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Les Pilleurs d'Âmes (Laurent Whale)

Un autre que j'ai extirpé de ma PAL à l'occasion des dernières Imaginales, c'est ce livre de pirates édité chez Ad Astra, double raison de m'intéresser



1666...
« Les grosses balles de plomb claquent sur le bois de la chaloupe. Je prends conscience que j'ai de l'eau jusqu'aux chevilles. Peu importe : c'est un voyage à sens unique. Plonger, tirer, plonger, tirer... Un choc sourd. Nous avons touché.
— Lancez les grappins ! À l'abordage ! »
Suivez les pas de Yoran Le Goff dans ce trépidant roman d'aventures où espionnage intergalactique se mêle à la flibuste du XVIIè siècle, et à ses marins gouailleurs !


Alors je dois dire qu'au début j'ai eu un peu de mal à rentrer dedans... Je trouvais le style un peu forcé, parfois trop didactique, l'emploi du présent un peu pesant... Le fait que le personnage principal vienne de l'espace et s'introduise sur Terre au milieu des pirates des Caraïbes y est pour beaucoup: au début c'est passionnant de voir comment il s'acclimate très vite grâce à ses technologies avancées de psycho-induction, biospies, etc, mais au bout d'un moment les rappels constants de ces conditions sont un poil lourds

*
"Le soleil s'est levé sur notre droite, tribord en lagage de marin, ce qui signifie que nous remontons plein nord. Tous ont compris maintenant que notre destination n'est plus Panama. Le coeur [sic] des récalcitrants s'est tu. Etouffé dans l'odeur renaissante de l'aventure."
*

Voilà pour les points faibles. Une fois ceci liquidé (le style notamment, qui devient plus aisé - ou alors c'est qu'on s'y fait assez vite, et il y a des passages fort beaux), c'est du très bon!

Nous suivons donc Karban, arrivé de l'espace à bord de son Kraal, qui a pour mission de retrouver et neutraliser un "recruteur" dont l'intention est de kidnapper une personnalité de cette époque pour la transplanter sur une autre planète.

Karban, sous le nom de Yoran Le Goff, se glisse donc dans la population locale et parvient à attirer l'attention du grand Alexandre, grâce auquel il intègre l'équipage de Nau l'Olonnais.

L'ambiance de pirates est vraiment bien plantée - d'autant plus que beaucoup de noms sont empruntés à de réels personnages historiques, un solide travail de documentation dont on profite un peu dans le lexique à la fin - pour mon plus grand bonheur, avec ce parfum d'aventure, les ruses stratégiques, les manoeuvres nautiques osées...

Et pour sortir de l'ordinaire, le point de vue de Karban qui ajoute une intrigue parallèle et une vision extérieure d'infiltré de l'espace.

*
"Expérience intéressante que cette navigation archaïque, lente certes, mais pas désagréable. J'ai déjà utilisé nombre de moyens de transports primitifs. Parfois même farfelus, tels les chiens volants de Sandreflol, ou les Snarks fouisseurs sur Talmirande, et j'y trouve souvent beaucoup de plaisir. Celui-ci ne déroge pas à la règle. Le charme est créé par le contact avec les éléments.
Dans nos vaisseaux automatisés, nous ne sommes, en fait, que les parasites de la machine qui nous dépasse en tout."

*
"En mon for intérieur je remercie le Kraal qui m'a permis de faire démonstration de ma science de la mer..."
*
"Les pas de Vauclin ne se sont pas encore évanouis sur le pont que je m'étouffe en sourdine:
- Mais on va aller en plein dedans! Et par vent debout, de surcroît!
Ses mâchoires se crispent et il fixe ses énormes poings sur la table des cartes:
- On ne saurait dire non au diable, grommelle-t-il pour lui-même, tandis que son regard glisse par la lucarne vers la Providence qui danse mollement non loin de nous. Je revois soudain les lueurs sauvages dans les yeux de l'Olonnais et je comprends."

*

Le style donne lieu à pas mal de réflexions philosophiques, aussi, et encore une fois, avec le point de vue de Karban c'est toujours intéressant. D'autant plus que sa mission ne se passe vraiment pas comme prévu, et qu'il s'intègre un peu trop à son goût à la vie de pirate et ses vissiscitudes...

*
"Tourbillon. Sauvagerie.
Je ne suis plus qu'instinct. Armé de haine, bardé d'indifférence, en animal sauvage, je griffe mon chemin de mort.
Un chien de mer. Un enragé."

*
"Je mâche et remâche le goût de la vengeance. Derrière l'amertume, une certaine chaleur s'installe qui m'effraie un peu."

*
"Être un homme "ordinaire" doit, somme toute, être aussi ennuyeux ici que partout dans l'univers. Aussi loin que je me souvienne, la vie m'est apparue comme un vaste terrain d'expérimentations. (...)
Quoi que je décide à terme, il me faudra fausser compagnie à la confrérie des joyeux égorgeurs. Malheureusement, cela semble impossible tant que nous serons sur ce caillou. Peut-être qu'une fois à La Havane... Je n'ai aucun goût pour cette existence de viols et de ventres ouverts. Il faut absolument que je rejoigne la civilisation. L'Espagne, ou l'Angleterre. Peut-être la France. Là-bas j'essaierai de me reconstruire une vie honorable.
Honorable? Qu'est-ce, au juste? L'ennui est-il "honorable"? La mort, peut-être."

*

Tandis que ses propres bases tanguent dangereusement, il s'implique personnellement par la force des choses et va y laisser beaucoup de lui-même.

Enfin, les vaisseaux spatiaux prennent le pas sur les maritimes pour pimenter le final de l'intrigue, avec une jubilation certaine et un bel usage d'uchronie

Et avec ça, l'action ne retombe que pour mieux laisser place à l'émotion, notamment avec le Kraal qui m'a tiré la larmichette... Il a beau n'être qu'une machine, qu'est-ce qu'il est attachant!

"Puis, le dernier voyage vient. Alexandre retourne seul chez Altor, en scaphandre. Je reste encore un instant, assis dans mon ancien siège de pilotage.
- Tu devrais partir maintenant, Karban.
Un pâle sourire m'éclaire au son de cette voix si familière. Une foule de souvenirs se téléscopent derrière le brouillard de mes yeux. Je sais qu'il a raison ; à tout instant l'explosion peut nous transformer en lumière avec lui.
- Tu vas me manquer, fais-je en caressant du bout des doigts la console, comme je le ferais d'un visage.
- Je ne suis qu'une machine Karban, et, en tant que telle, je ne peux envisager de causer directement ta mort. Alors va-t-en, je t'en prie.
Interdit, je lève les yeux vers le système acoustique. C'est la première fois que l'ordinav me "prie", d'ordinaire, il suggère.
(...)
En longeant la coursive, je passe devant mes quartiers. Nombre d'images m'assaillent, comme si le Kraal me transférait directement toutes les données de ma vie. Au moment de commander l'ouverture de la porte extérieure du sas, je me retourne une dernière fois. L'ordi a éteint et tout est plongé dans le noir. C'est sans doute mieux ainsi ; à croire que cette machine était bien plus humaine que certains bipèdes que je connais."

Et encore, j'en parle pas aussi bien que je voudrais - je bloque sur cette chronique depuis des mois - mais c'est que c'est pas loin d'être un coup de coeur


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* *

Ad Astra est donc bien un petit éditeur à suivre de près...

 

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