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   S'en fut trouver son capitaine : donne-moi mon congé,
Pour aller voir ma mie à Grenoble, qui s'meurt de regrets

(Pierre de Grenoble, Malicorne)

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Les pantins cosmiques (Philip K. Dick)

Philip K. Dick est un de ces grands auteurs de SF qui manque à ma culture littéraire, et que j'avais bien envie d'explorer à l'occasion, après ma lecture de Blade Runner.

Et voilà que l'occasion s'est présentée, avec ce court roman récemment réédité en poche chez J'ai Lu :

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Ted Barton n'a plus remis les pieds à Millgate, la petite bourgade des Appalaches où il a grandi, depuis qu'il l'a quittée bien des années plus tôt. Rien d'étonnant, donc à ce qu'il n'y reconnaisse plus rien. Pourtant, certains détails ont de quoi le dérouter : les commerces qu'il a connus semblent n'avoir jamais existé ; personne, même parmi les plus vieux de Millgate, ne se souvient de lui ou de sa famille ; plus troublant encore, un certain Ted Barton, né le même jour que lui, y est décédé à l'âge de neuf ans.


Ben c'est plutôt sympa.

Le début pourrait paraître un peu long, mais c'est pile le bon dosage entre le pied dans la réalité on ne peut pas rationnelle de la vie normale de Ted Barton, et le surnaturel incroyable qui le cueille au bout de la route de son retour aux sources. Le clash avec sa femme fait aussi partie du détachement nécessaire à son acceptation du paranormal et sa décision de chercher à le comprendre et le combattre...

Et bien vite on est happés par les personnages et les mystères de cette Millgate parallèle qui a pris lieu et place de la Millgate d'antan dont Ted semble être le seul à se souvenir parfaitement.

Et puis il y a ce gamin de la pension, Peter, qui prétend tout savoir de lui, et manifestement en sait long également sur la situation.
Et ces Errants, fantômes qui traversent le paysage sans que la population locale trouve ça anormal.
Et cette autre gamine, Mary, qu'on découvre en pleine discussion avec les abeilles, espionnant la vallée en alternance avec les papillons de nuit - tandis que Peter prépare patiemment sa propre ménagerie redoutable.

Pour encore ajouter à toutes ces bizarreries qui déroutent Ted, Peter l'invite à distinguer les deux géants qui occupent la vallée...

*
"Il s'était attendu à ce qu' 'Il' fasse partie du paysage. Pas du tout. 'Il' était le paysage. Tout un pan de l'horizon, le versant de la vallée, les montagnes, le ciel, tout. Aux confins de l'univers, il dressait la tour vertigineuse, le donjon colossal d'une forme cosmique dont les contours se précisaient, monumentaux, dans le verre de sa loupe.
Il s'agissait d'un homme, en effet. Les pieds plantés dans la vallée. La vallée, au loin, se confondait avec ses pieds. Ses jambes étaient les montagnes - ou les montagnes ses jambes ; Barton s'y perdait. Deux colonnes gigantesques bien campées, fermes et massives, et largement écartées. Là où il avait cru voir une masse flottante de brouillard bleuté se dessinait son corps. A l'endroit où les montagnes rejoignaient le ciel, le torse de l'homme, immense, se découpait.
(...)
La silhouette géante était courbée, penchée sur la moitié de vallée qui constituait son fief, comme pour étudier attentitvement son domaine. Il ne bougeait pas. Il demeurait absolument immobile.
Immobile, mais vivant. Pas une figure de pierre, une statue figée. Le mouvement, le changement n'existaient pas pour lui. Il était en dehors du temps, éternel. Ce qui frappait le plus, curieusement, c'était sa tête. On ne la voyait pas, mais elle se devinait au centre d'une auréole lumineuse, un nimbe radieux dont la magnificence diffuse vibrait au rythme même de la vie.
Le soleil était sa tête."

*

C'est le principal moteur de tout le livre, et je dois dire que l'idée est intéressante.
On verra plus tard que ça ramène à l'éternel principe de dualité: le bien contre le mal, la lumière contre l'obscurité, etc, à travers deux divinités parmi les plus anciennes de l'humanité, Ormadz le bâtisseur et Ahriman le destructeur (voir l'épopée de Gilgamesh).
Le rapport des deux enfants à cette dualité cosmique et mystique est aussi remarquable.

*
"Je ne suis pas sûr de tout comprendre. A l'origine il y a un duel. Une espèce de combat, avec des règles. Une main attachée dans le dos. Et quelque chose est entré. A pénétré de force dans la vallée. Il y a dix-huit ans, il a trouvé un point faible, une fissure par laquelle il pouvait entrer. Il essayait depuis toujours. Le conflit qui les oppose tous deux est éternel. Il a construit tout ceci - notre monde. Mais le nouveau venu a profité des règles pour imposer sa loi et tout a basculé.
(...)
La lutte qu'ils se livrent ici n'est qu'une partie infime, une fraction infinitésimale du conflit qui les oppose. Partout. Dans tout l'univers. C'est pourquoi l'univers existe. Pour offrir un cadre à leur rivalité...
- Un champ de bataille, murmura Barton"
*

Dans tout ça, Ted Barton se trouve quand même un brave gars qui a quelques souvenirs de la Millgate d'antan, lui aussi : William Christopher, devenu clochard dans cette ville Changée qu'il ne reconnaissait plus.
J'aime beaucoup l'amitié qui naît entre ces deux naufragés. smi

A coup de souvenirs partagés et d'évocation du temps d'avant, ils vont petit à petit inverser la tendance, et se rapprocher des Errants...

Et dans leur tentative d'élaborer un plan d'action, la mémoire va encore jouer son rôle, couplée à une cartographie de la Millgate d'avant telle que seul Ted s'en souvient complètement, et appliquant une autre idée très intéressante : celle du levier, que Pratchett utilise souvent et bien d'autres, en magie ou en physique, depuis au moins Archimède.

*
"Ces cartes, expliqua Hilda, doivent être considérées comme une allégorie symbolique du territoire qu'elles représentent. Pour cette tentative, nous allons utiliser le principe d'analogie, ou Science de la Balance : le symbole est rigoureusement identique à l'objet. (...)
La Science de la Balance. Terme ancestral sous lequel on désignait autrefois les rites éternels de la magie. L'art d'exercer une influence sur la réalité à travers son équivalence, symbolique ou verbale. Rigoureusement conformes, les cartes (...) tissaient avec la vieille ville un lien étroit. Les forces qui affectaient l'une se répercutaient sur l'autre. Telle une effigie de cire dans les pratiques rituelles d'envoûtement, l'image de la ville projetait son influence sur la réalité."
*

Ils vont ainsi renverser la vapeur et précipiter une bataille mettant en oeuvre des forces qui les dépassent, ce qui donne une savoureuse image d'apocalypse grouillante de rats, d'insectes, de serpents, d'humains de deux temps parallèles, de dieux cosmiques et de petits golems à moitié fondus.

Et je vais même vous dire que ça finit bien, avec juste ce qu'il faut de petits pincements au coeur pour que ça ne fasse pas trop "happy end" dégoulinante.

Au final c'est une petite lecture bien sympa - le style est plutôt simple, et l'intrigue ne va pas forcément très loin, mais rien que l'idée vaut le détour, je trouve ! Et puis ça se lit très vite

* * *
* *
*
Je remercie J'ai Lu de m'avoir offert cette lecture en partenariat, qui rentre aussi tout à fait dans mes challenges, avec un combo de malade:
- le Winter Mythic Fiction du RSF Blog puisqu'il y a des divinités et du duel cosmique
- le "Oh my! cette couverture" pour l'édition de 1984 chez Presses de la Cité (merci Noosphere)
- la Lecture Lama des Rapporteurs dans la catégorie "Navet céleste" pour cette couverture aussi !

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Commentaires   

 
Mirliton
#1 RE: Les pantins cosmiques (Philip K. Dick)Mirliton 31-01-2014 18:58
Philip K. Dick... J'ai eu ma période boulimique, puis j'ai arrêté, et depuis qqes temps je me dis qu'il faudrait que j'y revienne un peu...

Si tu veux te lancer davantage: la biographie d'Emmanuel Carrère, Je suis vivant et vous êtes tous morts, est vraiment chouette (mais pleine de spoilers ^^)
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Leïa Tortoise
#2 RE: Les pantins cosmiques (Philip K. Dick)Leïa Tortoise 31-01-2014 23:24
ah merci! mais je pense que je vais d'abord explorer un peu plus sa bibliographie, oui ^^
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