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[Tiphaine Patraque, 3] L'Hiverrier (Terry Pratchett)

 

Le dernier Pratchett, qu'il est beau, qu'il est bien. Enfin, le dernier sorti en France, mais quand il y a les Feegle, je préfère encore patienter et découvrir par la version traduite.

D'ailleurs, j'ai pu remarquer par une petite comparaison avec la V.O. que Patrick Couton nous as encore gâtés par rapport à l'original: le parler Feegle est bien plus pronconcé et constant que dans la V.O. (today=ojordwi, yew=win, no=pwint...) , sûrement parce qu'il a de quoi faire avec les intonations ch'ties alors que Pratchett est peut-être plus limité avec le jargon écossais.

Bref.

Pour sa troisième aventure, on retrouve donc Tiphaine qui finit son apprentissage dans les montagnes, cette fois auprès de Mademoiselle Trahison, une sorcière qui a su imposer son image de marque par quelques artefacts bien choisis et quelques rumeurs pittoresques...
C'est elle qui emmène Tiphaine voir la danse Morris noire, l'inverse de celle qui se danse en mai pour quitter l'hiver et accueillir l'été, celle qui se danse en noir plutôt qu'en blanc, celle qui se danse sans les grelots... Et là, les pieds de Tiphaine l'entraînent dans des pas qui ne sont pas censés être les siens.
L'Hiverrier la prend pour la Dame de l'Eté et est tout étonné qu'elle soit humaine, il va donc poursuivre Tiphaine de son béguin réfrigérant...
Là-dessus, Mademoiselle Trahison décède comme elle l'avait annoncé, et c'est Annagramma qui hérite de la chaumière... Sauf qu'elle est plus douée en prétention et en magye qu'en véritable sorcellerie (où tout est affaire de têtologie avant tout, ne l'oublions pas!).
Tiphaine va donc tenter de limiter les dégâts, tout en déménageant au service de Nounou Ogg et en se débattant dans son affaire avec l'hiverrier... Heureusement, les feegle veillent toujours sur elle, et vont emmener son "aeros" (héros) dans le sombre séjour, où on croise la Mort, un brin froissé par le désordre inévitable des feegle, qui ne peuvent pas s'empêcher de cacophoner une chanson à base de "ch'tit batcho sur l'yo" pendant la traversée du fleuve lugubre..

Dans tout ça, on croise lach'tite chatonne blanche Toi (comme dans "Toi! arrête ça tout de suite!") qui va bien avec sa maîtresse Ciredutemps (ben oui: un p'tit truc qui fait "miiip" et qui... terrorise Gredin!), Horace le fromage en kilt (adopté par les feegle), des bibliothécaires itinérants, la corne d'abondance à qui il faut parler grec, la déesse Anoia qui fume comme un pompier (je comprend mieux la ressemblance avec Adora Belle abordée dans Making Money), une très brève apparition de Tollivier Liard (qui se fait voler du soufre et souffler ses chaussettes par l'hiverrier), une ribambelle de poulets indécis ("Coo-ot?") (décidément c'est un élément récurrent, après Jeu de nains!), et des références celtiques à la pelle (Tir Noun Ogg - "ça veut dire la maison de Nounou Ogg", le couine-amman, excalibur...).

Bref, je me suis régalée!



Quelques ch'tites citations:


"Vous savez, j'aime pas les sorcières qui cherchent à imposer leur volonté aux autres, dit Mémé Ciredutemps.
- Parfaitement, fit Miss Tique en se retenant de rire."

*
Et ça n'alla pas plus loin. Tiphaine éclata de rire. On ne pouvait pas regarder une bande de Nac mac Feegle apeurés sans rire. C'était plus fort qu'eux. Une réflexion sévère, et ils rappelaient un panier de chiots effrayés, mais en plus odorants.

*
"Mais je n'ai invoqué personne, moi!
- Si, répliqua Anoia en rejetant d'autres étincelles. Tu as juré. Tôt ou tard, tous les jurons sont des prières."


*
"Monsieur Deschamps? lança Roland alors que la barque avançait par à-coups.
- Win?
- Pourquoi est-ce que je suis assis à côté d'un fromage bleu entouré d'un bout de tartan?
- Ah, cha, c'eut Horace, répondit Rob Deschamps. C'eut le coumarade de Guiton Simpleut. Il vos ambaete pwint, dites?
- Non. Mais il essaye de chanter, on dirait une poule!
- Win, tous les froumajes bleus cocottent un peu.
- "Cooooot cot codeeett", chantonnait Horace."




Et pis la note finale de Pratchett m'a donné envie de me documenter:
"La danse Morris se danse traditionnellement le 1er mai pour inviter l'été à venir. Son histoire est un peu confuse, peut-être parce qu'on la danse à proximité de pubs, mais c'est aujurd'hui la danse traditionnelle anglaise. Les danseurs sont d'habitude habillés de blanc et portent des grelots cousus à leurs vêtements.
[...] Un jour, alors que j'effectuais une tournée de dédicaces, des danseurs Morris sont arrivés, tout en noir, rien que pour moi. Ils ont dansé la Morris noire en silence, parfaitement en rythme, sans la musique ni les grelots de la danse d'été. C'était parfaitement exécuté. Mais également un peu terrifiant."


J'ai voulu voir à quoi ressemblaient ces fameuses danses Morris, dont il avait déjà été question dans au moins Nobliaux et Sorcières et Le Faucheur, si je me souviens bien.
Et je suis tombée amoureuse de la troupe de danse Morris des
 
Wolf's Head and Vixen. Leur costume noir, leur "influence gothique", leur morceau "Mrs Widgery Lodger" en provenance directe du Disque-monde, et même les autres airs de cornemuse qu'on peut écouter sur leur myspace et les autres vidéos de leurs représentations ici et là m'ont complètement emballée.
Au point que j'aimerais bien qu'ils fassent un album...


A voir aussi:
la critique très complète de Rincevent et les discussions sur le forum du Vade-Mecum
!
 

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