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Utopiales 2011 (anthologie)

La fin du challenge Winter Time Travel 2 approche à très grands pas et je n'y ai toujours pas honoré mon inscription d'une chronique, il est donc plus que temps que je poursuive mon rattrapage en repêchant une valeur sûre: l'anthologie des dernières Utopiales.

Sept histoires sur le thème "Histoire(s)", très vaste et librement interprêtable, donc, bien que le festival ait eu un fort parfum de steampunk et que l'uchronie ait la part belle dans cette antho (d'où la valeur sûre pour le challenge)



Je me revois très bien le bouquiner dans le train du retour, ça me fait vraiment un bon souvenir "de vacances" intimement lié à cette édition du festival ^^
Par contre je n'avais pas pris beaucoup de notes et j'aurais mieux fait de le chroniquer beaucoup plus tôt: mes souvenirs de lecture ne sont plus bien frais...
Je vais m'efforcer de réveiller tout ça, et de toute façon ça sera toujours mieux que rien du tout, ma foi ^^

~* Le Radeau du Titanic (James Morrow) *~



On commence donc avec un auteur que je ne connaissais pas du tout, mais qui m'a fait une sympathique dédicace (je surkiffe le mot "bizarre" en version anglaise) et dont le texte m'a bien séduite.


L'uchronie se situe sur le naufrage du Titanic, dont la plupart des occupants se sauvent eux-mêmes, puis s'organisent en une petite société utopique sur un radeau de plus en plus vaste et bien équipé, où ils mènent une nouvelle vie loin des turpitudes du monde qu'ils ont laissé derrière eux et pour qui ils sont portés disparus.

J'ai vraiment adoré: le Titanic c'est la Belle Epoque et la catastrophe si emblématique ; la divergence de l'auto-sauvetage des survivants et leur organisation pour faire durer le provisoire construit en urgence avec les moyens du bord m'a ramené à ma fascination pour les histoires de Robinsons ; et c'est une idée d'uchronie qui m'a paru originale et géniale, menée à bien sans pour autant être trop prévisible puisque pour autant on ne sait jamais trop comment ça va tourner, à la longue...

Un seul bémol, mais de taille: le texte donne l'impression d'avoir été bouclé en catastrophe lui aussi, et de n'avoir pas du tout été relu: j'ai buté sur un bon nombre de coquilles, ce qui a le don de me chiffonner méchament et de m'empêcher d'apprécier pleinement un texte qui méritait mieux. J'avoue que ça m'a étonné de la part d'ActuSF - même si je conçois très bien les contraintes et imprévus de la gestion d'une anthologie, c'est une assez mauvaise surprise de rester sur une sensation de bâclé chez des éditions pour qui j'ai une sympathie particulière


"A présent, c'est à moi que revient la tâche de tenir la chronique des tribulations de notre navire. Alors me voilà, assis, le stylo dans une main et la torche électrique dans l'autre. En m'astreignant à cette espèce de journal de bord, j'en viendrais peut-être à m'en sentir le capitaine ; mais à cet instant, j'ai l'impression de n'être que ce bon vieux Henry Tingle Wilde, pauvre péquenot qui n'a jamais quitté Liverpool.
La mer est calme ce soir."

*


~* Le Train de la réalité [fragment] (Roland Wagner) *~



Cette fois un auteur qui a longtemps eu toute mon affection, fan que je suis de ses Futurs Mystères de Paris (+ "La saison de la sorcière" - un jour je les relirai et les chroniquerai  -, et d'autres trucs qui m'attendent toujours et que j'ai de fortes chances d'aimer tout autant), mais j'étais déjà plus mitigée pour "Rêves de gloire", ce pavé énorme où il a l'air de prendre une autre direction qui m'attire moins.
Cette nouvelle était donc l'occasion parfaite d'en avoir un aperçu, comme ça en passant, parce que j'étais quand même curieuse d'en tâter un bout ^^
Eh ben ça m'a pas déplu, mais ça m'a pas non plus donné vraiment envie d'aller plus loin...
Ce n'est pas vraiment le parti pris du style à la loubar, bien qu'un peu déstabilisant et pénible à la longue. Les galères d'un p'tit rockeux dont la vie n'a de sens que par sa musique, pourquoi pas, ça me branche assez. Y'a même quelques fulgurances que j'ai adoré. Surtout quand on sent derrière toute la passion et la culture musicale de l'auteur.
Mais, bah je sais pas, il me manque un truc... Peut-être cette dose de SF décalée dont je me délectais tellement dans son paysage littéraire.
Et en même temps, j'ai l'impression diffuse que ce n'est pas une orientation si nouvelle que ça, que c'est une direction qui était déjà amorcée par les trouvailles musico-SF de Tem et Ramirez, et qu'il y a peut-être bien quelque chose de la Psychosphère dans cette transe rockeuse. Je me demande si je ne suis pas passée à côté.


"On était les seuls qu'étaient pas influencés par eul' psychodélisme, p'têt' pasqu'on prenait pas d'Gloire, et qu'on fumait pas non plus d'ami marocain. Non. Nous, not' truc, c'était la bière, et l'pinard, et les p'tites pilules, celles que t'as les mâchoires toutes serrées et qui t'tiennent réveillé toute la nuit. Rien qu'des trucs qui t'filent la banane, pasque not' musique c'était avant tout l'énergie, eul' rythme, tout ça...
Et les gens y dansaient, et ça c'était l'pied."

*

~* L'Invention du hasard (Norbert Merjagnan) *~



Un auteur que je ne connaissais que vaguement de nom, et un texte qui change complètement de registre pour justement déballer de la grande SF.
On est dans un monde où les implants régulent tout, donc la vie est prolongée et facilitée, et les réseaux de médias considérablement développés. Deux personnages marginaux, insatisfaits et désabusés par cette société, s'associent dans une expérience inédite et ambitieuse en échangeant leurs places.
Mais c'est un jeu dangereux, dont les perdants alimentent la loterie du chaos...
J'ai trouvé très intéressant, avec des passages positivement déstabilisants, une réflexion poussée, et un retournement imprévu et très fin.

"Lavinia se sauva. Deux filles enturbannées, au seuil de la porte, voulurent l'arrêter.
- Le taouage de la soirée? chanta l'une sur un ton qui sonnait faux.
- C'est pour Orbank, entonna l'autre. Notre sponsor.
Orbank, la plus suisse des banques orbitales.
Lavinia tendit le bras:
- Alors! Ca marche pas sur l'acier? Mais à quoi ils pensent, les mecs...
Les deux cruches en plan, mimiques décomposées en gélatine de fadaises.
A grandes enjambées, Lavinia sortit du mille-feuille de béton et de verre. Il neigeait. C'était vrai. C'était rare. La toge, captant le froid, serra la maille des fibres, se collant à sa peau. Noir sur blanc, Lavinia disparut à travers la nuit entre les encadrés de son propre manga. Arrivée là, en bas de pas, elle retrouvait à chaque fois cette impression bâtarde, fièvre malsaine, et elle aurait supplié, elle aurait troqué n'importe quoi, à cet instant, pourvu que quelqu'un ait le coeur de déballer la vérité et qu'elle sache ce qui arrivait à la fin. Toute la différence avec le manga, c'était qu'on ne pouvait sauter les cases."

*

~* Lignes parallèles (Tim Powers) *~

Je venais d'accéder à une fanitude totale en terminant ma lecture des Voies d'Anubis (chro à venir) peu avant les Utos, c'est vraiment dommage qu'il n'ait finalement pas pu venir
Mais j'ai retrouvé dans ce texte la qualité de sa plume et son don pour le surnaturel et la sorcellerie. C'est aussi captivant, crédible/prosaïque et un brin flippant qu'un Stephen King!
Et non, je ne dirai rien de plus

"En fait, c'était sans le moindre doute l'écriture de BeeVee. La main de Caroleen eut un nouveau spasme, et griffonna en travers de la feuille la même succession de lettres serrées. Elle posa le crayon, incapable de penser en cet instant figé. Après plusieurs secondes, sa main eut une autre contraction, traçant sans aucun doute les mêmes lettres dans les airs. Tout le corps de Caroleen trembla d'un frisson fiévreux et elle songea qu'elle était sur le point de vomir ; elle se pencha au-dessus du tapis mais la nausée se dissipa.
Elle était certaine que sa main écrivait le message dans les airs depuis qu'elle s'était réveillée."

*

~* K**l me, I'm famous! (Eric Holstein) *~

Hmm, je crois que j'ai toujours un bouquin de lui quelque part dans ma PAL prolifique et multiforme, et c'est un nom que je croise souvent, mais je crois que je n'avais encore jamais vraiment rien lu de lui.
Ma foi ça m'a pas déplu, et avec le recul je me rend compte que c'est peut-être aussi parce qu'on y retrouve le milieu rockeur autant que le surnaturel. Un p'tit groupe de bars, une nana captivante, et tout d'un coup le groupe monte en flèche, entraîné par son leader en plein trip complètement envoûté par son étrange muse...
L'idée n'est peut-être pas très originale, mais elle rudement bien menée et le style est bon, avec juste ce qu'il faut de vulgaire et d'inquiétant.

"Il m'avait repéré mais semblait trop largué pour se décider à venir me voir, et Bella est apparue. Toute fraîche, toute pimpante. En pleine forme. Elle avait laissé tomber ses oripeaux punk pour un look très fifties revival, avec pantalon fuseau noir, pull rayé rose fluo et une écharpe enroulée autour du cou qu'elle avait remontée en fichu.
- J'ai l'impression que Nick file un mauvais coton.
Lester m'a coulé un regard entendu et lâché à froid:
- Normal, c'est à cause de cette fille. Elle vient des enfers!"

*

~* Salvador (Lucius Shepard) *~


Là encore je ne connaissais que de nom.
Par contre j'ai franchement pas accroché. Je crois que c'est surtout dû au thème: on suit un soldat en mission dans une guérilla sud-américaine, où l'armée dispose d'une drogue très avantageuse mais à double tranchant. A la condition de soldat déjà aliénante et difficile, surtout dans une campagne de guérilla larvée, s'ajoute l'amplificateur sécurisant qui exacerbe les réactions volontaires et agressives...
Avec ça un petit aperçu de la culture des autochtones que l'oppresseur a bien été obligé de finir par connaître un peu, bon gré mal gré, convaincu ou pas, mais peut-être toujours avec quelques questions dérangeantes en arrière-pensées qui ne s'occultent jamais complètement...
Objectivement c'est un bon style et un beau texte, mais perso c'est définitivement pas mon trip.

"Quelqu'un hurla, appelant le toubib, et Dantzler plongea dans l'herbe, tandis que sa main tâtonnait déjà à la recherche de ses ampoules. Il en sortit une du distributeur et la fit éclater sous son nez, aspirant frénétiquement ; puis, pour plus de sûreté, il en écrasa une deuxième - "un double coup de main aux arts martiaux", comme aurait dit D.T. - et resta le nez dans l'herbe jusqu'à ce que la drogue ait produit son effet magique. Il avait de la terre dans la bouche, et il était terrifié."

*

~* Pragmata (David Calvo) *~



Déjà, je crois que c'est la dédicace la plus sympa de ma tournée du festi pour l'antho.
Plusieurs occasions ratées, je croyais que ça ferait partie de mes manquantes, et finalement la surprise de le voir sur le parvis, et sa gentillesse de se faire encore embêter pour une dernière dédicace impromptue et à l'arrache.
D'un autre côté, j'avais été plutôt déçue par "Wonderful", le seul que j'aie lu. Mais je l'avais bien apprécié lors des conférences.
Mais alors là, ce texte m'a complètement réconciliée!
Et pourtant c'est assez space aussi, mais c'est un texte sur l'écriture, sur les vissiscitudes de l'écrivain moderne, l'ennui profond et la vacuité du quotidien, les pièges de la procrastination...

Ca peut sembler décousu, une succession de réflexions et constatations qui pourraient être des statuts Facebook. J'ai reconnu bon nombre de situations et acquiescé frénétiquement à tout un tas de trucs ("mais oui! c'est exactement ça!"). Ca m'a renvoyé à toutes mes brèves tentatives de scribouillages, et aux témoignages de tant d'autres...
Et puis il y a une envolée, qui culmine tellement au milieu de tout ce fatras bassement prosaïque que ça forme une certaine transcendance.
Une très agréable surprise, donc!

"J'ai ouvert un fichier .txt, car j'ai peur d'ouvrir des .doc, trop de temps, chaque fois j'hésite, puis je change d'avis pendant le chargement. Je ne dois pas prendre le temps de réfléchir. Je dois agir, maintenant."

*

Voilà voilà, donc au final je dirais une sympathique petite anthologie qui reflète assez bien l'esprit de ces Utopiales 2011!


Et voilà donc ma (sûrement seule) participation au Winter Time Travel 2
du RSF blog, et une nouvelle lecture de petit éditeur à suivre

 
 

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