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Bleu nuit, ou Les sept vies du Moine (Daniel Vaxelaire)

Voici un livre qui me faisait vaguement de l'oeil sur les rayonnages de la bibli, et que j'ai décidé d'approcher de plus près quand il s'est avéré correspondre au thème d'un apéro-lecture sur la littérature des îles.
Je l'ai avancé lentement, en parallèle de mes autres lectures au fil des mois, car celui-ci ne se laisse pas engloutir en deux coups de cuillère à pot (dieu que j'aime ces expressions désuètes ^^). Il prend son temps et implique son rythme au lecteur de façon naturelle...



Florence Leblanc, une jeune créole pigiste pour un journal local, décide bien que sceptique d'interroger les esprits sur une planche de oui-ja empruntée en vue d'un futur reportage sur une voyante. A sa grande surprise, on lui répond.
Commence alors un dialogue de trois mois avec un moine des plus étranges. Car frère Angelo, le mal nommé, a aussi été pirate à drapeau blanc, rassembleur de peuples, unijambiste, et séducteur ardent mais quelque peu naïf... Trépassé depuis trois siècles, il macère dans son au-delà quelques puissants regrets : s'il avait su...
Et de conter son étourdissante histoire, qu'il mêle à celles d'une cohorte de personnages hauts en couleurs : malandrin portugais, révoltée malgache, esclave, gueux de tous horizons.

Tous ces acteurs de la mémoire collective ont un rendez-vous : l'Ile qu'ils ont contribuée à bâtir.
Celle-ci, pour l'heure, se porte mal : on s'y embourbe dans la basse politique, les trafics et d'épouvantables pratiques, ce qui propulsera Florence en des aventures qui lui feront largement oublier sa morosité passée.

J'ai bien aimé le prétexte du oui-ja et des conversations avec un esprit pour faire des va-et-vient entre plusieurs histoires, et bondir du passé au présent, d'une époque à une autre.

Ca aurait pu d'ailleurs devenir trop touffu et dispersé, à force de multiplier les intrigues, les personnages, les époques et les plans physique ou spirituels, mais j'ai trouvé que ça s'enchaînait bien et qu'on s'y retrouvait à peu près toujours.
Les liens d'une génération à une autre m'ont parfois échappé, mais je ne me suis pas non plus acharnée pour les clarifier, et ça n'a pas gêné ma lecture.

Les taquineries entre Florence et le Moine, tout comme le lyrisme de ce dernier, peuvent par moments exaspérer un chouïa, mais ça ne m'a paru insurmontable non plus.

La chute m'a bien plu, je ne l'ai vue venir que vers la toute fin et elle donne une nouvelle perspective qui laisse des ouvertures tout en bouclant la boucle.

Et puis cette multitude de récits en tiroir forme une épopée captivante par son aspect "feuilleton", et on se balade avec beaucoup de plaisir dans cette île tropicale jamais nommée, qu'on devine dans les Antilles, et chargée de toute son histoire de colonisation, d'esclavage, de traditions clandestines ; mais aussi de tout l'amour que lui porte l'auteur et qui transparaît tout du long (et qui nous le transmet un peu aussi).

Au final: une petite lecture sympa, sans prétention.

*

"Derrière moi, Olivier me pressait: nous prenions un trop grand risque. Avec ce rafiot lent comme limace et si près des comptoirs, n'importe quel sloop pouvait nous fondre dessus avant que nous n'ayons le temps de rejoindre le Victoire! Je ne sais pas si vous imaginez la scène: moi essayant de causer à un Nègre ébahi, Olivier s'agitant et, en arrière-plan, nos gars commençant à déraper en douce, arborant des sourires sucrés, vers les femmes les mieux tournées...
- Je vois... Dur d'être un conducteur d'hommes, n'est-ce pas?
- A qui le dites-vous! J'y serais encore si un des Noirs, plus dégourdi que nous, n'avait brusquement éclaté de rire. C'était extrêmement vexant, sur le coup, de le voir se taper sur les cuisses en arborant des dents de cannibale, hurlant dans son langage je ne sais quels commentaires. Jamais il ne m'a avoué, même quand nous fûmes devenus amis, ce qu'il avait dit ce jour-là, mais, curieusement, toute la bande comprit et le rugissement courut d'un bord à l'autre. Ils étaient tous à sangloter de joie, sauf nous pendant un moment. Puis nous avons ri aussi - que faire d'autre? - et entre deux hoquets je me suis rendu compte que j'avais franchi une barrière: nous partagions une émotion."


 

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