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Il suffit de traverser
Ne pas perdre la face

(Plus loin vers l'ouest, Merzhin)

Derniers commentaires

No et moi (Delphine de Vigan)

Ca faisait bien trop longtemps que ce livre traînait dans ma pile des emprunts, et comme je cherchais un poche pas trop gros pour occuper du temps en salle d'attente, l'occasion que j'attendais se présentait enfin. J'ai ensuite passé à peu près tout le reste de ma journée à le terminer...
C'est qu'un Delphine de Vigan, je le sais bien, ça ne se repose pas si facilement. Même si, et je le sais bien aussi, c'est toujours poignant, et sombre et beau, toujours une bonne claque qu'on se ramasse bien fort et qui ne laisse pas indemne.
Et malgré tout, j'y reviens, parce qu'il y a aussi de la lumière dans ses ténèbres, dans son style si particulier, et c'est tellement fascinant...



No et moi, c'est l'histoire de Lou, une ado surdouée qui a toujours un million de choses qui lui passent par la tête, mais qui est un peu asociale et a une vie de famille pas très rose.
C'est aussi l'histoire de Lucas, ce grand garçon désinvolte aux airs de voyou qui la soutient contre les préjugés envers "le cerveau" de la classe.
Et c'est enfin l'histoire de No, jeune fille SDF que Lou va "interviewer" pour un exposé à faire, puis tenter d'aider et d'apprivoiser...

Comme toujours, les personnages sont attachants, avec chacun leurs bons côtés et leurs côtés plus sombres. Le style haché, parlé, qui se lance d'une traite sans reprendre son souffle, me ferre toujours aussi complètement, ça rend vivant, on est "dedans"... Il y a des images d'une beauté à couper le souffle, et puis des tempêtes, des souffrances indicibles et pourtant bel et bien dites, d'une manière ou d'une autre, un dégradé de violences et de détresses sociales, et des lueurs d'espoir soufflées par la grisaille de la vie et des "choses qui sont comme ça", ou les retournements inopinés, ou au contraire qui vacillent mais tiennent, ou se ravivent, ou clignotent avant de s'éloigner...

Voilà voilà. Je dois dire aussi que je me suis pas mal identifiée à Lou par certains aspects de son caractère:

*

"La gare d'Austerlitz, j'y vais souvent, le mardi ou le vendredi, quand je finis les cours plus tôt. J'y vais pour regarder les trains qui partent, à cause de l'émotion, c'est un truc que j'aime bien, voir l'émotion des gens (...)
Bref, voilà pourquoi je me trouvais gare d'Austerlitz. J'attendais l'arrivée du TER de 16h44, en provenance de Clermont-Ferrand, c'est mon préféré parce qu'il y a toute sorte de gens, des jeunes, des vieux, des bien habillés, des gros, des maigres, des mal fagotés et tout. J'ai fini par sentir que quelqu'un me tapait sur l'épaule, ça m'a pris un peu de temps parce que j'étais très concentrée, et dans ce cas-là un mammouth pourrait se rouler sur mes baskets, je ne m'en rendrais pas compte."

*

"Elle me regarde avec l'air amusé, elle n'a pas l'air de me trouver bizarre, rien ne semble l'étonner, avec elle je peux dire mes pensées, même si elles se mélangent ou se bousculent, je peux dire le désordre qu'il y a dans ma tête, je peux dire et tout sans qu'elle me le fasse remarquer, parce qu'elle compend ce que ça veut dire, j'en suis sûre, parce qu'elle sait que et tout c'est pour toutes les choses qu'on pourrait ajouter mais qu'on passe sous silence, par paresse, par manque de temps, ou bien parce que ça ne se dit pas.
Elle pose son front entre ses bras, sur la table, alors je continue, je ne sais pas si cela m'est déjà arrivé, je veux dire de parler aussi longtemps, comme dans un monologue de théâtre, sans aucune réponse, et puis voilà qu'elle s'endort, j'ai terminé mon coca et je reste là, à la regarder dormir, c'est toujours ça de pris pour elle, la chaleur du café et la banquette bien rembourrée que j'ai veillé à lui laisser, je ne peux pas lui en vouloir, moi aussi je me suis endormie quand on est allés voir
L'école des femmes avec la classe, et pourtant c'était vraiment bien, mais j'avais trop de trucs dans ma tête et parfois c'est comme les ordinateurs, le système se met en veille pour préserver la mémoire."

*

"Parfois le hasard obéit à la nécessité. C'est l'une de mes théories (dite théorie de l'absolument indispensable). Il suffit de fermer les yeux, visualiser la situation souhaitée, se concentrer sur l'image, ne rien laisser interférer, ne pas se laisser distraire. Alors quelque chose se produit, pile comme on l'a voulu. (Bien sûr ça ne marche pas à tous les coups. Comme tout théorie digne de ce nom, la théorie de l'absolument indispensable souffre des exceptions.)"

*

"C'est vrai que ça fait un drôle d'effet, un oeuf carré, comme toutes les choses qu'on n'a pas l'habitude de voir, j'en imagine d'autres, des fourchettes télescopiques, des fruits translucides, une poitrine amovible, mais No est en face de moi, l'air renfrogné, ce n'est pas le moment de s'éparpiller, il faut que je revienne à l'essentiel, si seulement j'étais équipée d'un bouton retour immédiat à la réalité, ça m'arrangerait un peu."

*

"Je voudrais seulement être comme les autres, j'envie leur aisance, leurs rires, leurs histoires, je suis sûre qu'ils possèdent quelque chose que je n'ai pas, j'ai longtemps cherché dans le dictionnaire un mot qui dirait la facilité, l'insouciance, la confiance et tout, un mot que je collerais dans mon cahier, en lettres capitales, comme une incantation."

*

"Mon père m'a répondu que ce n'était pas possible. Les choses sont toujours plus compliquées qu'il y paraît. Les choses sont ce qu'elles sont, et il y en a beaucoup contre lesquelles on ne peut rien. Voilà sans doute ce qu'il faut admettre pour devenir adulte."

*

Je n'ai pas vu le film, je redoute un peu tellement le livre est fort et une adaptation peut gâcher cette puissance évocatrice.

Et me voilà une fois de plus bluffée par cette auteur!


CITRIQ
 

Commentaires   

 
Acr0
#1 Acr0 13-12-2012 10:17
Ouh, beaucoup de citations relevées :) C'est presque un gage de qualité/de plaisir chez toi. Je ne suis jamais allée vers ce roman (faute de temps). Je sais que cette auteure fait parler d'elle, mais va savoir pourquoi je " n'y suis pas allée". Flemme ?
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Leïa Tortoise
#2 Leïa Tortoise 15-12-2012 14:08
Oui, je crois qu'on peut dire ça, surtout quand je n'arrive pas à intégrer les citations à ma chronique tellement il y en a ^^

Et disons que c'est bien quand tu veux lire un peu autre chose, mais c'est dur... Ce n'est pas forcément le genre de lectures vers lesquelles je vais naturellement non plus ^^
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