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Les annales du Disque-monde, 20: Le Père Porcher (Terry Pratchett)

 


S'il y a bien une relecture qui est devenue un petit rituel pour moi, c'est Le Père Porcher à chaque Noël.

En 2010, j'en ai profité pour ressortir une idée-sous-le-coude de VadeZévènement, et c'est ainsi que tout au long du mois de décembre nous avons partagé nos impressions sur ce livre avec la première Lecture Commune du Vade-mecum ouverte à tous (inscrits ou non) !

 

Alors ce tome 20, c'est bien évidemment la transposition de notre Noël, ses traditions, son folklore, et ses dérives mercantiles, mais pas que.
 




 
La nuit du père Porcher: neige, fougères de givre, rouges-gorges, chorales et sapins décorés...
Mais le gros bonhomme de rouge vêtu, celui qu'on attend en cette nuit de fête... a disparu.
 
En lieu et place, faisant fonction, un autre bonhomme de rouge vêtu, dans son traîneau tiré par des cochons sauvages, avec sa hotte, sa fausse barbe et son oreiller pour simuler un ventre qu'il n'a pas.
Un bonhomme plus habitué à manier la faux qu'à descendre dans les cheminées distribuer des jouets par milliers. Mais quand le devoir appelle...
 
Car certains préméditent l'assassinat du père Porcher. Et s'ils arrivent à leurs fins... le soleil ne se lèvera pas.


Car ce qui est peu à peu devenu le vieux rougeaud barbu qui fait le bonheur des grands commerces n'est que l'avatar d'un héritage bien plus ancien et bien plus primitif.
Tout comme, chez nous, l'effigie de la pub de Coca Cola, le divin enfant, les rois mages etc ont pris le relais des fêtes païennes, le solstice, halfway out of the darkness, tout ça tout ça.

Toujours les bons vieux parallèles sociologiques caractéristiques de Pratchett: c'est pas le tout de rigoler, il y a aussi de la réflexion plus sérieuse.
Et tout particulièrement dans ce tome-là, je trouve.

Il est aussi particulièrement auto-référencé avec le reste de la série, ce qui peut en faire un tome plus ardu à la découverte, ou pas. Personnellement ce fut un de mes premiers, bien que pas le tout premier non plus, et je connaissais déjà La Mort et Suzanne, par exemple... Ce qui n'était pas le cas de tout le monde pendant la LC, notamment Spocky parmi les débutants du Disque, et je regrette un peu d'avoir pris le risque de les rebuter.
Malgré tout, je me souviens aussi qu'à la première lecture j'étais restée sur un sentiment mitigé et la frustration d'une nette conscience d'être passée à côté de trop de choses.
C'est typiquement le tome qui se bonifie avec les relectures: à chaque fois on découvre quelque chose qu'on n'avait pas remarqué auparavant, on redécouvre d'autres choses sous d'autres angles, et on ne se lasse pas des meilleurs passages qui sont toujours aussi jouissifs.
Même après de nombreuses relectures!



Et dans le détail de celle-ci, j'ai notamment relevé quelques belles répliques de Suzanne.

 

 "Lorsque madame Guêtre lui avait timidement demandé comment on s'adressait au cousin au second degré d'une reine, Suzanne avait répondu sans réfléchir: "la plupart du temps, on l'appelait Jacquot"

"Gauvain et Twyla, qui devaient leurs prénoms à des parents qui donnaient pourtant l'impression de les aimer"

"Le monde est plein de petits machins ronds qui ne sont pas des yeux! D'accord?"



De grands moments chez les mages, où par curiosité je me suis éclatée à rechercher la V.O. de quelques passages.

Par exemple, le coup du rho omega tau, rhum et gâteaux en VF, ça donne au départ:

"η β π
- Is this some sort of magic word?
- No. Susan sighed. They put it on all their menus. You might call it the unofficial motto of the
University.
-
What's it mean?
- 'Eta Beta Pi.'
Bilious gave her an expectant look.
- Yes...?
- Er ... like, Eat a Better Pie? said Susan."

Ou encore ++sort++ qui réclament des données et Ridculle qui comprend "dîner" et qui rétorque qu'ils ont plein de châtaignes s'il n'a pas peur des bogues.
En V.O. c'est data, confondu avec des dattes trop sticky.

Ou dans la même veine, quand le doyen s'excite à coups de "houp, houp!" et que Ridculle lui demande pourquoi il réclame une houppe, et qu'il essaye de se justifier en évoquant un ancien sens dans les opérations militaires, en V.O. c'est aussi très proche:

"Dean, why do you keep referring to sheds all the time?
- It's 'hut', Mustrum, said the Dean. It means...
- Small wooden building? Ridcully suggested.
- Welt sometimes, agreed, but other times . . . well, you just have to say 'hut'."


Il est aussi fait clairement allusion au tome "Le Faucheur" quand Ridculle évoque "la fois où une force vitale a envahi l'Université, on n'était même plus maître de son pantalon".

Plus près du Porcher, la vexation du major de promo quand il découvre que le doyen a toujours mis des taies d'oreiller en guise de chaussettes pour obtenir plus de cadeaux est un détail que j'avais oublié et qui est juste savoureux...

Tout comme les mages qui se souviennent de leurs Porchers d'antan, finalement universellement des "soirées qu'on voulait festives et qui finissaient invariablement par des engueulades d'adultes et des bagarres d'enfants".



Et évidemment les bévues obstinées des mages qui surfent malgré eux sur l'excédent de foi qui cherche à se réincarner en personnifications plus ou moins anthropomorphiques, comme le mangeur de crayons, l'avaleur de chaussettes, ou...

"Des guêpes serviettières, fit le doyen. Bravo, archichancelier.
- Ben, j'veux dire... merde, c'est humain, non? s'emporta Ridculle. Des trucs marchent mal, d'autres se perdent, c'est naturel d'inventer des p'tites bestioles qui... D'accord, d'accord, j'vais faire gaffe. J'dis juste que l'homme est par nature un être mythopoétique.
- Qu'est-ce que ça veut dire? demanda le major de promo.
- Ca veut dire qu'on invente au fur et à mesure, répondit le doyen sans lever le nez."
 

Une autre référence qui a pu être élucidée grâce à cette lecture commune, c'est tout un passage qui parodie Good King Wenceslas, chanson traditionnelle que je connais pourtant bien depuis Loreena McKennitt, mais je n'aurais jamais fait le rapprochement entre les paroles et ce seigneur du Disque-monde qui embarasse son serf en lui imposant une largesse annuelle pour mieux continuer à le brimer le reste du temps.
 
J'ai remarqué aussi qu'à l'UI, la fée Bonne Humeur a un poulet sur l'épaule censé être l'Oiseau bleu du bonheur mais qui fait tristement cot-cot.
Depuis quelques temps, dans chaque Pratchett que je lis je repère: 1) les bananes, 2) les pommes (on en a eu à la veillée chez le bibliothéaire), 3) les patates, et 4) les poulets.
Quand on y fait gaffe, on en voit partout ^^

D'ailleurs en parlant de bananes, Ridculle et Cogite s'égarent dans une digression à leur sujet qui est tout bonnement savoureuse à mes yeux de bananaddict.

"Un fruit très nourrissant, la banane."

Toujours avec Ridculle, ses chansons sous la douche avec paroles en yaourt sont aussi particulièrement cocasses ^^
(et tellement vrai, qui ne s'y reconnaît pas...)

L'idylle qui se noue entre la fée Bonne Humeur et le major de promo, brisée par par l'ordre rétabli et donc la disparition des petites créatures générées sur l'excédent de foi, m'a plus touché que fait ricaner.

Le chérubin reste à piétiner derrière la vitre, que le Bonhomme Hiver, vexé de se faire accuser de ne faire que des motifs de fougère, agrémente de variantes...

Et quand l'excédent de foi est régulé, toutes les créatures ne disparaissent pas dans leur totalité: on retrouve par exemple le mangeur de chaussettes dans "Allez les mages", et on voit la fée Glinglanglinglan seulement chassée dans les égouts: du coup je serais curieuse d'imaginer ce qui se passe pour elle par la suite, si jamais j'avais le temps de me remettre aux fanfics ^^




C'est aussi la première fois que je percute vraiment ce qui se passe avec les mendiants qui voient un festin tomber du ciel, et en parallèle les cuisines d'un grand restau qui se retrouvent en état d'alerte parce que leurs victuailles ont disparu, mais qu'en revanche leurs réserves débordent de vieilles godasses boueuses.
Mais comme les morporkiens ont un estomac solide (par obligation, lol) et de la ressource, le chef improvise une nouvelle carte avec "Brodequin rôti façon Ombres" (en français dans le texte) et autres intitulés vaseux pour désigner en réalité de véritables semelles attendries et assaisonnées avec art... Et les clients en redemandent!
De toute façon ils viennent manger là parce qu'est ici qu'il faut être vu, rien de plus...

Le Père Porcher par interim a donc fait un échange judicieux, et j'ai adoré la réactivité typiquement morporkienne du chef cuisinier ^^




Et puis, il y a le dénouement avec la bataille contre les Contrôleurs
,qui est vraiment plus impressionnante et plus compréhensible dans le téléfilm. On a un peu de mal à s'imprégner de toute l'ampleur de la scène tellement il y a de symbolique et d'abstrait, dans le livre.

"[Que ce serait-il passé si le Père Porcher n'avait pas pu être sauvé pour se sacrifier?]
Le soleil ne se serait pas levé. Une boule de gaz enflammé aurait tout bonnement illuminé le monde."

"Les hommes vivent dans le boniment. Ils ont besoin d'imaginaire pour rendre la vie plus supportable, pour lui donner de la valeur et un but."

Du pur Pratchett sérieux, à la limite du cynique et désabusé, tellement vrai, très beau.


"On a toujours le temps pour une dernière minute."

J'avais oublié ça, ça ferait une très bonne signature sur un forum ^^




"Oh bon dieu d'moi..."

Enfin, sans que ce soit aussi marqué que dans certains autres tomes (je pense là aussi à Allez les mages, mais c'est pas le seul, il me semble), on a un peu plusieurs fins, pour boucler chaque personnage, chaque développement.
Perso, je préfère quand une seule fin est plus marquée. Mais ma foi, ça se prête bien à la construction pratchettienne!
(Soit dit en passant, le petit Gauvain qui récupère l'oeil de verre de Leureduthé et s'en fait une bille de compétition est le petit détail qui fait froid dans le dos)




"Je me souviens avoir entendu dire que l'idée du Père Porcher en tenue rouge et blanc est assez récente.
- Non, on s'en est souvenu."

Ui'




Oh et j'allais oublier le plus important:c'est la première relecture que je fais dans mon tome dédicacé!
Non pas par Pratchett, mais presque, tellement Patrick Couton est notre traducteur national de génie, LA plus grande personnalité Discworld en France...

J'étais avec l'équipe du Vade-mecum aux dernières Utopiales quand on l'a rencontré et interviewé pendant 3 heures (à venir sur le Vademecum, je mettrai cet article à jour), un très bon grand moment!
Et à la fin on y est évidemment tous allés de notre petite demande de dédicace personnelle, en plus du Dedicacum (voir détails dans l'interview à venir).
Baron et moi avions choisi de faire dédicacer nos tomes du Père Porcher.

Pour moi c'était parce que c'est lié à ma première grande révélation de l'immense chance qu'on a d'avoir ce traducteur aussi génial: dans mes premiers temps sur les forums du Vade-mecum, j'avais été prise dans une discussion sur les noms et jeux de mots en VF et en VO, et je m'étais demandé comment était la VO pour Lheureduthé, "prononcez Leredouté". Baron avait été à la pêche aux infos et il s'est avéré qu'il n'y a PAS de jeu de mots en VO, c'est Teatime, qui insiste pour prononcer "Tee-ha-tim-eh" en déformant un peu les syllabes, c'est tout. Il n'y a pas ce 2° sens qui colle parfaitement, le redouté.
C'est génial.

Voilà ce que j'ai raconté au grand Patrick, d'où cette dédicace où il reprend d'ailleurs ce qu'il dit aussi à la fin de notre interview: c'était un coup de chance, c'est très souvent une question de chance plus qu'autre chose...

(malgré tout je persiste à affirmer qu'il a un sacré flair pour les voir, ces trucs-là, même s'il a la chance que ça tombe bien avec des équivalents et bonus qu'il peut caser ^^)


 



Comme dirait la Mort-aux-Rats:

 

"COUII-II. II-COUI !"

 

 

Commentaires   

 
Guest
#1 Guest 30-01-2011 21:48
Je pense que j'essaierai de me dégotter le film quand même.

Peut être que je comprendrais mieux certains passages.

En tout cas, c'était quand même une chouette lecture faite au sein du vademecum ^^
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Leïa Tortoise
#2 Leïa Tortoise 31-01-2011 08:29
Je peux te prêter mon dvd en te l'envoyant par la Poste, si tu veux? (je l'ai déjà fait pour Linou avec tous mes DVD Discworld, je peux aussi bien le refaire avec toi!)
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Guest
#3 Guest 31-01-2011 10:58
Sympa la dédicace :) Quel boulot de fou, fait-il !
Bon, on se donne RDV pour le lire à noël 2011 ? :D
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Leïa Tortoise
#4 Leïa Tortoise 31-01-2011 15:02
oui, hein!
et si tu veux ^^
l'interview devrait arriver ce soir, vous allez voir elle est géniale :P
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Guest
#5 Guest 31-01-2011 15:14
On verra Tortoise, ça presse pas ;) Si jamais je ne le trouve pas par un autre moyen, je te l'emprunterai :P

J'ai hâte de voir l'interview !
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