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Sans parler du chien (Connie Willis)

* Ceci était la lecture de juillet du Cercle d'Atuan *


 Cétait déjà sur le Cercle d'Atuan que j'avais pour la première fois entendu parler de Connie Willis, ce qui m'avait amené à lire Le grand livre, qui m'avait bien plu.

J'étais donc particulièrement disposée à apprécier cet autre livre du même auteur lorsqu'il a été retenu pour la lecture du mois de juillet... Et je l'ai aimé deux fois plus!



Au XXIe siècle, le professeur Dunworthy dirige une équipe d'historiens qui utilisent des transmetteurs temporels pour voyager dans le temps. Ned Henry, l'un deux, effectue ainsi d'incessantes navettes vers le passé pour récolter un maximum d'informations sur la cathédrale de Coventry, détruite par un raid aérien nazi. Or c'est à ce même Henry, épuisé par ses voyages et passablement déphasé, que Dunworthy confie la tâche de corriger un paradoxe temporel provoqué par une de ses collègues, qui a sauvé un chat de la noyade en 1888 et l'a ramené par inadvertance avec elle dans le futur. Or l'incongruité de la rencontre de ce matou voyageur avec un chien victorien pourrait bien remettre en cause... la survie de l'humanité !

Ce bouquin est absolument saturé d'humour british du meilleur tonneau, saupoudré d'innombrables références dont on peut très bien se passer si on ne les connaît pas car elles font partie intégrante de la narration et se suffisent à elles-mêmes pour être déjà très divertissantes même si on passe à côté d'un clin d'oeil.

(par contre, c'est un grand hommage à Trois hommes dans un bâteau de Jérôme K. Jérôme, que j'ai commencé à découvrir en parallèle)

Ajoutez à ça des voyages temporelles et toutes les intrigues qui vont avec, le décor particulièrement bien choisi de Coventry et ses environs à l'époque victorienne et sous les bombes de la Seconde Guerre Mondiale, et ça donne un roman absolument passionnant et hilarant de bout en bout, un énorme coup de coeur pour moi!

Pour prendre quelques exemples à travers des extraits, j'aime bien la vision très étudiante de la vie par Terence St Trewes, élève d'Oxford à l'époque victorienne:

"Nous venions de traduire Negotium populo romano melius quam otium committi, "Les Romains accordaient plus d'importance au travail qu'aux loisirs", quand je me suis dit: "Voilà la raison de la chute de l'Empire romain et il serait regrettable qu'il arrive la même chose à celui britannique." Fort de ce raisonnement, Cyril et moi sommes allés louer une embarcation pour partir vers Godstow."

Ainsi que les aventures animalières de Ned Henry, l'historien d'un futur où les chats sont une espèce disparue, qui se retrouve confronté à leur réalité dans sa mission victorienne, ce qui donne des scènes savoureuses mais que je me dois de mettre en spoiler pour ne pas gâcher l'effet de surprise à propos de Cyril qui tient en haleine un certain temps au début du bouquin:

{moshide hidden SPOILER (voir) |SPOILER (cacher)}

"J'avais eu l'intention de remettre la Princesse Arjumand dans le panier, avec un cadenas et quelques rochers sur le couvercle pour faire bonne mesure. Mais quand je la soulevai en prenant bien garde à ses griffes, elle se pelotonna douillettement entre mes bras. Et lorsque je m'agenouillai pour la déposer à l'intérieur de sa cage d'osier, elle m'adressa un regard empli de tendresse et se mit à bourdonner.

J'avais lu que les chats ronronnaient et pensé à un grondement ou à des crépitements de parasites. Or cela n'avait rien d'inamical ou d'électrique, et je me surpris à la caresser avec maladresse.

- Je dois t'enfermer, comprends-tu?  Je ne peux courir le risque que tu repartes quand l'avenir de tout l'Univers en dépend.

Les sons s'intensifièrent et elle posa sur ma main une patte implorante. Je la ramenai vers Cyril qui s'était installé au milieu du lit.

- Elle devra rester dans son panier toute la journée de demain, lui expliquai-je. Et je ne crois pas qu'elle nous faussera compagnie, à présent qu'elle nous connaît.

Ce qui le laissa de marbre.
- Elle a eu peur, tout à l'heure. La voici apprivoisée.
Il renifla, comme s'il en doutait.

Je m'assis et retirai mes chaussettes humides, sans lâcher le chat. Puis je tentai de me glisser sous les couvertures, ce qui n'était pas une tâche aisée. Cyril se les était appropriées et refusait de céder du terrain.

- Pousse-toi! Les chiens dorment au pied du lit.
Il n'avait jamais dû en entendre parler, car il se cala contre mon dos et se mit à ronfler. Je tirai les couvertures afin d'avoir de quoi me couvrir puis basculai sur le flanc en ayant toujours la Princesse Arjumand dans les bras.

Elle devait elle aussi ignorer les règles s'appliquant aux animaux domestiques admis dans le lit de leur maître, car elle eut tôt fait de se dégager pour aller se promener sur Cyril et jouer à l'acupuncteur sur mes jambes.
Le bouledogue me poussa et finit par disposer de toutes les couvertures. La chatte décidé quant à elle de comprimer ma pomme d'Adam en s'allongeant en travers de mon cou."

{/moshide}

Tout comme :


{moshide hidden SPOILER (voir) |SPOILER (cacher)}

"Cyril courut à ma rencontre mais en raison de sa tendance à gîter sur bâbord il acheva sa trajectoire aux pieds de Tossie qui se mit à piailler: "Oh vilaine, vilaine bête!" Et à pousser des criolets."

{/moshide}

Sans oublier les particularités de l'époque:

"En fait, Mme Mering [...] tomba simplement en pâmoison, c'est-à-dire qu'elle s'affaissa posément sur le tapis en réussissant à éviter tous les meubles... ce qui relevait de l'exploit (...)."

Et un très bon rappel du principe du Chat de Schrödinger, devenu un classique en SF:

"Selon Fukisaki, le continuum se protège en augmentant le décalage. Si ça ne suffit pas, les coïncidences se multiplient. C'est quand toutes ces mesures échouent que les altérations apparaissent.
- Altérations? L'histoire se modifie?
- Pas immédiatement. Mais toute incongruité a un effet déstabilisateur. Les évènements ne suivent plus un cours linéaire et les probabilités se surperposent.
- Comme pour le chat de Schrödinger.

- Tout juste. Ce qui aurait dû se produire et ce qui aura lieu si le parachronisme perdure coexistent sur des plans parallèles. Une fois les corrections terminées, tout s'effondre d'un côté ou de l'autre. Mais on relève entre-temps des différences entre ce qui se passe et ce qui aurait dû se passer."

(...)

"Dans l'expérience imaginée par ce physicien génial mais un peu sadique, un chat était enfermé dans une boîte contenant une machine infernale composée d'un flacon de cyanure, d'un marteau relié à un compteur Geiger et d'un peu d'uranium. Il suffisait que l'uranium émette un électron pour que le marteau soit libéré et brise le flacon. Il va de soi que le chat n'aurait pu y survivre.
Et comme il était ipossible de savoir si l'uranium avait ou non émis un électron, Schrödinger en concluait que cet animal n'était ni mort ni vivant. Les deux possibilités coexistaient en tant que probabilités parallèles qui ne s'effondreraient en une réalité unique qu'à l'ouverture de la boîte."

 Et puis Verity, l'autre historienne du futur, est spécialisé dans les romans policiers du genre Agatha Christie, et fait très souvent référence aux auteurs de cette époque et au déroulement de ces enquêtes, envieuse de leur facilité apparente quand elle et Ned sont dans le flou le plus total...

Connie Willis en profite pour glisser un peu d'auto-dérision:

"Il lui a fait sa déclaration en latin, sous un pont. (...) Placetne, magistra? lui a-t-il demandé, et elle a répondu, Placet. Comme s'ils étaient des professeurs d'Oxford. J'ai dû chercher dans un dictionnaire. J'ai horreur de ça, quand l'auteur place un truc dans une langue étrangère et ne se donne pas la peine d'en préciser le sens."

Ce qui fait écho à la relation hésitante entre Verity et Ned, qui se concluera de manière parfaite, sans une once de gnangnan ni même un soupçon de guimauve: parfait, quoi.

Et je ne parle pas de tous les rebondissements et autres loufoqueries finement vues et rondement menées, toujours en baignant dans l'humour!

Vraiment, j'ai adoré. C'est un livre à lire absolument pour tous les amateurs d'humour british et/ou de voyages dans le temps.



Les autres avis du Cercle d'Atuan


Moment C.L.A.P. :
j'ai fini ma lecture dans la voiture qui m'emmenait à Toulouse pour l'IRL Fondue, où j'ai eu l'idée de le rajouter à la table de livres à échanger/prêter en précisant qu'il devrait m'être rendu à la fin du séjour, puisque je l'avais moi-même emprunté, et ça a permis de le faire découvrir à Elenna/Srithanio et m'a donné l'occasion d'en discuter avec Luna Pensive qui connaissait...

 

 

Commentaires   

 
El JC
#1 El JC 07-08-2010 16:44
Tout comme toi ce fut un gros coup de coeur ! L'alliance parfaite de paradoxes temporels en cascade avec un humour so British virevoltant vers le non sens avec entrain. Un découverte qui va me pousser tout droit à pousser plus avant ma découverte de cet auteur.
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