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Mangez-le si vous voulez (Jean Teulé)

Après avoir entendu dire beaucoup de bien de Jean Teulé, ça faisait un moment que j'avais envie d'y mettre le nez. "Le Montespan" m'était passé sous le nez, pris d'assaut par les réservations, mais j'avais lu d'une traite "Les lois de la gravité" en le cataloguant au boulot (oui, bon, j'étais juste partie à le feuilleter mais en une heure c'était bouclé ^^). Et voilà que j'ai pu avoir entre les mains "Mangez-le si vous voulez", pas celui qui m'attirait le plus, mais il m'intriguait quand même...


Nul n'est à l'abri de l'abominable.

Le mardi 16 août 1870, Alain de Monéys, jeune aristocrate périgourdin, sort du domicile de ses parents pour se rendre à la foire de Hautefaye, le village voisin. C'est un jeune homme plaisant, intelligent, aimable et bon. Il arrive à quatorze heures à l'entrée de la foire. Deux heures plus tard, la foule devenue folle l'aura lynché, torturé, brûlé vif et même mangé.

Comment une population paisible (certes angoissée par la guerre contre l'Allemagne et sous la menace d'une sécheresse exceptionnelle) peut-elle être saisie en quelques minutes par une telle frénésie barbare ?

Jean Teulé a reconstitué avec une précision redoutable chaque étape de cet atroce chemin de croix qui constitue l'une des anecdotes les plus honteuses de l'histoire du XIXe siècle en France.

 

Voilà, le résumé est déjà assez éloquent, et encore, je l'ai recomposé pour qu'il ne raconte pas tout d'un coup...

 

Comme on peut s'en douter, c'est une histoire vraiment sombre, mais beaucoup plus que l'idée qu'on peut déjà s'en faire avec le résumé.

C'est raconté d'une façon tellement réaliste ; l'escalade dans la sauvagerie est tellement facile et rapide, au point qu'on ne peut s'empêcher de se dire qu'une telle horreur pourrait aussi bien se reproduire de nos jours, n'importe où et n'importe quand, connaissant le pouvoir aliéniste de la foule...

Surtout quand on sait que c'est inspiré d'un fait réel, ça fait vraiment froid dans le dos.

 

J'avoue que j'ai dû faire une pause au milieu, et sur le coup j'ai pensé que je trouvais ça décevant parce que trop répétitif, mais en fait j'avais quand même envie de le finir et en y réfléchissant je me rend compte que c'était plutôt que c'est tellement répugnant, ahurissant et affligeant, que j'avais besoin de reprendre un peu de recul avant de continuer.

 

C'est quand même fou, ce besoin universel et intemporel de se trouver un bouc émissaire pour exorciser ses malheurs...

Cela dit, je remarque quand même qu'à l'époque, dans ce contexte d'une petite commune rurale, où les nouvelles n'arrivaient qu'avec plusieurs semaines de retard, on était aussi dans un certain endoctrinement culturel de la haine contre l'ennemi, l'étranger, le prussien...

D'où un aveuglement d'autant plus rapide et facile.

 

M'enfin si on va par là, est-ce que ce n'est pas encore le cas de nos jours, avec le racisme et la xénophobie qu'on constate tous autant qu'on est, à plus ou moins grand échelle, et sans forcément regarder bien loin autour de soi...?

 

(En plus ça se passe pas loin du Limousin... M'enfin je vous rassure, on n'est quand même pas une région de barbares, hin! ^^)

 

Et ça démarre vraiment sur une petite phrase tout bête à laquelle on fait bien dire ce qu'on a envie d'entendre, une simple interprétation au premier degré...

 

"Eh bien, mes amis, que se passe-t-il?

- C'est votre cousin, explique un colporteur. Il a crié "Vive la Prusse!"

- Quoi? Mais non! Allons donc, j'étais auprès et ce n'est pas du tout ce que j'ai entendu. Et puis je connais assez de Maillard pour être bien sûr qu'il est impossible qu'un tel cri sorte de sa bouche: "Vive la Prusse"... Pourquoi pas "A bas la France!" ?

- Qu'est-ce que vous venez de dire, vous?

- Quoi?

- Vous avez dit "A bas la France"...

- Hein? Mais non!

- Si, vous l'avez dit! Vous avez dit "A bas la France"."

 

 

Je dirais donc un roman qui prend aux tripes (c'est le cas de le dire, haha), plutôt court mais qui peut être très dur à lire. Ca ne laisse pas indifférent. Ca ne peut pas.


Pour la petite histoire de C.L.A.P. : j'ai lu quelques pages (avant ma pause salutaire) à la porte du garage de chez mes parents, en attendant que les potesses passent me chercher pour aller voir Adèle Blanc-Sec.

 

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