lecture en général…

La vie c’est bien, le cynisme c’est mieux (L’Odieux Connard)

A l’occasion d’une nouvelle opération Masse Critique de Babelio, j’ai pu recevoir ce deuxième opus de l’Odieux Connard, sur lequel je lorgnais déjà en frétillant par anticipation…

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Après le joli succès de « Qu’il est bon d’être mauvais », L’Odieux Connard revient, et il est encore plus méchant.
Armé de son cynisme proverbial, il raconte les plus grands moments de l’Histoire, les films légendaires avec le mauvais esprit qui fait son succès.
Mais ses victimes ne s’arrêtent pas là : les enfants, les voyages, la politique, de nouveaux spoilers de poche, les aventures de la vache, des tests et de nouvelles rubriques.
Tout y passe, pourvu qu’il prenne un malin plaisir, entre deux cigares et un brandy, à se moquer de la médiocrité ambiante.
Une dose d’humour et de finesse salutaire.

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L’Odieux Connard, que ce soit sur son blog ou dans ses livres, « ça passe ou ça casse », j’ai envie de dire : on aime ou on n’adhère pas.

C’est avant tout une personnalité forte au parti pris bien particulier dans le point de vue et le style, travaillés et mégalo, dans le cynique et le caustique les plus décapants et assumés.

Personnellement j’adore…
Je suis une lectrice du blog depuis de nombreuses années, et c’est avec beaucoup de plaisir que j’avais eu la chance de faire dédicacer notre exemplaire de son premier livre, « Qu’il est bon d’être mauvais » au festival des Geek Faëries 2015.

De par leur format, les livres sont légèrement différents du blog, du fait que les chapitres sont plus courts et structurés que les articles denses et riches du blog, mais c’est bien la seule différence, car on y retrouve absolument tout ce qui fait l’Odieux Connard dans toute sa splendeur (de plus, ce 2ème opus offre un contenu intégralement inédit).

Entre deux spoils (ici = descente en flèche) de films – sa spécialité initiale -, il applique sa plume acerbe sur des sujets aussi divers et variés que les voyages, les manoeuvres politiques, les enfants, les phénomènes de société…
Quelques montages tels que des fausses pubs historiques, diagrammes, cartes de fidélité ou bingo des « gros lourds rencontrés » agrémentent le tout, ce qui rend le livre peut-être un peu facile à lire que le blog car plus aéré.

Difficile d’en dire plus sans dévoiler complètement le bouquin et gâcher le plaisir de la découverte, mais sachez qu’à mon goût, ce fut à nouveau un grand moment de lecture ponctué de pouffements et ricanements intempestifs, avec cette jubilation teintée de méchanceté bon enfant qui fait tout le sel de l’Odieux Connard !

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Le coin des citations
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« Sentez-vous ce léger picotement dans vos yeux ?

Pas d’inquiétude, ce sont simplement vos rétines qui sortent le champagne à la vue du bel ouvrage que vous tenez entre les mains. Comparées à ce qu’elles voient au quotidien, une dose de cynisme, c’est salvateur.

Après un premier livre qui n’aurait su contenir toute ma cruauté (Qu’il est bon d’être mauvais), je reviens noircir papier et âmes, puisque, disons-le tout net, nos contemporains ne se sont pas arrangés entre-temps, et m’ont donc donné d’autant plus l’ooportunité de disséquer leurs vices. De les disséquer tout court, aussi : parfois, ils me rendent grognon, le coup de pelle part vite. »

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« Mongol sans histoires, Gengis Khan voit sa vie basculer lorsqu’il tombe sur un vieil exemplaire de Léa Passion Poney. Rapidement, il prend un malin plaisir à s’occuper de son écurie, jusqu’à ce jour funeste où, alors qu’il est en train de brosser la crinière de Nuage de Guimauve, le jeu se fige brutalement. Le drame serait déjà terrible mais la Super Nintendo se met soudain à dégager une forte odeur de grillé.

Ivre de rage, Gengis fait l’acquisition d’un véritable poney et enjoint ses voisins à faire de même. Ne sachant pas bien où est le Japon, terre où il espère pouvoir trouver une Super Nintendo de rechange, il envahit la moitié du monde connu, faisant trembler la civilisation au son des sabots de milliers de poneys furieux. Finalement, le Khan chute de son poney, ce qui met fin à son règne et bientôt, à son empire, puis à son poney-club.

Notons qu’une fois dans l’histoire, le monde a dû son salut à un poney. »

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Une lecture fort plaisante pour laquelle je remercie les éditions Points et l’opération Masse Critique de Babelio !

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Techno Faerie (Sara Doke et al.)

Bon alors, je dois cette chronique aux Moutons électriques et ses auteurs depuis… pfouh, au moins ! Et ça m’a fait beaucoup culpabiliser et m’a donné beaucoup de fil à retordre, et je tiens avant tout à présenter mes plus plates et très sincères excuses.
A ma décharge, j’ai eu à faire avec un double déménagement qu’on n’attendait plus, accompagné d’une coupure de connexion pendant 2 mois, puis ma santé en pointillés tendance bas, des « pannes » (d’inspiration, de motivation, blocages…), etc…
Mais je m’en veux quand même beaucoup de n’avoir pas tenu mon engagement buh

Malgré tout, mieux vaut tard que jamais, et je tiens encore plus à chroniquer ce livre pour lui-même, parce qu’il est absolument exceptionnel et remarquable prost (non mais vraiment vraiment)

Il faut dire que quand les Moutons électriques ont dévoilé la publication de cet Objet Littéraire Nouvellement Inventé, j’ai tout de suite été très intéressée, de par son auteure et de ses innombrables contributeurs, de son concept et ses thèmes, et du gage de qualité lié à ces éditions… Alors quand j’ai eu l’honneur et la surprise de me le voir proposé pour une chronique, je n’ai pu qu’exprimer mon vif intérêt, et malgré mes problèmes de santé qui ont grandement ralenti l’activité de ce blog, j’ai voulu tenter le défi et tout faire pour le respecter, j’en ai fait ma première priorité et ma lecture principale.
Ce n’était pas vraiment difficile, tellement ce livre est beau, autant en lui-même que par ses richesses en mots et en images, dans son fond et dans sa forme… C’est d’ailleurs bien pour ça que le défi m’a paru réalisable – et pourtant c’est aussi ce genre de livres qui se savoure, qui se fait apprivoiser en y prenant le temps, et qui demande un peu de la sérénité qu’il procure au centuple en retour.

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Les fées existent, bien sûr, et elles sont de retour !

Les fées ont cessé de se cacher des hommes : elles sont revenues et bon an mal an l’univers de la Faerie s’est intégré à la société technologique. Depuis les premiers contacts d’enfants-fae avec la civilisation de l’automobile jusqu’aux premiers voyages spatiaux, ce livre conte l’histoire d’une évolution différente de notre monde.

 L’auteur, Sara Doke, vit à Bruxelles et est traductrice. La poésie puissante de son inspiration, l’originalité de sa vision d’un monde soudain enrichi des faes, sont saisissantes.

Avec des documents, des fiches couleur sur les 88 principales faes et de nombreuses illustrations, par Bigot, Booth, Calvo, Cardinet, Caza, Ellyum, Fructus, Gestin, Jozelon, Larme, Malvesin, Mandy, Muylle, Nunck, Tag, Verbooren, Zandr et Zariel.

Le retour des fées, dans un livre d’exception.

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Ce livre est donc surtout, à tous points de vue, un Objet Littéraire (voire Culturel) Indéfinissable et Inclassifiable, tellement il est riche et diversifié, autant sur le fond que dans la forme.

Pour essayer de parler de tout ça et d’à quel point ça me rend extrêmement admirative et enthousiaste, j’essaye d’abord de trouver par quel bout commencer, et par défaut, je vais déjà distinguer plusieurs parties distinctes – leur nombre pouvant varier selon les appréciations.


Personnellement, je distingue tout d’abord une partie narrative et une partie encyclopédique, cette dernière illustrant par une multitude de contributions visuelles le catalogue des divers êtres féériques évoqués dans la partie narrative.


Ensuite, je distingue dans la partie narrative 3 grandes parties, trois périodes, distinctes par leur forme et leur point de vue narratif.

La première m’a fait accrocher tout de suite et m’a passionnée, en forme de récit d’aventure et initiatique avec des personnages intriguants et très attachants, où l’on arpente plutôt la Colline en marge de la surface humaine.

La deuxième marque un pivot, avec une transition d’évènements déclencheurs rapportés de manière journalistique. Cette transition très courte se prolonge ensuite de manière plus progressive sur les développements de la révolution en marche par des yeux purement humains, un regard qui découvre tout juste la Faerie et pense en des termes bien spécifiques, avec ses shémas de pensée et ses notions assez éloignés de l’immersion en merveilleux à laquelle la première partie m’a accoutumée.

Enfin, la troisième grande partie aborde un monde et une société où humains et Faes cohabitent, avec plus ou moins d’harmonie (une résistance s’est développée au sein même de Faerie, les humains ont toujours quelques difficultés à appréhender totalement la nature et les objectifs des Faes…) (d’un autre côté, une histoire d’amour entre le plus Fae des humains, et une Fae luttant contre les poches d’opposantes de ses semblables, développe pleinement la force du lien qui peut s’établir entre les deux mondes), et où ensemble, au terme d’une réelle collaboration, une mission Terrienne part dans l’espace dans le but de découvrir d’autres formes de vies.

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Voilà pour le décortiquage à grands traits.

En termes de formes littéraires, on rencontre donc de la fantasy teintée de merveilleux et de steampunk, du roman initiatique, du roman social sous diverses formes, de la SF…

Les thèmes abordés à travers l’intrigue principale sont tout aussi variés, ramenant par tout autant d’échos des parallèles de réflexion sur nous-mêmes et notre propre monde : écologie, recherche scientifique, société – tolérance, traitement de la différence, respect, liberté, sexismes et problématiques du genré, assistance, etc etc…

Cela peut être assez déroutant, tellement on passe brutalement de styles et points de vue radicalement différents, au point parfois de ne plus trop savoir si ce qu’on est en train de lire est un recueil de nouvelles sans forcément de rapport les unes entre les autres, ou si tout cela fait bien partie du même ensemble, avec plus qu’un fil rouge, une même trame bel et bien omniprésente et relativement linéaire – cette dernière option étant bien la bonne

Au final, c’est certes très déroutant, voire même perturbant, mais je dirais que c’est aussi une grande part de ce qui fait tout le sel de ce livre, et qui participe intrinsèquement à sa nature et son discours même : le monde et la réalité sont multiples, et absolument toutes leurs facettes comptent.
En diversifiant les points de vue et les ambiances, le style colle au plus près de l’univers présenté et développé, on en vient même à se dire qu’il n’aurait pas pu en être autrement.

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Dans le détail et le ressenti, c’est aussi à l’image de la nature même de ce livre : ce n’est pas forcément très précis, ça part dans beaucoup de directions, c’est impossible d’être exhaustif, difficile de donner quelques exemples sans les sortir de leur contexte et donc de leur sens, c’est totalement multiple et protéiforme !

La première partie m’a plus inspirée, ou plutôt j’ai su plus facilement trouver des mots à mettre dessus, je vous livre donc mes premiers ressentis et observations que j’avais rédigé plus ou moins en même temps qu’une grande partie de ma lecture du livre dans son ensemble :

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Ca commence par une mise en situation très vivante et immersive, à la rencontre de Gabriel, Messagère du Sidh résidant à la surface humaine, venant en aide aux enfants-Fae perdus et tous les rejetés et délaissés en général.

Les Faes parlent d’elles au féminin, y compris pour les membres masculins, ce qui crée un vocabulaire androgyne très approprié pour nous faire ressentir la nature si particulière de ces êtres, et un apport très intéressant au style littéraire, qui pourrait en être desservi par une certaine confusion mais qui au contraire nous fait profondément intégrer le concept entier, instinctivement et naturellement.

Les Messagères ont aussi ce brin de gouaille qui donne un ton familier et vivant, on sent la simplicité et la sagesse propres à ceux qui rafistolent, qui recueillent, qui tendent les mains autant qu’ils le peuvent et arpentent plus les caniveaux que les artères conformistes et ferraillées de la bonne société humaine.
On se sent à l’aise avec ces façons franches et généreuses, lucides mais pas désabusées…

On y parle beaucoup de ce qui a longtemps séparé et opposé la Faerie à l’humanité – revisitant au passage tous nos mythes de fées bien ancrés dans la culture populaire depuis aussi loin que le monde sait conter –, et notamment des changelins, ces enfants que les Faes ont rejeté et substitué par des enfants humains volés.
Et la civilisation humaine a évolué, introduisant toujours plus de fer dans son environnement, ce fer qui est si nocif aux Faes…
L’humanité semble aussi avoir évolué d’une manière très radicale en termes de sécurisation et contrôle absolu, mais les Faes se soucient surtout de cette omniprésence du fer qui les fait tant souffrir – belle métaphore de notre problématique environnementale et écologique contemporaine, tout en ébauchant une anticipation assez sombre et fondée.

Et pourtant l’espoir est là, car les Faes sont revenues de leurs erreurs du passé et tendent désormais à une réconcialiation, à un échange harmonieux entre les deux mondes, bénéfique dans les deux sens.
Les Faes savent reconnaître l’intérêt des technologies humaines, surtout dans le domaine de l’informatique et des communications, qu’elles tentent d’apprivoiser à leur manière en y ôtant le fer et mêlant leur magie à ces mécaniques complexes – ce qui donne des productions hybrides assez fascinantes, et c’est là qu’on peut déceler un brin de steampunk

Les différences entre les deux mondes co-existants sont un gouffre qu’il est difficile de franchir, mais comme souvent, l’espoir repose sur les enfants, porteurs des générations futures et de leurs changements…

C’est là qu’on en revient à Arthur Passeur, enfant humain atypique que Gabriel prend sous son aile – à ses risques et périls -, et à Raphaël, enfant humain élevé Sous La Colline qui part en quête de son changelin Fae chez les humains, avec l’aide de ses fidèles amies et des messagères du Sidhe.

C’est alors que le récit bascule en quelques pages, sur le pivot important d’une transition d’évènements déclencheurs rapportés de manière journalistique. C’est le portail qui s’ouvre sur la révolution réconciliatoire, la révélation des Faes soucolline aux humains de la surface.

On passe alors au point de vue humain, avec sa faiblesse face au glamour, ses tentatives de garder son libre arbitre et son esprit scientifique pour mieux connaître cette population nouvellement infiltrée, et ses agitateurs de conscience comme il y en a toujours eu, ses idéalistes et révolutionnaires rêvant d’abattre les dernières réticences pour harmoniser un monde en partage, pour le meilleur et le bien de tous, dans une fusion identitaire de la grande tribu primitive de l’humanité, de la Faerie, de toutes les tribus du monde…

* *

Il y aurait encore beaucoup de choses à dire, mais je crois que même une chronique interminable (autant qu’une thèse universitaire) n’y suffirait tout simplement pas.
C’est aussi une expérience personnelle où chaque lecteur peut voir et ressentir beaucoup de choses différentes, et j’ai le sentiment que cela aussi fait partie de la nature et la raison d’être de ce livre…

J’y ai moi-même vu beaucoup de références et de clins d’oeil à des personnes, des thèmes et des caractéristiques propres à ce que, par facilité, je vais désigner comme « le fandom SFFF », ce milieu d’auteurs avec leurs textes et leurs êtres dans lequel je me suis trouvé une petite place depuis quelques années et que je ne me lasse pas de côtoyer autant que possible.
Certains clins d’oeil m’ont fait sourire, d’autres m’ont fait chaud au coeur, d’autres me l’ont pincé voire empoigné, et très souvent tout ça à la fois.
Et là aussi, j’ai la nette impression qu’il n’aurait pu en être autrement, que c’est une particuliarité fondamentale et naturelle de ce livre.

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Enfin, je dirais que ce livre est aussi très empreint de poésie, et empli de très belles choses.

L’humour n’y manque pas non plus, que ce soit sous la forme de l’incongruité d’un licorne pervers, des répliques diverses, notamment souvent celles involontairement sarcastiques des Faes, ou de certaines situations douloureusement ironiques.

C’est une remarquable réécriture de Faerie et de notre monde moderne, un hymne de réconciliation de l’imaginaire et du trivial, de la ferraille urbaine et de la féérie végétale.

…C’est un livre très complet, aussi vaste qu’ouvreur d’horizons, autant bariolé que sombre et radieux, absolument caméléon et (inter)galactique.

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Le coin des citations
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 » C’est des sortes de mutantes comme avant la révolution ?
– Non, mais la comparaison est intéressante. Dans beaucoup de communautés humaines, le vrai sens du mot communauté n’existe plus. Il y a trop de peurs. Comme avant, chez nous. Les humains n’aiment pas les gens différents, ni ceux qui font des choses différentes. Parfois, rien que le fait de ne pas trouver un travail suffit. Alors, au lieu d’exiler les gens différents dans un autre monde comme on faisait chez nous, ils les enferment ou ils font semblant qu’ils n’existent pas. »
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« Nos livres te décevraient. Seuls ceux des arbres atteignent, voire surpassent, ceux des Hommes. Votre magie est très puissante et peut être dangereuse pour nous. Pourquoi crois-tu que, malgré toute notre haine, nous n’ayons jamais exterminé ton peuple.
– Je ne sais pas.
– La beauté gratuite, mon enfant, la beauté pour elle-même. La poésie, la musique, la peinture, la littérature. Toutes ces choses qui ne servent qu’à donner du plaisir à l’âme. L’art des Hommes est une forme d’amour et l’amour est une des magies les plus puissantes.
(…) Or nous ne savons produire que du beau fonctionnel, du beau actif, du beau significatif. Nous sommes incapables de penser l’inutile, mais nous savons l’apprécier, parfois même un peu trop. C’est là que réside le danger. »
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« – Donne-moi ta colère et tu pourras traverser mon pays pour rencontrer ton autre.
Raphaël déglutit.
– Mais, je ne peux pas donner ma colère. Je suis nul en magie, moi, je la vois même pas la magie !
– As-tu seulement essayé ? Même le plus stupide des hommes peut voir la magie s’il essaie un peu. Tu es têtu comme un Troll et pétri d’orgueil, mon petit. Tu ne vois même pas les dangers que tes amis sont prêts à affronter par amour pour toi. Tu ne perçois même pas l’inquiétude d’Ezéchiel et de Gabriel, de nous tous, à l’idée de perdre un informagicien tel que toi. Donne-moi ta colère, petit, elle ne te sert à rien, elle n’a pas d’objet.
– Mais, pourquoi vous la voulez, alors ?
– Les émotions sont une énergie que nous apprenons à connaître depuis peu. Il importe de les étudier et de bien les maîtriser. Nous avons vécu tant de générations sans elles. »
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« – Pourquoi utilisez-vous toujours le féminin, même pour parler des Arbriers ?
– Parce que ce ne sont pas des Arbriers, ce sont des Arbrières mâles et au pluriel, toutes les Faes sont au féminin, toujours. »
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« J’ai pris la ferme décision de ne plus jamais frayer avec Faerie. Un autre poursuivra mes recherches et complètera l’album de famille des Faes. Je suis convaincu que l’humanité ne peut pas s’engager plus avant dans ses relations avec le Sidhe sans savoir à qui elle a affaire.
Avoir passé une nuit convaincu d’avoir perdu cent-soixante-quinze ans m’a guéri à jamais de la confiance que je pouvais accorder aux Faes ou à moi-même. On dirait presque un principe d’incertitude : peut-on observer le Petit Peuple sans être influencé par son charme, sans être manipulé par sa cruelle beauté et nos propres préjugés ? »
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« L’organisation d’un tel évènement pendant le carnaval n’a pas été facile, mais l’enthousiasme de Niamh et mon opinâtreté ont fait des miracles. La tribu Arachnée toute entière pourra se retrouver cette nuit. La discrétion a été respectée. Bruxelles est restée secrète, fidèle à elle-même, on y trouve toujours multitude de petits coins tranquilles. Nous avons réduit le périmètre de nos rencontres tribales au centre de l’Europôle, le pentagone historique. La tribu aura les trois étages du plus grand espace de travail partagé cyber de la ville pour diriger les opérations. »
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« Nous manquons, nous autres humains, de moyens de mesurer ou de comprendre ce que nous considérons encore comme des pouvoirs psi. Le « langage » des Faes se situe quelque part entre la télépathie et l’inconscient collectif wagnérien. Il nous est impossible de l’analyser objectivement.
Une autre chose que j’ai apprise durant mes recherches, c’est que les Faes dépendant de nous pour tout ce qui concerne la conception et la création. Non, je ne parle ni de copulation ni de reproduction. Vous voyez, les Faes, de par la nature-même de leurs moyens de communication impersonnelle, sont incapables d’inventer une réalité, une machine, un objet inutile. Ce sont, par contre, d’extraordinaires artisanes capables d’améliorer et d’embellir tout ce qui leur passe entre les mains. C’est pourquoi le Sidhe a eu besoin de nos technologies et de nos matéraux synthétiques pour se libérer de millénaires de stagnation, c’est ainsi qu’elles les ont optimisés pour disposer aujourd’hui de machines et de matières bien supérieures aux nôtres. Ce qui leur permet de nous aider dans de nombreux domaines. »
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« Je le répète, le fait d’être un grand lecteur et de s’intéresser en particulier aux littératures de l’Imaginaire est sans doute la clef de ma survie. Je m’attendais à être surpris, à me retrouver face à l’inconnu, comme on rencontre un extraterrestre. Que ce que j’ai découvert ne corresponde pas à ce que j’attendais n’a aucune importance. Il existe une expression fondamentale en Science-Fiction, « suspension of disbelief », suspension d’incrédulité. J’étais prêt à découvrir, prêt à accepter ce que je découvrais parce que je ne cherchais pas à me convaincre de l’impossibilité de ce que je vivais, je ne cherchais pas non plus à le nier. »
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 Et donc je remercie immensément les éditions Les Moutons électriques, auxquelles je présente encore toutes mes excuses les plus contrites pour ce retard honteux…
Tout comme à Sara Doke et tous les acteurs de ce livre !

         moutonse

 

Miscellanées de culture générale (Florence Braunstein & Jean-François Pépin)

J’aime bien les miscellanées, ces recueils de « leçons de choses », de petits savoirs pas forcément « utiles » mais toujours intéressants, pour qui est curieux de tout.

J’ai eu l’honneur de me voir proposer par Babelio une opération privilégiée pour lire un ouvrage de ce genre :

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Apprenez à parler le louchébem, l’argot des bouchers, retrouvez ce que Louis XIV exige des femmes dans son carrosse, fréquentez les arts incohérents, étonnez-vous du carré magique, des Hénokiens, suivez votre âme dans ses migrations ou laissez-vous tenter par les avances des prostituées en Grèce ou à Rome. Si vous en avez assez de répondre à la couleur du cheval blanc d’Henri IV, ces miscellanées sont faites pour vous. Ici, pas de solution limitée à un mot, un nom, une date. Pour être instructives, les réponses sont suffisamment longues, l’envie d’en savoir plus suit d’elle-même.
Vous ne connaissez pas les réponses ? Et alors ? Peu importe, tout l’intérêt réside justement dans leur découverte, une invitation à se plonger dans les plaisirs de la connaissance. Tout comme les auteurs, vous apprendrez vite que l’important c’est ce que l’on ne connaît pas encore. Entre deux remue-méninges, des recettes de cuisine, depuis l’Antiquité, offrent repos de l’esprit et joie des papilles. À vous les astuces de beauté de l’époque médiévale, les grands écrits fondateurs des artistes, les grottes préhistoriques, les inventions, les femmes à avoir relevé un défi incroyable pour la première fois.
Vous savez que vous ne savez rien ? Cela tombe bien, nous aussi.

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Alors commençons tout de suite par ce qui m’a fait le plus tiquer : ce sous-titre, « Le livre le plus difficile du monde », et cette présentation sous forme de quizz, une page de questions, les réponses listées sur la page suivante.

Si on le prend comme un quizz, les questions abordées sont effectivement tellement pointues que le jeu est parfaitement impossible, frustrant, et sans intérêt. Même avec quelques connaissances, une dynamique de groupe, un peu de logique et de procédé par élimination, ça reste injouable.

Si on le remet dans un contexte de miscellannées, par contre, c’est tout à fait intéressant ! Les domaines et périodes historiques abordés sont assez diversifiés, et on peut apprendre une foule de petites choses qui suscitent et répondent à la curiosité naturelle.

Encore deux points négatifs, cependant :
– tout d’abord, pour rejoindre la remarque sur l’aspect « quizz » : la mise en page rend la lecture peu aisée quand 
on choisit de prendre ce livre uniquement dans une démarche de lecture de miscellanées – ce qui finit invariablement par arriver ;
– parfois, il arrive qu’on reste sur notre faim : une série de questions nous rend curieux sur un sujet précis, mais les réponses sont lapidaires et ne comblent aucunement l’intérêt suscité dans l’instant… et le contexte est justement trop « dans l’instant » pour donner envie d’aller plus loin de son côté, par soi-même.

Je dirais donc que ce n’est pas le meilleur livre de miscellanées que je connaisse, c’est certain.

Malgré tout, ça reste intéressant et plein d’anecdotes passionnantes, amusantes, insolites et divertissantes !

Et le petit bonus, c’est le flip-book dans la marge…

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Bien sûr, je remercie tout de même Babelio et les éditions Puf (Presses universitaires de France) pour m’avoir permis d’avoir eu ce livre entre les mains.

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Je crée mes bijoux en origami (Marion Taslé)

J’ai reçu ce livre lors d’une opération Masse Critique de Babelio.

J’aime bien l’origami, et si je suis loin d’y exceller, j’y remet volontiers les pattes de loin en loin… 
Je n’avais encore jamais tenté les bijoux en papier et ça m’intéressait, tout est toujours bon pour trouver de nouvelles idées !

bijoux en origami

Délicatesse du pliage, choix du papier, l’origami se prête à merveille à la création de bijoux raffinés.
Grues, papillons, fleurs, noeuds, étoiles se posent avec élégance et fantaisie sur un bracelet, un sautoir, une broche, un serre-tête, des boucles d’oreilles…
Les explications dessinées étape par étape permettent de se lancer avec plaisir et facilité dans leur réalisation !

Au sommaire: bracelet et bague en papier, collier de perles lampions, boucles d’oreilles poissons, noeud de ruban cadeau, serre-tête cygne, couronne de fleurs pour mariée, diamants, étoiles diverses, robes (de soirée, vichy, etc), nénuphars, ballons, orchidée, iris, fleurs de cerisier, rosace, pampilles, flocons, collier plastron, bracelet de cocottes, grues, papillons…

Les quelques classiques comme la grue ou les cocottes trouvent une nouvelle jeunesse dans ces dispositions originales, et j’ai bien découvert d’autres idées, notamment les pliages de robes, les petits ballons, et un coup de coeur tout particulier pour le noeud façon ruban d’emballage cadeau.

J’ai trouvé les explications et les diagrammes bien clairs et compréhensibles – ce qui est toujours un avantage extrêmement appréciable en matière d’origami -, tout comme les pièces de papier à utiliser bénéficient d’indications précises.

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Certes, la plupart des modèles impliquent d’utiliser des ciseaux, et pour certains de la colle, alors que je préfère les origamis « purs » qui n’utilisent que le pliage du papier et aucune autre intervention, mais ça reste assez léger pour ne pas s’y arrêter.

Après, je ne fais quasiment jamais exactement les modèles que je suis, je préfère généralement les adapter selon mes propres idées, et je n’ai encore pas fait exception. 

En particulier pour le noeud, qui m’évoque très fortement le noeud papillon du Doctor Who Eleven, et qui même sans ça me séduit grandement dans les petites variantes qu’on peut y apporter

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J’ai aussi été assez surprise par la toute petite taille des objets travaillés, j’avais beau m’y attendre rien qu’à la taille des feuilles de base et au fait qu’on parlait de petits bijoux, ça m’a quand même prise de court plus d’une fois

Mais j’ai vraiment pris plaisir à explorer ce manuel, une agréable occasion de me replonger un peu dans un de mes loisirs créatifs de prédilection. happy

En bref, me voilà assez satisfaite de ce choix reçu grâce aux éditions Marie Claire et l’opération Masse Critique de Babelio !

  

 

Le bouclier obscur (John Lang)

Quand on connaît John Lang, c’est en général plutôt en tant que Pen Of Chaos (PoC), pilier du Donjon de Naheulbeuk, la saga mp3 rôlistique parodique dont l’univers s’est étendu sous bien d’autres supports.

Mais John a toujours eu aussi d’autres activités et projets plus personnels, comme l’écriture de romans, dont voici son premier édité ! Je l’ai lu dans sa toute première édition (Rivière Blanche, 2006), et après une deuxième édition chez Physallis en 2012, il a refait peau neuve cette année chez ActuSF.

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« Prends garde je serai bientôt dehors. »

     En voulant dépanner l’ordinateur d’un prêtre, Uther, jeune prof en informatique qui menait jusqu’ici une vie on ne peut plus banale, ne se doutait pas qu’il allait ouvrir la boîte de Pandore. Ce qui ne devait être qu’une simple éradication d’un virus particulièrement retors va vite prendre une tout autre ampleur lorsque le corps du père Alexandre est retrouvé atrocement mutilé à son domicile. Car il se pourrait bien qu’un démon se soit invoqué directement depuis la machine. S’engage alors une course contre la montre, afin d’empêcher Paris de devenir le dixième cercle des Enfers…

 

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Personnellement, j’admire déjà John Lang pour ses multiples talents, sa « carte professionnelle de l’amateurisme » (sic) et sa personnalité, je ne peux donc pas vraiment dire que ce fut une surprise, mais plutôt une bonne découverte.

Le style est vivant et sans chichis, très vite l’immersion s’opère, d’autant plus qu’on s’identifie facilement aux personnages principaux, qui sont avant tout des gens normaux – enfin, des geeks normaux -, et dont le basculement dans le fantastique se fait de manière progressive et réaliste.

Autant vous dire que j’ai eu bien les jetons comme il faut et plus d’une fois, le genre fantastique est parfaitement maîtrisé !
Tout en nuances, en petites touches, qui appellent à l’imagination personnelle tout en la nourrissant suffisamment pour la canaliser dans la direction voulue…

Placé comme ça l’est dans notre époque contemporaine, on se dit bien souvent que ça pourrait très bien arriver aujourd’hui sous notre nez, et que ça se passerait exactement comme ça, avec notamment le traitement médiatique et les influences liées…

Ce côté crédible et réfléchi ancre vraiment l’intrigue dans un cadre qui donne encore plus de force aux éléments les plus fantastiques.

On sent aussi la patte du MJ (maître du jeu) rôliste : dans la façon dont les situations sont exposées, et toutes les options passées en revue, avec les conséquences impliquées, afin de justifier les choix des personnages…
Ca en est presque perturbant par moments, mais finalement ça s’intègre parfaitement au style et ça lui apporte une approche originale et tout à fait PoCesque.

Difficile d’aborder l’intrigue plus loin sans spoiler honteusement, je me contenterai donc de renvoyer à la 4e de couv’ de la nouvelle édition ActuSF, reproduite plus haut !

Alors au final, je ne suis sûrement pas très objective, mais je dirais que ça se lit bien, que c’est à mettre entre toutes les mains de qui apprécie du thriller médiévalo-démoniaque et sympathique, et que c’est une bonne lecture qui vaut le détour, que l’on soit connaisseur et/ou fan de Naheulbeuk ou pas du tout (attention toutefois pour le premier cas : ceci N’EST PAS du Naheulbeuk, et bien qu’on puisse deviner « le » PoC en filigrane ça reste très différent ! ).

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* Le coin des citations *
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« Nous partîmes donc sur les toits, en prenant bien garde de tirer l’échelle et de la laisser à portée de main en bloquant le vasistas. La visite des toits parisiens, c’était une expérience nouvelle pour moi. Il convenait de faire attention à chaque pas, avec nos gros sacs qui nous attiraient dans le vide, rendant notre équilibre précaire. La tôle était grasse de pollution et de poussière, d’excréments de pigeons. Tout était sale. L’avantage, c’était la vue plongeante que nous avions sur certains appartements. L’inconvénient, c’était qu’il faisait nuit et que nous ne pouvions pas en profiter. De toutes façons, le voyeurisme n’était pas à l’ordre du jour. »
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« Très vite, il n’y eut plus personne. Nous nous retrouvâmes face à face, debouts dans les débris humains, couverts de sang. La porte nous attendait. Charles et Germain accoururent, ils avaient un visage inquiet.
– Calmez-vous les gars, chuchota Durgain. Vous avez l’air d’une bande de fous !
– C’est bien ce que nous sommes, lui dis-je. Nous sommes deux fous partant en guerre contre des démons.
Ils ne furent pas enthousiasmés par mon ton badin. C’est une de mes particularités, dans les situations les plus affreuses, j’ai toujours quelque chose de cynique ou de bête à dire. »
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L’Histoire de France selon Facebook (Baptiste Thiébaud)

J’ai reçu ce livre lors d’une opération Masse Critique de Babelio.
A première vue, l’idée avait l’air sympa, quand on a déjà vu passer des fausses pages Facebook de Jésus, Sauron, ou autres, on se dit que ça peut être drôle et bien pensé.

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Et si nos personnages historiques avaient pu utiliser Facebook ?
Y aurait-il eu un «do it yourself» pour apprendre à tailler ses silex ? Clovis aurait-il changé son statut de païen après son baptême ? François Ier aurait-il publié un album sur ses châteaux ? A quel groupe les révolutionnaires de 1789 se seraient-ils inscrits ? Louis XVI aurait-il été arrêté à cause de son dernier «post», près de Varennes ? Qu’aurait publié sur son mur Napoléon après Waterloo ? Charles Baudelaire aurait-il eu beaucoup de «fans» ? S’appuyant sur une chronologie réelle, l’auteur détourne les épisodes les plus connus de notre histoire nationale.

Le fil d’actualités court ainsi de l’arrivée des premiers hommes sur le territoire aujourd’hui français jusqu’à la création de Facebook en 2004. Le livre convoque personnages historiques et contemporains pour mieux jouer avec nos références, celles qui subsistent de nos apprentissages scolaires, et les codes de ce fameux réseau social.
Homo Sapiens vient de liker le mur de Lascaux. Jean-Paul Gaultier trouve que ça manque de rayures.

Et vous ?


Alors soyons honnête : je n’en attendais pas grand chose, mais j’ai quand même été déçue…
En fait ce qui m’étonne le plus c’est que ce livre ait été publié, et d’autant plus chez Puf, les Presses Universitaires de France.
Ca sent le délire d’universitaires… mais l’humour est décidément une notion très subjective : j’ai trouvé qu’en réalité ce n’est même pas drôle.
Et au final je ne sais même pas à quel public ça peut s’adresser : sans un minimum de culture générale et de références historiques solides, on passe à côté allègrement. Mais même quand on comprend les références, c’est… plat. Bof bof.

Dans le tas, il y a bien 2 ou 3 faux statuts qui font sourire, mais c’est bien tout…
Malgré la page au début de chaque période qui retrace quelques grands moments pour remettre dans le contexte, on passe les années à toute vitesse, c’est très expéditif, on reste sur notre faim, c’est très incomplet et les rares évènements « parodiés » ne ressortent pas de manière mémorable…
A force, c’est beaucoup trop anecdotique et lapidaire pour que ça aie un quelconque intérêt.

Il faut dire qu’à la base, faire un livre humoristique est déjà une sacrée difficulté, surtout basé exclusivement sur un concept comme celui-là. Le défi n’a clairement pas été relevé, et pourtant il pouvait bien y avoir un certain potentiel, mais il est tombé à plat. L’énumération de faits historiques couvrant deux millions d’années en 160 pages, même en « format Facebook », ça ne passe pas…

Malgré tout, comme je le disais, certains gags font sourire.
A mes yeux c’est l’ensemble qui ne valait pas d’être édité et commercialisé.

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C’était une mauvaise pioche, tant pis !
Je n’en reste pas moins reconnaissante envers les éditions Puf (Presses universitaires de France) et l’opération Masse Critique de Babelio qui m’ont permis de m’en rendre compte

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[BD] Hommes à la mer : huit nouvelles librement adaptées (Riff Reb’s)

Je m’intéressais à Riff Reb’s depuis que Solenne en parle sur son adaptation du Loup des mers de Jack London… Grâce à l’opération « La BD fait son festival sur Priceminister », j’ai pu avoir entre les mains le troisième opus de sa série d’adaptations de textes maritimes et fantastiques.

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Et je l’ai beaucoup aimé.

Les huit textes sont finement choisis, par des auteurs phares voire incontournables tels que W. H. Hodgson, Stevenson, Pierre Mac Orlan ou E.A. Poe, à travers des textes très judicieux et pertinents ; et ils sont très bien traités.

En quelques pages (à peine une petite dizaine) l’histoire est capturée, saisie sur le vif, offerte en pleine immersion vivante et captivante… Ce sont de parfaites bulles, intenses et complètes, des condensés très réussis.

Pour couronner le tout, des extraits d’autres oeuvres illustrés en pleine double page s’intercalent entre chaque histoire, pour prolonger une atmosphère et entrouvrir d’autres horizons.

J’ai particulièrement aimé celui du Vaisseau des morts (de B. Traven) :

« Morituri te salutant ! Les modernes gladiateurs te saluent, nouveau César, ô Capitalisme ! Nous sommes prêts à mourir pour toi, pour la très sainte et Glorieuse Compagnie d’assurance. Ô temps ! Ô moeurs ! Jadis, quand les gladiateurs, la cuirasse étincelante, entraient dans l’arène, fanfares et cymbales éclataient.
[…] Mais nous, les gladiateurs modernes, nous crevons dans la crasse, […] sans fanfare, sans beautés souriantes, sans applaudissements. »

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Les histoires ont toutes quelque chose de sombre et tourmenté, et pourtant sont assez diverses. Riff Reb’s y explore différents styles, mais son empreinte est partout,  il maîtrise toutes les ambiances – et c’est magnifique.

Rien que sur la page d’introduction, le ton est donné…

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On ouvre sur Les chevaux marins (de W.H. Hodgson), avec la fascination morbide d’un p’tit gars pour ces créatures du fond des mers que chevauchent les âmes des morts, au point de faire regretter à son grand-père de lui avoir raconté ces histoires…

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Avec La chiourme (de Pierre Mac Orlan), c’est la vengeance des galériens « dressés » pour recevoir une jolie dame de la haute’ en visite. A trop étaler raffinement et richesses, ce n’est pas forcément l’admiration que l’on suscite chez les gars de la chiourme… Et face à la mer, ne sont pas égaux ceux qu’on croit.

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Dans Le grand sud (P. Mac Orlan), c’est au Pôle que l’humain est rendu à sa proportion de fourmi impuissante face aux forces implacables de Mère Nature, réduit à son destin inexorable…

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Les trois gabelous (M. Schwob), c’est une histoire de surnaturel et de tafia des morts, en forme de légende aux mirages macabres comme je les aime depuis quelques lectures adolescente de contes bretons.

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Un sourire (de la fortune) (Joseph Conrad), c’est le requiem d’un marin en escale, qui explore la condition et la vie si rude de ces hommes qui sont entièrement voués à la mer, volontairement ou non.

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Mon plus gros coup de coeur va pour Le naufrage (R.L. Stevenson), ou le malheur d’un équipage d’avoir un philosophe pour capitaine. C’est ubuesque et délicieusement loufoque.

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 Avec Une descente dans le maëlstrom, on a carrément l’auteur lui-même en guest-star, puisque c’est du Edgar Allan Poe qui comme à son habitude se met en scène dans sa narration.
Et c’est du bon Poe, qui dramatise et exacerbe les tourments de l’esprit, dans une situation et un cadre qui donnent la pleine puissance à son sombre romantisme. Reb’s aussi y déploie tout son talent…

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Enfin, Le dernier voyage du Shamraken (W.H. Hodgson) nous laisse sur la traversée ultime d’un sympathique équipage de vieillards bougons, tout en nostalgie et en poésie.

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Au final, c’est un bien bel ouvrage que voilà, partant sur le concept toujours intéressant d’adapter du littéraire par du graphique, et il y excelle par une forte symbiose entre la justesse de sélection et la puissance même des textes, et leurs interprétations magistrales.

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Cette belle lecture m’a été permise par l’opération « La BD fait son Festival sur PriceMinister », qui demande une notation pour mieux qualifier l’expérience de lecture, dans ce cadre je lui donnerais donc un honorable 18/20.

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[BD] Zone Blanche (Jean-Claude Denis)

Difficile de parler de cette BD sans trop en dévoiler. Mais c’est encore une belle découverte…

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De nos jours (ou dans un futur très proche), les technologies utilisant les ondes électro-magnétiques sont omniprésentes, ce qui soulève de temps à autres des questionnements sur l’impact sanitaire – on le retrouve ici avec Serge Guérin, qui y est hypersensible et souffre donc de divers troubles très handicapants au quotidien.
Il vit seul avec son chat, tâchant de se protéger autant que possible…

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Cet état de fait soulève aussi une ultra-dépendance à l’énergie électrique, qui entraîne bien des désagréments en chaîne quand elle vient à manquer de manière imprévue, comme ici avec une panne générale qui paralyse tout un quartier parisien.

Serge Guérin, dans l’impossibilité d’utiliser son interphone pour rentrer chez lui, se rend à l’hôtel voisin, où il rencontre une autre « réfugiée » de la panne d’électricité.

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Ils s’entendent facilement, se comprennent, sympathisent. Un point commun les réunit surtout : ils gardent chacun une vieille rancune tenace pour des voyous qui ont abusé d’eux…

Une chose en amenant une autre, l’idée de s’échanger leurs « cibles », et donc leurs alibis et leurs mobiles, va se faire jour et les lier très intimement, dans ce contexte extraordinaire particulièrement propice aux pactes que la raison réprouve.

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Le plan paraît parfait et idéal, et le point de non-retour est déjà dépassé… Mais ça ne va (bien sûr) pas se passer entièrement comme prévu.

Quand le doute survient pour Serge Guérin, lui assénant la trahison ultime, il va passer un dernier cap.

Pour que ce soit bien la dernière fois qu’il se fasse berner, pour régler ses problèmes lui-même, et pour atteindre son dernier espoir : la zone blanche, le territoire vierge de toute activité électromagnétique où tous ses soucis disparaîtront.
(J’ai d’ailleurs cru remarquer des clins d’oeil, un jeu lexical, sur cette notion de zone blanche, tout au long de la lecture… comme cette allusion aux pages blanches de France Telecom pendant l’enquête policière.)

Parasité comme il l’est, toute réflexion lui est difficile, mais les souvenirs et associations d’idées qui lui tournent dans la tête vont aussi lui apporter la solution finale…

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Ingénieuse et retorse, elle lui ouvrira aussi le paradis fantasmé de la zone blanche, éternelle et pure.

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L’ensemble est très beau, et empreint de poésie, à la fois d’un point de vue visuel et littéraire.
C’est une belle histoire, si je peux dire ça d’une histoire criminelle, mais c’est surtout une histoire humaine… 
Avec une indéniable critique sociale sous-jacente. 

Peyr de la Fièretaillade, 1 : Marilyn Monroe et les samouraïs du père Noël (Pierre Stolze)

Forcément, un vieux poche brocanté bien kitch mais néanmoins classe (Caza oblige) avec un titre pareil, ça ne pouvait que m’attirer !
La lecture fut une expérience de longue haleine, déroutante et à oscillations variables.

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En ces temps de voyages supraluminiques, la tension règne entre les mondes de l’espace. C’est que dans cet univers de haute technologie, bien des inconnues demeurent, génératrices de conflits…

     Il y a cette planète oubliée, Echo, où seuls ont le droit de vivre des enfants, protégés par des guerriers inconnus… Il y a, à bord d’un vaisseau spatial, l’épouse de l’ambassadeur du Cercle Callimaque qui semble la réincarnation de Marilyn Monroe… Il y a des samouraïs, plusieurs fois centenaires et bien vivants… Et survolant ces mondes, un homme à barbe blanche et houppelande rouge…
     Quel lien y a-t-il entre tous ces mystères ?
*


Après une sorte de prologue plutôt mystérieux et déjà étonnant, le dépaysement s’installe avec le personnage principal de cette histoire : Peyr de la Fièretaillade, détective atypique s’il en est, fin gastronome et oenologue à ses heures, profitant d’une vie simple sur son petit satellite qui ne paye pas de mine.
La scène de son embauche pour cette aventure pose tout de suite le décor, très futuriste et décalé, un petit ovni de littérature SF…

*
« Je travaillais avec ardeur dans un carré de fraisiers, lorsque Joe le robot surgit inopinément.
– Bip ! grinça-t-il de sa voix métallique et asexuée. L’ambassadeur général du Cercle Callimaque, Son Excellence Gontran de Croix-de-Vie, désire s’entretenir incontinent avec l’instigateur Peyr de la Fièretaillade. Bip !
– Et merde ! me dis-je in petto. Pas moyen de jardiner tranquillement. »
*

D’un côté, on a le robot, le vaisseau, les planètes, l’organisation galactique : de la sf tout ce qu’il y a de plus classique. De l’autre, le côté « ours » du détective retiré du monde entre deux missions, occupé par son hobby et parlant un langage familier : un classique du polar aussi – mais le mélange de ces deux registres n’est (me semble-t-il) pas si courant (du moins à ce point-là).

Arrive alors la dimension politique, avec toutes les circonvolutions de la diplomatie et ses chemins détournés pour mettre le limier sur la voie d’une mission dont il aura beaucoup à découvrir avant même de chercher à l’élucider.

C’est donc après avoir devisé de manière fort policée au sujet d’une antiquité perse, entre gens de bon goût, que Peyr déduit qu’il est à la recherche du Prince Gandalf IV, héritier du trône disparu dans des conditions mystérieuses quelques longues années auparavant…

Après les intrigues de pouvoir et la séduction à bord du vaisseau Bagatelle, il va devoir affronter la rusticité d’une vallée ressemblant en tous points à la Mongolie terrienne (qui relève de la préhistoire oubliée, dans cet univers futuriste), un guide borné, un maître zen bien plus futé et plus puissant qu’il n’y paraît, un long voyage en caravane, un mélange ahurissant et totalement anarchique de répliques de civilisations terriennes anachroniques, et toutes les incongruités d’une planète inconnue…

Tout en s’efforçant de démêler la vérité et une situation inextricable.

On y croise Attila doté d’un oeil bionique, des dinosaures parachutés dans l’espace, une gamine aux allures de princesse Disney, un char d’assaut allemand télékinésié par des bambins dans une Pompéï-des-sables, des samouraïs domestiques, des portes spatio-temporelles, et surtout, enfin, le Père Noël qui tire bien des ficelles derrière tout ça.

Le dénouement est à la fois intelligent et satisfaisant, inattendu d’une certaine manière, et insolite jusqu’au bout, avec une totale réinterprétation du mythe du père Noël…

Car oui, au final, si tous les éléments du titre sont au moins évoqués, on se demande longtemps ce qu’ils viennent faire dans cette histoire et en quoi ils sont importants au point d’être dans le titre – mais après la dernière page tout prend son sens, qui effectivement justifie bien une telle importance !

Pour conclure, je dirais donc qu’il y a quand même certaines longueurs, voire lourdeurs, notamment dues à un style très verbeux et élaboré – ce qui dénote aussi une écriture très documentée et ultra-référencée bien appréciable, et remarquablement riche !
Et ce complet mélange des genres bourré d’insolite est tout à fait réussi.

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* Le coin des citations *
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« Yeshe-Ö lisait-il dans les esprits? La réponse fut immédiate :
– Pas toujours clairement. Surtout en ce qui te concerne. Tourbillonne en ta tête et ton coeur un tel maelström de questions brûlantes, de désirs ardents, et d’inclinations sans objet qu’il m’est bien difficile de faire le tri dans ce charivari incessant.
Il se pencha en avant et, échine cassée, me tapota l’épaule. Me regardant droit dans les yeux il m’avoua, après un petit rire taquin :
– Au fond, ce que j’apprécie vraiment en toi, c’est que tu m’apprécies.
(…) Vrai, ce vieillard me plaisait : il en émanait une telle bonne humeur mêlée à une telle sérénité que j’avais l’impression de baigner au bord de ce que, faute de mieux, je nommerais ‘sainteté’. Et je découvrais, avec un effarement quasi religieux, que la sainteté ne pouvait s’épanouir que dans l’entrain et la jovialité. »
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* Ce qui est bien, aussi, dans ce roman, c’est qu’on sait ce qu’on y mange et ça sent le gourmet connaisseur :

« J’étais tellement absorbé par ce que contenait mon assiette, concentré sur ce qui descendait délicieusement dans mon ventre, que je dus me sermonner afin de prêter attention au rapport de Lobsang. »
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« – Le commerce va donc péricliter rapidement et Koutcha risque de connaître une grave période de crise. A moins qu’elle ne possède une armée assez puissante pour protéger les caravanes.
– Les habitants de Koutcha ignorent la conscription, se sont toujours moqués des armes et de la stratégie militaire pour n’avoir jamais su ce qu’était la guerre. Si le mot ‘guerre’ existe encore, il a perdu toute signification précise, ne désignant plus qu’une farce très ancienne, un mythe cruel et mystérieux. »
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« J’admirais le dévouement des cavaliers de K’in. Rien ne paraissait les affecter : vers midi, un peu avant la halte, alors que leurs armures surchauffées, qu’ils ne quittaient jamais, se transformaient en chaudrons ardents dans lesquels marinaient et cuisaient les corps, ils ne relâchaient en aucune manière leur surveillance rigoureuse de la lente théorie des chameaux, accomplissant toujours le même ballet, les mêmes relèves de poste. »
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« Moi-même, j’éprouvais les pires difficultés à bien réaliser la situation, à vraiment coller à la réalité. Je cherchais à refouler un sentiment d’étrangeté, comme si tout ce qui m’entourait n’était que toc, décor pompeux, aménagement factice, assemblage délirant d’éléments disparates. Car quoi ! Comment croire en un samouraï installé dans une villa romaine au fin fond du désert d’une planète interdite ? Derrière le crâne à moitié rasé, au-dessus du chignon huileux, se creusait la perspective trop soignée, trop régulière d’une multitude de colonnes ioniennes, entre lesquelles jouaient lumière dorée et plantes verdoyantes. »
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« Ma pensée… Quelle pensée ? Un point minuscule, concentré, plus gravitique qu’un trou noir, et qui filait, ahurissant et multiplié, encore arrêté devant la porte Noire du temple de Jupiter et déjà arrivé dans l’antre du Père Noël, et à l’intérieur d’une pyramide égyptienne, et au fond d’une cave d’une résidence secondaire normande, et au creux d’un repli rocheux d’une grotte de l’archipel nippon, à la fois présent lors de la naissance de l’univers, observant les lendemains chanteurs de la fin des temps, et immobile dans un hic et nunc qui était aussi un ailleurs et demain, un partout et un hier. »
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[LDVH] Défis Fantastiques N23 : Le sang des zombies (Ian Livingstone)

Les LDVH (ou ldvelh), ou Livres Dont VOUS Êtes Le Héros, c’est une bonne partie de mon adolescence dont je garde un souvenir ému et reconnaissant.
A défaut d’entrer vraiment dans le JDR (jeu de rôle) sur table etc, ça a été une sorte d’initiation à ce concept général, qui a beaucoup occupé mes longues journées de collégienne/lycéenne seule et timide en fond de cambrousse…
Bien sûr, ce n’était pas pareil, et les ldvh ont aussi leurs défauts, mais je leur conserve bien évidemment une affection toute particulière !

J’avais fini par accumuler une collection honorable, dont je ne me suis jamais séparée, et que j’ai commencé à reprendre et étoffer il y a 2 ou 3 ans.

Sur ce, un renouveau s’est produit dans le domaine : tous les titres existants ont fait l’objet d’une nouvelle réédition mise à neuf chez Gallimard, et des inédits ont commencé à arriver !

J’ai donc tâté des nouveaux, toujours dans la série Défis Fantastiques – la grande classique de Ian Livingstone et Steve Jackson (mais sans ce 2° pour cet opus inaugurant la nouvelle génération) – avec Le Sang des Zombies.
Un de mes thèmes de prédilection, ça pouvait pas tomber mieux.

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Brillant étudiant en mythologie, vous ne vous attendiez certainement pas à passer des vacances, que vous aviez imaginé studieuses, dans un château perdu au fin fond de la Transylvanie, à la merci de hordes de Zombies.
Et pourtant vous voilà maintenant menant une chasse effrénée à ces créatures, œuvres de l’immonde Gringrich Yurr et de ses savants fous, dont le rêve insensé n’est autre que de devenir maître du monde. Un rêve que vous seul pouvez réduire à néant. Si toutefois vous restez en vie… Pourrez-vous survivre dans l’enfer qui vous attend, ou deviendrez-vous à jamais un Zombie ?

Inédit! L’aventure continue en grand format pour la série culte aux 14 millions de lecteurs.
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Pour rappel ou remise en situation, un ldvh est un livre qui se joue, comme un roman dont on influerait le cours de la narration. Plusieurs fins sont possibles, généralement une seule est la bonne. On incarne un personnage qui va évoluer dans un contexte donné et avec un certain état de santé qu’il va falloir maintenir.
On avance dans l’histoire par « paragraphes » (ou sections) numérotés successifs, à la fin desquels on choisit d’effectuer certaines actions ou non, de prendre telle direction ou telle autre dans l’exploration de l’endroit, etc…
Il arrive qu’on rencontre des bêbêtes ou personnages belliqueux ou nocifs, qu’on combat selon un système établi et avec l’usage de dés (parfois imprimés dans la marge au bas des pages, il suffit alors de feuilleter rapidement l’ensemble du livre et s’arrêter sur une page au hasard pour obtenir le résultat d’un jet de dés).
Un crayon et du papier sont nécessaires pour consigner les données caractérisant son personnage, noter des indices, le déroulement des combats et le nombre de victoires…

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Et donc, pour ma propre expérimentation de cet inédit, je dirais que comme les meilleurs DF d’antan, le niveau est assez difficile, on tombe forcément dans au moins une impasse avant de parvenir à la fin victorieuse. Mais c’est le jeu !
Et c’est ça qui permet de bien explorer à fond toutes les options possibles, les diverses variations de parcours.

Il y a beaucoup de combats, on passe pas mal de temps à buter du zombie – ça aussi fait partie du principe (et encore, un système de munitions semble avoir été supprimé des règles au dernier moment).

De même, il faut louvoyer pour fouiller assez d’endroits et d’ennemis vaincus pour récupérer de l’argent et des objets, envahir son sac d’une liste d’objets très disparate et farfelue, sans trop savoir ce qui sera vraiment utile (voire même indispensable) dans tout ce fatras, noter les bonnes infos et les codes secrets à utiliser à bon escient…

Mes bonnes vieilles méthodes de jeu développées par mon expérience intensive m’ont à nouveau été bien utiles – et nan c’est pas tricher !!! Bien organiser ma Feuille d’Aventure, ajouter un listing des paragraphes choisis lors du parcours et s’en servir pour repérer les boucles, les détours déterminants, les pièges à éviter, revenir au dernier choix « sauvegardé » quand l’aventure se termine prématurément à cause d’un mauvais hasard… (mais je reste honnête sur mes combats, points d’endurance, tests de chance etc, hein. ‘tention.)

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Si l’intrigue est volontairement située dans un univers contemporain, et non sur le monde de Titan traditionnel de la série, on en trouve des clins d’oeil plus ou moins flagrants, avec grand plaisir pour les nostalgiques comme moi.

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« Le tiroir du haut contient des crayons, du papier, une règle,une calculette, une agafeuse, une perforatrice et un chargeur de téléphone, alors que dans le tiroir du dessous, vous ne trouvez que des cartes postales représentant le château. Sur l’une de ces dernières sont incrits de brefs voeux d’anniversaire : ‘Joyeux 30 ans, Zagor !’ suivis de la signature de Yurr lui-même, mais sans la moindre adresse. »
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En bref, cette nouvelle mouture me séduit tout à fait, en restant bien dans l’esprit d’origine tout en apportant quelques innovations, un renouveau qui ne dénature pas l’essence même des Défis Fantastiques.

J’ai bien l’intention de continuer à découvrir ces inédits, et peut-être même à me replonger dans ma vieille collection, tenter de chroniquer mes préférés, jouer à ceux que je n’avais pas lus…
On verra bien !

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Et c’est ma première participation au Zombies Challenge du blog La Prophétie des ânes, un défi de 28 semaines avec des vrais bouts de cerveau dedans.

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[BD] L’outremangeur (Ferrandez & Benacquista)

Encore une bonne découverte tout à fait fortuite ! A première vue, ça m’a un peu rappelé « Le gourmet solitaire », un de mes Taniguchi préférés. Avec le caractère du commissaire Adamsberg, dans les polars de Fred Vargas. Un mélange intéressant…

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Richard Séléna est un super-flic dont la réputation n’est plus à faire. Il a pourtant un gros problème dans l’existence. Il pèse 160 kilos. Son cardiologue ne lui donne que deux ans à vivre, sa thérapie de groupe le laisse muet. Il dévore tout ce qui lui tombe sous la main pour calmer son désespoir.
Quand il rencontre la belle Elsa, Séléna lui impose un jeu troublant dont lui seul connaît la règle.
Tout le monde à droit à une seconde chance.
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Tout en silences et en pudeur, on s’immerge dans la vie de cet homme luttant en vain contre une boulimie compulsive redoutable, seule faille chez ce commissaire qui semble exemplaire.

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Mais ses manières de solitaire, son caractère autoritaire et bougon, ont vite fait de lui ajouter une certaine aura de mystère… Qui s’accentue quand on le voit tenter de faire accepter son aide financière et distante à une marginale aux cent chats, puis imposer un pacte douteux à une belle jeune femme qu’il a identifiée dans son enquête en cours, pour l’inviter une heure chaque soir pendant un an.


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Ces soirées avec la belle Elsa sont simples, très simples : il réapprend le plaisir de cuisiner pour quelqu’un d’autre, de partager ses repas…
Avec le temps, la contrainte s’allège et leur relation devient plus détendue. Avec toujours autant de simplicité, un réel échange vient à poindre. C’est beau.

En parallèle, un net changement s’opère chez lui, avec une désertion de son groupe de parole, quelque chose de plus serein dans son attitude professionnelle…
Bientôt, on le voit se sevrer de ses descentes de frigo pantagruéliques, refaire sa garde-robe.

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Il y a certainement plus de bon que de mauvais dans tout ça, mais que penser de sa moralité, de son honneur de commissaire ?
C’est ce qu’un collègue va finir par lui opposer, mais il est prêt à s’expliquer, et il a des secondes chances à faire valoir.
Y compris pour lui-même, qui fait enfin la paix avec ses vieux démons.

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Au final, c’est bien un humain qu’on a trouvé derrière les apparences. C’est l’humain qui est révélé, avec ses failles et ses forces, humblement.
C’est l’homme derrière « le gros », l’homme derrière le flic.

 Le tout servi par un style sobre, une narration et une ambiance qui passent plus par des émotions mesurées, et des aquarelles sans fioritures que j’approuve. coeur

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[BD] L’effet kiss pas cool : journal d’une angoissée de la vie (Leslie Plée)

Après « Moi vivant, vous n’aurez jamais de pauses » que j’avais beaucoup aimé, y retrouvant un vécu qui me parle, de plus ou moins loin, j’ai persévéré avec cette auteur qui m’est bien sympathique, pour cet opus un peu plus personnel qui me touche encore plus.

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Des bacs à sable aux bancs de l’université, de l’adolescence à l’âge adulte, ses crises d’angoisse ne l’ont pas quittée. Leslie nous livre, avec ironie et décalage, ses faiblesses qui font toute sa singularité. Au fil des planches, elle se dénude et nous touche à sa manière, entre deux éclats de rire !

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Une angoissée de la vie, ça me décrit parfaitement, et tout particulièrement depuis quelques temps où ça fait plus que déborder sur ma vie en général…
Je me suis reconnue dans la plupart des situations et des réflexions de ce livre, et je le recommande à tous ceux qui seraient dans ce même cas.
C’est bête, et on a beau le savoir déjà, c’est toujours bon de voir qu’on n’est pas seul au monde avec ce genre de vécu, et que des réactions dont on a honte se retrouvent presque banalisées, ou plutôt dédramatisées.

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A l’humour et l’autodérision qui y sont généralement rattachés, s’ajoute la justesse et la pertinence des propos, et une certaine fraîcheur dans la façon de le raconter…

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Vous l’aurez compris, c’est un coup de coeur !

[comics] Zombie Tales, 2

Voilà une belle trouvaille que j’ai découverte pendant mes recherches pour le Swap Zombie, comme je cherchais plutôt du comics et que je n’en connais pas des masses…
Je suis donc tombée sur le tome 2 de cette collection originale qui m’a beaucoup intriguée, assez pour tenter le pari qu’il se révèle parfait pour mon swap, et je ne l’ai absolument pas regretté !

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La série plusieurs fois récompensée sort enfin de sa tombe pour débarquer en France !
Rejoignez Joe R. Lansdale, Steve Niles et Kim Krizan pour des histoires de morts et de vivants qui vous laisseront sans voix ! Des histoires passionnantes par des scénaristes et des dessinateurs qui sont parmi les plus appréciés du genre.

Ce que j’ai particulièrement apprécié, c’est la diversité des styles et des visions du mythe zombie.
Ce thème est devenu tellement à la mode qu’on peut craindre une certaine uniformisation plutôt qu’un véritable phénomène d’émulation artistique et culturelle… Avec les Zombie Tales, on est loin des sentiers battus et bien calibrés !

Chaque histoire de ce tome met en scène des zombies plus ou moins traditionnels dans des styles et des univers très différents, souvent atypiques.

Bien sûr, il y en a eu certaines auxquelles j’ai moins accroché, comme « La guerre à la maison » pour son côté cheap et pin-up avec l’inévitable bonnasse éperdue en blouse blanche.

« Une personne très sociable » et « Zounds ! » m’ont semble-t-il peu marquée, bien que le fait de chroniquer de mémoire plusieurs mois après la lecture puisse jouer.

J’ai relevé plus d’intérêt pour « Printemps 2061 », où les échos de Shakespeare dans un univers très post-apo, sombre et désertique, apportent un grain de folie bien vu.

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Idem pour « Double portrait », qui développe une ambiance forte et palpable sur une idée somme toute assez prévisible, mais qui personnellement m’intéresse toujours.

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« Dernier arrêt au virage du diable » fut une agréable trouvaille, avec l’intelligente introduction d’un autre mythe populaire pour pimenter les ingrédients classiques de l’invasion zombie…

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J’ai eu un véritable coup de coeur pour « 5 étoiles », totalement décalé avec ce plateau télé de critique ciné qui oppose le présentateur traditionnel et distingué à une critique aux goûts plus… simples et directs, qui emporte pourtant la préférence du public.
C’est débile et efficace, j’adore.

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Enfin, « Zaambi » m’a étonné par son cadre chinois antique, et j’ai beaucoup aimé ce mélange. La réécriture de ce symbole historique est une merveilleuse idée, et le ton narratif lié à cette civilisation très attachée au conte en fait une évidence qui s’impose.
Et c’est bon de rappeler que les zombies sont présents dans d’autres cultures, alors que la vague actuelle est plutôt centrée sur les U.S.A. et l’Europe…

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Voilà donc un beau receuil d’histoires de zombies au format comics, original et dépaysant !

[BD] Cadavre exquis (Pénélope Bagieu)

Ca fait vraiment longtemps que je voulais le lire, celui-là, à tel point que j’avais l’impression de le connaître, et pourtant ce livre a trouvé le moyen de me surprendre !
Une très bonne surprise, et le coup de coeur que je pressentais a bien été au rendez-vous, encore plus fort que je ne l’escomptais.

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Zoé a un boulot pas drôle : elle est hôtesse d’accueil dans les salons – de l’automobile ou du fromage – et doit faire bonne figure, debout toute la journée avec des chaussures qui font mal aux pieds. Le jour où elle rencontre Thomas Rocher, écrivain à succès, la vie semble enfin lui sourire.
Mais pourquoi Thomas ne sort-il jamais de son grand appartement parisien ? L’amour peut-il vivre en huis clos ? Et quel est dans cette histoire le rôle d’Agathe, la belle, froide et machiavélique éditrice de l’écrivain ?

Pénélope Bagieu est une des blogueuses BD que je suis depuis le plus longtemps, avec son fameux « Ma vie est tout à fait fascinante ».
J’apprécie la fraîcheur de son trait, son humour, son enthousiasme…

Ici j’ai retrouvé tout ça, avec aussi de la profondeur en plus, un graphisme travaillé encore plus expressif, et une justesse efficace dans le ressenti et le rendu des personnages, des ambiances, des sentiments… Avec une intrigue très jolie happy

Cette fille tellement désabusée, engluée dans le métro-boulot-dodo, qui plus est un boulot peu valorisant basé sur les faux-semblants, et un dodo pas folichon avec un copain limite bidochon, on s’en sent vite proche…

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Elle est toute jolie quand elle y met les formes, mais surtout elle est nature, et c’est là qu’elle n’en est que plus belle et touchante ! 

Et c’est sa simplicité, son naturel, qui lui ouvre la porte de Thomas, caché derrière ses rideaux et pourtant si soucieux de sa célébrité.

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La roue tourne, la vie change… Ils forment un couple qui détonne, et pourtant, c’est si… naturel, une fois de plus.

Mais il y a quelque chose qui cloche, Thomas fait bien des mystères, persiste à se terrer sans jamais sortir, et puis voilà Agathe, l’éditrice qui se révèle vite bien trop proche de « son » auteur « pour être honnête ».

Comme toujours dans ces cas-là, ça ne se passe pas tout seul, il y a beaucoup de rancoeur, de petites mesquineries, de doutes… Le shéma est classique, mais on le vit vraiment par les yeux de Zoé, qui sent plus que jamais qu’elle n’évolue pas dans le même monde de livres et de coups publicitaires que son amoureux et sa vieille complice.

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Et puis comme toujours dans ces cas-là, ça crépite un moment, ça frôle la fêlure, ça se rabiboche avec des bouts d’espoir, et puis… sans spoiler, ce qui finit par se révéler est assez énorme.
C’est l’un des principaux éléments du bouquin, ce qui forge son identité, qui lui donne son sens.

C’est la fin pour Zoé, une fin douce amère… Mais d’un autre côté, elle nous a déjà montré qu’elle n’est pas du genre à se laisser faire, non ?!
Elle va prendre sa vengeance sur la vie d’une manière très intelligente – et totalement pétasse, mais assumée et heureuse ; et ça FAIT DU BIEN !!!

Et c’est d’ailleurs ce qui pour moi résume le mieux cette lecture : ça fait du bien, bon sang. Ce personnage de Zoé est vraiment chouette smi

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Taupe (Nico Bally)

Eeeeh oui… Ca fait un bail, hin ?!
Mais il y a décidément beaucoup de chamboulements dans ma vie, et je ne fais que ce que je peux – une notion extrêmement variable et couvrant de moins en moins d’activités, y compris dans celles qui me tiennent à coeur…

Ce qui m’avait amené à d’abord refuser la proposition de SP des éditions Malpertuis, que pourtant j’aime beaucoup, lors des dernières Imaginales, puis à hésiter et me laisser tenter en essayant de respecter un délai raisonnable… Ce que je n’ai pas vraiment réussi, hélàs, mais ça a été une lecture agréable que j’ai bien apprécié après une certaine panne, et je tenais à en faire un retour.

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Un beau jour de 1864, Jules Scartaris, un jeune garçon, se retrouve victime de sa curiosité. Entré discrètement dans une étrange machine, en compagnie d’un chat tout aussi fouineur, il voit, impuissant, l’appareil se refermer sur lui et commencer à s’enfoncer dans le sol.
Car Taupe (puisque tel est le nom de cet engin aux faux airs de Nautilus) vient d’entamer sa mission, et celle-ci consiste à atteindre le centre de la Terre…
Passager clandestin malgré lui, Jules devra travailler pour justifier sa présence à bord. Louvoyant entre les personnages hauts en couleur – parfois amicaux, mais pas toujours – qui composent l’équipage, il lui faudra participer à toutes les tâches qui contribuent à faire fonctionner le vaisseau souterrain. Il y découvrira les secrets de la machine, mais aussi ceux des hommes…

Comme indiqué sur la 4° de couv, on me l’a présenté comme un roman jeunesse, un peu d’inspiration steampunk et surtout très Vernienne. Ayant raffolé de Jules Verne et de vieux feuilletons dans mon enfance, et étant attirée à la fois par la couverture, le résumé et le nom de l’auteur que j’avais déjà croisé sur des nouvelles, ça méritait d’essayer…

Et c’est très justement ça : du jeunesse un peu steampunk et surtout bien dans la lignée de Verne.

Au début, j’avoue que je lisais avec une curiosité plutôt dubitative, un peu ennuyée par le style « jeunesse » qui n’est plus forcément ma tasse de thé… et surtout, l’ambiance et le rythme propres à ce roman, effectivement fidèles au tempo Vernien – auquel il me faut toujours un certain temps d’acclimatation, sous peine de voir le livre me tomber des mains.

Passé ce moment d’adaptation et de mise en place, je me suis facilement prise au jeu de l’exploration du projet Taupe à travers les yeux du jeune Jules, clandestin malgré lui, voix de la morale et de la curiosité – sinon scientifique, du moins extérieure.

Son affectation successive aux différentes équipes de travail lui permet d’acquérir une vision d’ensemble de ce projet risqué et très réfléchi, fruit d’une analyse implacable et très organisée servie par une discipline très stricte. Là encore : Jules Verne.
Avec sa position d’enfant, qui plus est issu d’un milieu favorisé, et son statut d’intrus – ce « parasite »  comme le surnomment certains membres de l’équipage avec plus ou moins d’humour -, c’est aussi un regard critique et une mise en perspective qui veut se poser sur cette expérience et le microcosme de société qu’elle implique… Jules Verne !

Sans oublier les cas de conscience, les amitiés et inimitiés qui se développent, les périls qui menacent notre jeune narrateur, les rebondissements, les secrets et les manigances…

L’intrigue parallèle du chat, l’autre clandestin que l’équipage recherche, nous ramène au jeune âge du personnage principal, et ajoute une certaine fraîcheur au milieu de tout ça.

Comme on ne tarde pas à le voir, chaque taupiste (oui, c’est le nom donné aux membres d’équipage de Taupe) a son caractère – souvent bien trempé -, son passé trouble et/ou son handicap.
La galerie des personnages est variée et bien construite, et chacun a un développement et une psychologie intéressants.

Au final, Taupe est à la fois un hommage réussi aux feuilletons de science-fiction pédagogique tels que Verne en était le maître, un roman jeunesse actuel intelligent, et tout simplement un roman original, bien documenté et réfléchi, qui parle de scientifiques visionnaires, d’expérimentations risquées, de nature humaine dans ce qu’elle a de bon et de mauvais mais toujours immuable, de tolérance, de réinsertion, de rédemption et de sacrifice, de persévérance et de foi en certaines valeurs et espoirs, et de grandir et de mûrir, et de la vie jusque dans ses leçons les plus rudes.

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* Le coin des citations *
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« Je comprenais ce que devaient ressentir les accusés qui traversaient la rue, menottes aux poignets, tandis que les badauds se demandaient s’il y aurait bientôt une nouvelle pendaison à regarder. On allait décider de mon sort, et je ne pourrais probablement rien faire pour changer ça. »

*

« A la place de mon confort habituel, je n’avais qu’une couchette froide, sans drap, sans couverture, avec un bloc de mousse dure en guise d’oreiller, dans un cabinet où circulaient des taupistes en blouse.
Les vibrations finirent tout de même par me bercer, et je replongeai dans mes rêves infra-terrestres. J’y étais juché sur une sorte de géant bouclier d’argent, propulsé vers le haut par la lave jaillissante d’un volcan. Mon ascension était infinie, alors que je guettais l’arrivée, le moment où le volcan me cracherait vers le ciel.
C’était comme une chute libre à l’envers. Les rêves sont farceurs ! Alors que je m’enfonçais lentement vers le centre de la Terre, je rêvais que j’en étais violemment éjecté.
Mon sommeil fut bref. Je devrais sûrement m’habituer à ce nouveau rythme de repos rapides. Je n’étais pas sûr d’y arriver. L’absence du soleil était étrange. Il avait toujours agi comme un repère discret, comme un domestique qui m’indiquait quand me lever et quand me coucher. »

*
« Tu as vu la tête, mon petit Jules. L’amiral et le pilote sont le cerveau de Taupe. Les sondeurs en sont les yeux. Les vrilles forment la gueule qui creuse la terre. »
(…)

« Les trieurs sont le système digestif de Taupe. On ne rejette pas tout ce que l’on creuse. Il y a de l’eau dans la terre, on l’absorbe dans ces tuyaux. »
(…)

« L’eau est filtrée, on la boit, elle nous lave et lave nos vêtements, etc. On récupère également le charbon et les combustibles. Mais pour les différencier des minerais inexploitables, il faut des hommes et des femmes. »

*

« Oh mon pauvre parasite, me dit-elle. Tu ne sais pas dans quoi tu t’es embarqué.
– Une machine qui s’enterre toute seule, avec plein de prisonniers à bord, dis-je.
– Ah ! Pire que ça. Viens ici. »

 

*

« J’imaginais avec une grimace triste le corps désarticulé de JS reposant sur un tas de dépouilles brûlées.
– L’amiral a fait une cérémonie ? demandai-je d’une voix étranglée.
– Il… il n’y a pas eu d’enterrement. Tout est détraqué, il n’y a plus aucune place pour la dignité. On est comme sur un radeau à la dérive, tu comprend?
Je ne comprenais pas. Qu’avaient-ils fait ?
– Où sont-ils ? demandai-je. Qu’avez-vous fait du concepteur ?
La bouche du cuisinier tremblait.
– On ne pouvait plus les conserver. Ca n’est pas bon pour l’atmosphère. Et on ne pouvait pas se permettre de s’arrêter à nouveau…
– Qu’avez-vous fait du concepteur? répétai-je en haussant le ton.
Ma tête me faisait mal, une douleur pulsait en appuyant sur mon front.
– On les a jetés… avoua le cuisinier. On les a laissés derrière nous.
– Comme des déchets ?
– Nous n’avions pas le choix !
Je partis, brûlant de colère. Le concepteur avait été éjecté, digéré par sa propre machine. Et avec lui les taupistes morts dans l’explosion.
Qu’était devenue notre noble mission, notre fière colonisation du Centre ? Nous n’étions plus que des naufragés, poussant les cadavres hors du radeau. Cela m’horrifiait. A quoi bon continuer ? Nous étions devenu des monstres ! Ou pire : des machines, rejetant le surplus, la matière morte, pour avancer aveuglément vers notre but absurde.
Le jardin était détruit. Taupe y avait perdu son bout de nature, son âme, le seul petit espace de la Surface que nous avions emporté avec nous. Tout le reste n’était plus que des rouages usés. »

 


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Je remercie donc chaleureusement les éditions Malpertuis que j’aime toujours autant, et avec mes plus plates excuses pour le retard éhonté

   

Le Sabre de Sang, 1 : Histoire de Tiric Sherna (Thomas Geha)

Je ne sais pas trop pourquoi, Thomas Geha (et ses identités multiples) me semble familier depuis des années. Alors qu’à la réflexion, quand j’ai lu son texte dans l’anthologie « Réalité 5.0 » (c’est encore dans ma Pile A Chroniquer, tout comme ma vadrouille aux Rencontres de Sèvres qui me marqua cette lecture magnifique), j’ai réalisé que je ne suis vraiment pas si sûre de l’avoir lu ni même de lui avoir adressé la parole auparavant…

Le Mois de Thomas Geha sur Book en Stock est donc tombé à pic pour continuer sur ma lancée, d’autant plus que j’ai eu le plaisir de recevoir le tome 1 du Sabre de sang grâce au partenariat avec Folio SF !

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« Mon nom est Tiric Sherna. J’ai survécu à la guerre. Mais la défaite que vient de subir mon peuple, les Shaos, me laisse un sale goût dans la bouche, comme une envie de vengeance. Les Qivhviens – des humanoïdes reptiliens – nous ont massacrés ou, pire encore, réduits en esclavage. Une caravane nous convoie vers Ferza, la capitale de l’empire qivhvien. Dans ce nid de vipères, les plus forts d’entre nous seront destinés aux arènes. Autant dire que je suis voué à une mort certaine…
Mais je suis un Shao ! Et un jour viendra, je le jure, où nous nous relèverons et vaincrons l’ennemi. Oui, un jour, j’aurai ma revanche ! »

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Voici donc le premier volet d’un dyptique bien construit, à priori un peu asiatisant (ce qui est déjà un petit défi pour moi), avec ces guerriers Shaos qui sortent prisonniers de l’ultime bataille de leur peuple contre l’envahisseur Qivhvien – ultime déshonneur que de ne pas mourir au combat et subir le joug des conquérants haïs…

Et ça ne fait donc que commencer, pour Tiric Sherna, officier Shao qui sera au centre de ce récit, et son compagnon d’infortune Kardelj, qui prend la situation avec plus de philosophie.
Il faut dire qu’il en sait plus sur les moeurs et la mentalité qivhviennes, et sait mieux à quoi s’attendre quant à leur nouvelle existence d’esclaves.

Tiric, lui, tombe de plus haut – et plus bas, dans les mains de Zua Lazpoa, redoutable intriguante à la cour de l’impératrice, qui compte beaucoup sur son nouveau champion pour satisfaire à ses ambitions.
Et comme c’est dans l’arène que tout se joue, nos héros sont effectivement des pions reproduisant les forces en présence, qui influent aussi sur l’équilibre politique par leurs victoires et leurs faits d’armes – ce qui est déjà intéressant en soi, sans parler des combats très bien écrits.

Les deux Shaos doivent la jouer fine, mais ils ont plus d’un tour dans leur sac ; et bientôt la fuite leur ouvre les bras, en compagnie du vieux Snadien fou dont ils ont partagé la geôle et d’une Quivhvienne sacrifiée sans état d’âme sur l’autel du pouvoir ; en semant une bombe à retardement qui leur donnera bien quelques autres sueurs froides, mais leurs chances de survie, même infimes, sont bel et bien là.

La cavale est pleine de rebondissements, et tous les talents sont mis à contribution pour s’en sortir. Qu’ils le veuillent ou non, ils apprennent à se connaître et se rapprocher plus ou moins…
Enfin, tout est relatif en ce qui concerne Apeô, le vieux Snadien étrange, mais à sa manière il apporte aussi une aide non négligeable.

Et c’est alors qu’ils peuvent enfin reprendre souffle, après avoir échappé à tant de choses, que la source de tout ce mystère revient percer sous la surface, et faire tout basculer… En emportant Tiric Sherna dans l’oeil du cyclone.

Toute cette aventure rencontre ici son point final, dans la douleur et un certain sentiment d’amer gâchis – ce qui correspond parfaitement à Tiric -, pour le jeter irrémédiablement dans une souvelle spirale de fuite en avant incontrôlable – ce qui nous amène directement au deuxième volet du dyptique, qui semble s’articuler sur une parfaite symétrie, j’aime ça arf

Au final donc, c’est de la fantasy originale et bien équilibrée, et une épopée très prenante, avec des personnages complexes et attachants (j’aime tout particulièrement Kahrzoa, ça va se voir dans ma sélection de citations ci-dessous), des sujets qui peuvent amener à des réflexions intéressantes (à la volée: choc des civilisations, esclavage, colonisation, orgueil, vengeance, tolérance, vision de l’autre…), et de belles scènes fortes ; dans une construction et un style plutôt remarquables (et dont l’humour n’est pas absent, icing on ze cake!).

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* Le coin des citations *
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« Arénier. J’aurais dû me douter que derrière ce mot se cachait une double signification. On nous avait réservé la meilleure surprise pour la fin. Nos adversaires débouchèrent dans l’arène. Armés jusqu’aux dents… Oh, ils étaient bien dix ! Mais ils apportaient avec eux une compagnie supplémentaire : trois belles araignées d’un mètre soixante dix, montées par trois des aréniers. Kardelj et moi nous entreregardâmes, un peu surpris, peut-être fatalistes. Mon camarade sourcillait, l’air de se dire : « Merde, on n’est vraiment pas vernis. » Ma foi, j’étais bien d’accord. Je détestais les araignées, surtout de cette taille. Leurs pattes fines étaient recouvertes de tubes métalliques, comme une armure, dont les jointures correspondaient à leur morphologie et leur permettaient une mobilité totale. »

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« – Kahrzoa sera votre guide, annonça le pidoorgar en nous désignant une Qihvienne un brin maigrelette mais aux yeux superbes. Vous devrez la blesser avant de rentrer dans le palais.
La Kahrzoa en question eut un sourire pincé. Elle n’avais pas l’air dans son assiette, pas contente du tout de participer à cette nuit meurtrière. Je la soupçonnais bibliothécaire. Pauvre Qivhvienne servile, je l’aurais presque prise en affection, avec son air contrit. »

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« Elle nous avait dit qu’à Ferza, elle travaillait aux archives impériales ; un recoin du palais dont tout le monde se contrefichait. Archiviste était sans doute le métier le plus dégradant et le plus honteux pour un Qivhvien digne de ce nom, surtout pour une femme de l’empire supposée intelligente et ambitieuse, en âge pour la quête de reproduction. Mais pas pour Karzhoa : son travail l’avait passionnée. L’histoire de son peuple et son évolution la fascinaient. Elle s’était donnée corps et âme. Et pour quelle récompense ? La fuite, en compagnie de deux esclaves shaos et d’un Snadien !
Néanmoins, nous pouvions bénir sa connaissance parfaite de l’empire. Avec elle, ce n’était pas du tout la même histoire que sans elle. »

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« J’étais d’avis, après ça, que nous la fermions définitivement, et j’eus un regard acide vers mon ami. Il me fit un geste désabusé de la main et reprit une position convenable sur son harull, me tournant le dos. Apeô, lui, n’ouvrait toujours pas sa bouche mangée par sa longue barbe grise. En l’occurrence, c’était lui, pour une fois, le plus avisé de nous trois. Mais ses yeux nébulaient, et je me demandais si, à ce moment, il comprenait vraiment ce qui l’entourait.
Quant à Kahrzoa, j’avais un mal de fjark à la reconnaître. Elle n’avait plus rien de l’archiviste impériale fébrile et peu assurée que les gardes de Lazpoa nous avaient présentée, ou la fille en pleurs consolée par Kardelj le jour de notre fuite. »

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Et pour le coup je suis vraiment foireuse de tant de retard, mais il reste encore une toute petite poignée de jours pour aller suivre et participer au Mois de Thomas Geha sur Book en Stock !
Et je remercie aussi les éditions Folio SF pour leur partenariat.

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Les pantins cosmiques (Philip K. Dick)

Philip K. Dick est un de ces grands auteurs de SF qui manque à ma culture littéraire, et que j’avais bien envie d’explorer à l’occasion, après ma lecture de Blade Runner.

Et voilà que l’occasion s’est présentée, avec ce court roman récemment réédité en poche chez J’ai Lu :

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Ted Barton n’a plus remis les pieds à Millgate, la petite bourgade des Appalaches où il a grandi, depuis qu’il l’a quittée bien des années plus tôt. Rien d’étonnant, donc à ce qu’il n’y reconnaisse plus rien. Pourtant, certains détails ont de quoi le dérouter : les commerces qu’il a connus semblent n’avoir jamais existé ; personne, même parmi les plus vieux de Millgate, ne se souvient de lui ou de sa famille ; plus troublant encore, un certain Ted Barton, né le même jour que lui, y est décédé à l’âge de neuf ans.

Ben c’est plutôt sympa.

Le début pourrait paraître un peu long, mais c’est pile le bon dosage entre le pied dans la réalité on ne peut pas rationnelle de la vie normale de Ted Barton, et le surnaturel incroyable qui le cueille au bout de la route de son retour aux sources. Le clash avec sa femme fait aussi partie du détachement nécessaire à son acceptation du paranormal et sa décision de chercher à le comprendre et le combattre…

Et bien vite on est happés par les personnages et les mystères de cette Millgate parallèle qui a pris lieu et place de la Millgate d’antan dont Ted semble être le seul à se souvenir parfaitement.

Et puis il y a ce gamin de la pension, Peter, qui prétend tout savoir de lui, et manifestement en sait long également sur la situation.
Et ces Errants, fantômes qui traversent le paysage sans que la population locale trouve ça anormal.
Et cette autre gamine, Mary, qu’on découvre en pleine discussion avec les abeilles, espionnant la vallée en alternance avec les papillons de nuit – tandis que Peter prépare patiemment sa propre ménagerie redoutable.

Pour encore ajouter à toutes ces bizarreries qui déroutent Ted, Peter l’invite à distinguer les deux géants qui occupent la vallée…

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« Il s’était attendu à ce qu’ ‘Il’ fasse partie du paysage. Pas du tout. ‘Il’ était le paysage. Tout un pan de l’horizon, le versant de la vallée, les montagnes, le ciel, tout. Aux confins de l’univers, il dressait la tour vertigineuse, le donjon colossal d’une forme cosmique dont les contours se précisaient, monumentaux, dans le verre de sa loupe.
Il s’agissait d’un homme, en effet. Les pieds plantés dans la vallée. La vallée, au loin, se confondait avec ses pieds. Ses jambes étaient les montagnes – ou les montagnes ses jambes ; Barton s’y perdait. Deux colonnes gigantesques bien campées, fermes et massives, et largement écartées. Là où il avait cru voir une masse flottante de brouillard bleuté se dessinait son corps. A l’endroit où les montagnes rejoignaient le ciel, le torse de l’homme, immense, se découpait.
(…)
La silhouette géante était courbée, penchée sur la moitié de vallée qui constituait son fief, comme pour étudier attentitvement son domaine. Il ne bougeait pas. Il demeurait absolument immobile.
Immobile, mais vivant. Pas une figure de pierre, une statue figée. Le mouvement, le changement n’existaient pas pour lui. Il était en dehors du temps, éternel. Ce qui frappait le plus, curieusement, c’était sa tête. On ne la voyait pas, mais elle se devinait au centre d’une auréole lumineuse, un nimbe radieux dont la magnificence diffuse vibrait au rythme même de la vie.
Le soleil était sa tête. »

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C’est le principal moteur de tout le livre, et je dois dire que l’idée est intéressante.
On verra plus tard que ça ramène à l’éternel principe de dualité: le bien contre le mal, la lumière contre l’obscurité, etc, à travers deux divinités parmi les plus anciennes de l’humanité, Ormadz le bâtisseur et Ahriman le destructeur (voir l’épopée de Gilgamesh).
Le rapport des deux enfants à cette dualité cosmique et mystique est aussi remarquable.

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« Je ne suis pas sûr de tout comprendre. A l’origine il y a un duel. Une espèce de combat, avec des règles. Une main attachée dans le dos. Et quelque chose est entré. A pénétré de force dans la vallée. Il y a dix-huit ans, il a trouvé un point faible, une fissure par laquelle il pouvait entrer. Il essayait depuis toujours. Le conflit qui les oppose tous deux est éternel. Il a construit tout ceci – notre monde. Mais le nouveau venu a profité des règles pour imposer sa loi et tout a basculé.
(…)
La lutte qu’ils se livrent ici n’est qu’une partie infime, une fraction infinitésimale du conflit qui les oppose. Partout. Dans tout l’univers. C’est pourquoi l’univers existe. Pour offrir un cadre à leur rivalité…
– Un champ de bataille, murmura Barton »
*

Dans tout ça, Ted Barton se trouve quand même un brave gars qui a quelques souvenirs de la Millgate d’antan, lui aussi : William Christopher, devenu clochard dans cette ville Changée qu’il ne reconnaissait plus.
J’aime beaucoup l’amitié qui naît entre ces deux naufragés. smi

A coup de souvenirs partagés et d’évocation du temps d’avant, ils vont petit à petit inverser la tendance, et se rapprocher des Errants…

Et dans leur tentative d’élaborer un plan d’action, la mémoire va encore jouer son rôle, couplée à une cartographie de la Millgate d’avant telle que seul Ted s’en souvient complètement, et appliquant une autre idée très intéressante : celle du levier, que Pratchett utilise souvent et bien d’autres, en magie ou en physique, depuis au moins Archimède.

*
« Ces cartes, expliqua Hilda, doivent être considérées comme une allégorie symbolique du territoire qu’elles représentent. Pour cette tentative, nous allons utiliser le principe d’analogie, ou Science de la Balance : le symbole est rigoureusement identique à l’objet. (…)
La Science de la Balance. Terme ancestral sous lequel on désignait autrefois les rites éternels de la magie. L’art d’exercer une influence sur la réalité à travers son équivalence, symbolique ou verbale. Rigoureusement conformes, les cartes (…) tissaient avec la vieille ville un lien étroit. Les forces qui affectaient l’une se répercutaient sur l’autre. Telle une effigie de cire dans les pratiques rituelles d’envoûtement, l’image de la ville projetait son influence sur la réalité. »
*

Ils vont ainsi renverser la vapeur et précipiter une bataille mettant en oeuvre des forces qui les dépassent, ce qui donne une savoureuse image d’apocalypse grouillante de rats, d’insectes, de serpents, d’humains de deux temps parallèles, de dieux cosmiques et de petits golems à moitié fondus.

Et je vais même vous dire que ça finit bien, avec juste ce qu’il faut de petits pincements au coeur pour que ça ne fasse pas trop « happy end » dégoulinante.

Au final c’est une petite lecture bien sympa – le style est plutôt simple, et l’intrigue ne va pas forcément très loin, mais rien que l’idée vaut le détour, je trouve ! Et puis ça se lit très vite

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Je remercie J’ai Lu de m’avoir offert cette lecture en partenariat, qui rentre aussi tout à fait dans mes challenges, avec un combo de malade:
– le Winter Mythic Fiction du RSF Blog puisqu’il y a des divinités et du duel cosmique
– le « Oh my! cette couverture » pour l’édition de 1984 chez Presses de la Cité (merci Noosphere)
– la Lecture Lama des Rapporteurs dans la catégorie « Navet céleste » pour cette couverture aussi !

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Je ne suis pas une légende (Catherine Dufour) [JLNN]

Dans certaines conditions où j’ai envie d’un bruit de fond, j’aime bien me souvenir que je peux aussi l’occuper avec autre chose que de la musique, par exemple des livres audio, ou des podcasts… voire même des podcasts de livres audio !

Donc dernièrement, je suis retournée sur l’excellent utopod, et ai choisi de m’écouter un texte de Catherine Dufour, Je ne suis pas une légende (en référence à Matheson bien sûr) tiré de son recueil L’accroissement mathématique du plaisir, que j’ai ensuite relu dans sa version ebook que Le Bélial avait offert.

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J’y ai retrouvé toute la patte et la saveur que j’adore chez cette auteur, notamment le subtil combo entre un style léché et un parlé vulgaire, entre des étincelles d’une certaine poésie et un réalisme d’un prosaïque confondant – une langue à la fois contemplative et vivante.

C’est une belle réécriture moderne du mythe du vampire, renvoyant aux histoires de zombies – bien que ça vienne très certainement de Richard Matheson (que je n’ai pas (encore) lu), mais je devine que l’intérêt et le propos de Catherine Dufour par rapport à ça est d’opérer un détournement anti-héroïque comme elle sait si bien en faire.

Difficile d’en dire plus (surtout sans spoiler ni tout raconter)… En tous cas c’est un bon texte, et très bien rendu en audio sur utopod ! 

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* Le coin des citations *
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« Il m’arrive quelque chose dont j’ai toujours rêvé… c’est à dire qu’il m’arrive quelque chose. Et non seulement je suis parfaitement terrifié, mais en plus… en plus, je suis simplement terrifié.
Malo fuma sa cigarette d’un air farouche, s’attendant à ce que lève en ses tripes, comme une farine d’ennui qu’insémine un levain d’horreur, il ne savait trop quel sentiment d’exaltation horrifiée, quelque sensation d’immonde liberté, quelque excitation obscure d’être le héros involontaire de la Fin du Monde. Et non.
Rien.
Il avait beau se répéter Je suis une légende ! en boucle : à part mal à la tête et une trouille sans bornes, il ne ressentait rien.
‘Merde, je pourrais être un brin époustouflé, quand même !’ glapit-il en plissant les yeux tandis que le soleil se hissait au-dessus de la tour Cavoc, étrange quart de brie aigu tout en glaces bleues. »

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« Il continua à errer dans les rues, un mégaphone à la ceinture, et de temps en temps il criait dedans ‘Y a quelqu’un?’ et l’écho de sa propre voix, résonnant entre les immeubles, roulant le long des boulevards en écume plaintive, le terrorisait.
Le front commença à lui peser comme s’il avait eu de gros sourcils en laine de fonte et ce poids lui écrabouillait le coeur, ce qui jetait le trouble dans ses représentations mentales. Il mit des étiquettes sur le fleuve d’eau savonneuse qui ballotait ses pensées (Psychose, Traumatisme) et quand il en vint à la conclusion qu’il tournait au serial killer, il rigola pour la premère fois depuis des mois. »

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Et voilà mon premier dimanche du court, en continuation du JLNN !

[BD] Locke & Key, 5: Rouages (Joe Hill & Gabriel Rodriguez)

Comme vous avez sans doute pu le remarquer, j’aime bien participer aux opérations Masse critique de Babelio. C’est toujours cool de pouvoir découvrir des bouquins récents comme ça.

Alors j’essaye toujours de bien choisir et cibler mes demandes, mais parfois il y a tellement de  tentations et de trucs à l’air alléchant… comme là, où j’ai longuement hésité sur Locke & Key en voyant que c’était le tome 5 – ce qui embêtant quand on n’a jamais lu les précédents.
Mais l’esthétisme des couvertures m’attirait, j’étais curieuse de jeter un oeil à ce que fait le fils de Stephen King, et puis j’en avais tellement entendu de bien par Acr0 et d’autres…
Je me suis dit que, sûrement, ça pouvait se lire indépendemment, hin, voyons?
Eh ben non. Mais alors absolument pas.

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A Lovecraft, les enfants Locke n’ont jamais été aussi près des ténèbres. Tyler et Kinsey n’imaginent pas un seul instant que Lucas « Dodge » Caravaggio est revenu d’entre les morts pour s’emparer du corps de leur petit frère. Grâce à la clé Oméga, Dodge sera bientôt en mesure d’ouvrir la Porte Noire et de libérer les démons aux pouvoirs hypnotiques qui se tapissent derrière.
Depuis des siècles, le destin semble s’acharner sur la famille Locke. Mais Tyler et Kinsey détiennent eux aussi une arme redoutable: la clé du Temps.
Sauront-ils contrer leur Nemesis et renverser le cours de l’Histoire ?

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Alors déjà, sorti de la couverture, je n’ai que moyennement accroché au graphisme, voire pas du tout. J’ai du mal à poser des mots dessus, je crois que je l’ai trouvé trop cru, les traits des personnages trop nets… trop « comics », en fait. Hum.

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Cela dit, les ouvertures de chapitres sont très belles, et il y a des passages où je n’ai pas eu cette impression, mais…

Indéniablement, je perd beaucoup à avoir pris ce tome en chemin alors qu’il est plutôt là pour répondre aux mystères égrenés auparavant – mais je n’ai pas éprouvé la moindre empathie pour cette bande d’ados, certes dotés d’une certaine accointance avec le surnaturel, mais surtout des étudiants plutôt banaux, avec leurs peines de coeur et leurs imbroglios qui m’ont agacée et m’ont plutôt fait penser à un mauvais soap bien amerloque.

Je crois que c’est surtout ça qui m’a gâché la lecture, accentué par le graphisme des personnages.

Et pourtant, j’ai aussi trouvé du bon dans cette lecture !
Surtout les passages dans le passé et/ou en plein surnaturel, et ces clés chacune doté d’un pouvoir particulier, avec mention spéciale pour la clé de tête qui permet d’ouvrir cette dernière pour en extraire pensées, sentiments et souvenirs comme d’une boîte…

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D’autres trucs très jolis :

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Et il y a aussi quand même quelque chose de King dans les expressions de la folie pure, sadique et maléfique…

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Au final, je ne suis pas convaincue, mais je sens bien que ne pas commencer par le début y a été pour beaucoup, ce n’était vraiment pas une idée judicieuse
(j’le f’rai pu, promis!)


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Je remercie malgré tout les éditions Milady Graphics et le site Babelio qui m’ont offert ce livre dans le cadre d’une opération Masse Critique

 milady