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Abraca*Bibli

Martiens, go home! (Fredric Brown)

Voilà bien 2 ans que j'avais emprunté ceci à Elenna lors d'une IRL Fondue, juste pour voir ce que ça donne puisque c'est un titre assez connu...



"Salut Toto ! Salut Chouquette !", voilà les mots prononcés lors de la première rencontre entre un martien et un homme. L'étonnement et l'émerveillement vont être cependant de courte durée. En effet, les petits hommes verts ne sont pas du tout comme nous avions pu les imaginer jusqu'à présent. Malpolis, prétentieux, indécents, curieux à l'extrême, ils sont tout simplement insupportables. Ils prennent, de plus, un malin plaisir à révéler les secrets les mieux gardés. Grâce au "couimage", ils sont insaisissables et se déplacent instantanément où ils veulent. Seuls les psychiatres et les pharmaciens profitent de leur arrivée. Lorsqu'on leur demande pourquoi ils sont là, ils répondent : "Qu'est-ce que les gens vont faire dans les zoos sur ta cochonnerie de planète ?"
Que pourra bien faire un auteur de science-fiction en mal d'inspiration, un marabout africain ou un portier de Chicago face à ce fléau impitoyable?



Ben, j'aime bien Fredric Brown, mais pour moi c'est clairement pas son meilleur, là...

Pour la rigolade déjantée, pas de problème, c'est bien là: on se prend pas la tête, ça se laisse lire.

*
"- Le début d'un roman western: il a mis Chapitre 1. Tout va très bien pendant trois paragraphes... et puis il y a un endroit où une touche a traversé le papier. C'est là que quelque chose lui est arrivé. Un Martien, sans doute.
- Comme s'il y avait autre chose pour rendre les gens fous!
- Dire qu'autrefois on devenait fou pour des tas de raisons! soupira le docteur. Donc, c'est à ce moment-là qu'il a crié. Ensuite, conformément au dire de la logeuse, il a continué à taper l'espace de quelques lignes... Mais venez voir quoi.
L'interne termina ses soins et rejoignit le médecin. Il lut à voix haute:
"HUE COCOTTE
HUE COCOTTE HUE COCOTTE HUE COCOTTE HUE COCOTTE VAS-Y COCOTTE VAS-Y COCOTTE HUE VAS-Y HUE COCOTTE VAS-Y DANS LE PAYS DE COCOTTE VAS-Y HUE."
- On dirait un télégramme envoyé par Zorro à son cheval, ajouta-t-il. Ca vous inspire quelque chose, docteur?"

*

Par contre, l'intrigue... n'est pas mauvaise, mais pas vraiment suffisante.
Ca laisse un peu trop de creux pour finir le ventre plein, hélàs.

Cela dit, c'est quand même sympa en lecture de détente - particulièrement approprié en vacances, ça peut avoir sa place sur la plage!

Et je n'ai pas vu le film, peut-être qu'il est plus convainquant

*
"Seuls les chats, passé les premières expériences, s'accoutumèrent à leur présence et la supportèrent avec un calme olympien. Mais les chats, comme chacun sait, ont toujours été des êtres à part."
*

 

Les voies d'Anubis (Tim Powers)

Au moment des Utopiales 2011, j'avais profité du fait que Tim Powers était à l'affiche pour continuer à découvrir cet auteur - même si finalement il n'était pas venu pour un sombre problème d'avion - avec ce classique souvent cité quand on parle de steampunk



Vraiment, pourquoi Brendan Doyle, jeune professeur californien, aurait-il refusé de faire à Londres cette conférence payée à prix d'or? Comment deviner que l'attend la plus folle et la plus périlleuse des aventures? Voyez plutôt : à peine arrivé, le voici précipité, par une mystérieuse brèche temporelle, dans les bas-fonds de Londres. De Londres en 1810! Sorciers, sectes et rumeurs de loup-garou... Et, nul doute, quelqu'un cherche à l'enlever sinon à le tuer! Traqué, maintes fois capturé et toujours s'échappant, il cherche à corps perdu la "brèche" du retour...

Ce fut un coup de coeur, un vrai

J'ai retrouvé le beau style de "Sur des mers plus ignorées", avec en bonus du trivial et beaucoup plus d'humour, et du voyage dans le temps!
Tout ce que j'aime

*
"- A mon avis, l'alcool est aussi nécessaire que l'écran plombé. Je n'aurai pas accepté de rester planté sur la trajectoire de toutes ces radiations sans une bonne dose de gnôle dans le ventre.
Doyle avait été sur le point de demander un téléphone pour appeler la police mais la remarque de Benner le prit de court.
- Maintenant?
- Oui. La conversion tachyonique. Il ne t'a pas expliqué comment on allait sauter jusqu'en 1810?
Doyle se sentit tout vide.
- Non.
- Est-ce que tu t'y connais un peu en théorie des quanta? Ou en physique subatomique?
Sans que ce mouvement résultât d'une volition consciente, la main de Doyle porta le verre à sa bouche et avala une rasade de scotch.
- Non."

*

On a donc un universitaire spécialiste d'un poète anglais méconnu du XIX° siècle, qui se retrouve embarqué dans un plan ambitieux et risqué par un savant fou et véreux qui a trouvé le moyen de faire des bonds dans le temps.

Evidemment, ça ne se déroule pas exactement comme prévu.
Notre littéraire est entraîné dans un complot à tiroirs, qui se joue en plusieurs endroits à travers les siècles par un (à peu près) duo de sombres comploteurs incroyablement retors et puissants. Avec ça, une mystérieuse épidémie mortelle se répand dans le sillage d'un assassin parasite.

L'intrigue en est bien construite et maîtrisée, et il y a toujours un rebondissement ou des questions qui traînent pour tenir le suspense...
Parfois on se dit que c'est complètement dingue, mais jusqu'où va-t-il aller? Et pourtant on suit toujours, d'une péripétie à l'autre, toujours plus loin dans cette histoire foisonnante à l'univers riche.

On y croise bien sûr des célébrités d'époque, et des éléments inspirés de véritables faits historiques (comme Romanelli qui a vraiment fait partie de la vie de Lord Byron), ce qui ajoute à l'intérêt de la chose.

*
"- Vous avez donc lu ma poésie? s'exclama Byron dont l'étrange sourire venait de réapparaître. C'est un honneur que vous me faites; mais je poursuis à présent la poésie de l'action. Le coup d'épée bien placé plutôt que le terme bien choisi. Mon but est de porter l'assaut décisif qui...
- Arrêtez, fit Doyle.
-
...qui brisera les chaînes qui nous restreignent...
- Arrêtez! Ecoutez, nous n'avons pas beaucoup de temps devant nous et mon propre cerveau non plus ne pète pas vraiment le feu, mais votre présence ici... j'ai besoin de savoir pourquoi vous êtes ici. Il faut absolument que je sache... et puis merde, des tas de choses encore... (Doyle prit sa chope et sa voix se réduisit à un murmure en aparté.) Que je sache entre autres si c'est bien le vrai 1810 ou celui d'un univers parallèle..."

*


Avec ça, les techniques du voyage dans le temps et la magie à l'oeuvre sont plutôt originales et surtout bien réfléchies, construites et développées, c'est vraiment des éléments majeurs de ce livre et c'est fascinant

*
"- La terre, voyons, fit Théo. Avant que Romany n'en fit un magicien, le clown n'avait pas besoin de se promener continuellement sur des échasses. Mais lorsqu'on s'occupe un peu trop de magie, on renonce à ce qui vous relie au sol, à la terre."
Son contact devient un supplice et c'est pourquoi le docteur porte des chaussures à ressorts, pourquoi Horrabin se balade toujours sur des échasses."

*
"Le ka décrépit avait ôté ses souliers lestés qu'il tenait à présent par la bouche afin de marcher sur les mains tandis que ses jambes flottaient derrière lui comme des rubans attachés à la grille d'un calorifère. Son visage inversé grimaça un sourire.
- Allons-y, Alonzo, lança-t-il à Doyle. Il est temps d'aller voir l'homme de la lune.
- Vous allez la boucler! fit Romanelli avant de se tourner vers son prisonnier. Par ici. Suivez-moi."

*

Oui, il y a aussi la notion de ka qui m'a rappelé la Tour Sombre de Stephen King
Et de la mythologie égyptienne, et des gitans, des mendiants, et "Yesterday" des Beatles.

Bref, c'est décalé, c'est plein d'humour, de anti-héros intéressants et/ou attachants, d'insolite, de magie, de voyages dans le temps, et c'est bien écrit: que du bonheur!


*
"Jacky avait lu et admiré Mary Wollstonecraft; la mode des vapeurs féminines lui faisait horreur; mais, malgré qu'elle en eût, elle se sentit défaillir."

*


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Et bien sûr c'est une nouvelle contribution au Défi Steampunk initié par Lord Orkan Von Deck!



- Technologie uchronique = 4/10 > moui, la technique pour faire un bond dans le temps
- Dirigeables = 0/10 > hélàs, aucun
- Automates = 0/10 > non plus, j'crois pas
- Goggles = 0/10 > pas besoin
- Machines à vapeur = 1/10 > ben, très peu, faut dire
- Savant fou = 10/10 > alors là oui!
- Ère victorienne/Belle Epoque = 7/10 > oui, bien que ce n'est pas aussi flagrant que ça pourrait l'être
- Métal riveté (mécanique) = 0/10 > euh ben non
- Engrenages = 0/10 > je crains que non plus
- Célébrités d'époque = 7/10 > pas aussi éloquentes que par exemple Verne, mais y'en a

Ce qui fait seulement 29%
au steam-o-mètre, et ça rejoint bien ce qu'on dit de ce livre: c'est une des oeuvres fondatrices du steampunk, mais ce n'est pas le livre intrinsèquement le plus steampunk qui puisse exister.
Cela dit je le conseille quand même grandement!

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Et en plus, miracle, il me permet d'apporter ma première participation au
challenge des Chefs d'oeuvre SFFF chez Snow! Enfin, si il tient toujours, depuis le temps...

 

En route pour la joie (Solenne Pourbaix)

C'est en ajoutant de nouveaux contacts sur Facebook après les Imaginales que j'ai découvert une jeune auteure auto-publiée sur Lulu.com, dont le recueil de nouvelles inspirées de Noir Désir et préfacé par l'Orc du Naheulband avait déjà tout pour m'allécher, si ce n'est le coup de grâce de l'argument qui tchue: "Certaines nouvelles sont assez courtes pour être lues en faisant caca! Donc l'excuse du "j'ai pas le temps de lire" n'a plus lieu d'être! Elle est pas belle la vie?"

Ce fut donc commandé et avalé en un rien de temps. En plus le contact est super bien passé, on a très vite partagé des délires sur Facebook ^^

      

La fin du monde a eu lieu. La maladie règne, ranimant les morts. Dans ce chaos, l'armée tient les rênes. Au milieu de tout ça, des gens comme vous et moi (surtout comme vous), des familles, des militaires, des gens de tous bords, essayent de tirer leur épingle du jeu pour simplement survivre. Ils y parviendront... Ou pas. La loi du plus fort domine désormais notre beau monde civilisé. Pourtant, tout n'est pas perdu.

Chaque nouvelle s'ouvre avec en épigraphe (toi aussi enrichis ton vocabulaire en ayant des coupines littéraires et curieuses: c'est le mot qui désigne les citations qu'on trouve en début de chapitre ou de texte dans pas mal de bouquins) des paroles de Bertrand Cantat (Noir Désir, bande d'incultes), mais ce ne sont pas pour autant de banales songfics de fan gâteuse (ni du proto-gothique de post-ado dépressive) ; non, c'est vraiment un univers personnel et développé dans lequel on plonge.

Dans Le Jeu, on est dans une télé-réalité (à peine plus extrême que ce qui existe déjà dans ce qu'elle a de pire) d'une société post-apo, où les joueurs sélectionnés de force sont lâchés dans un hangar en étant contaminés par la maladie qui rend zombie, avec un seul vaccin à sauver pour se guérir et sortir vivant de cette arène moderne, au détriment de ses adversaires.

Dans Lost, une famille essaye de survivre dans sa maison isolée à la campagne, malgré le dénuement, les attaques d'Infectés et la maladie qui rôde.

Avec L'homme Pressé, on entre dans les hautes sphères du pouvoir, ou du moins dans ses coulisses - non moins impitoyables - en suivant l'assistant de la Maîtresse du Jeu.

Dans En Route pour la Joie, on découvre les quartiers pauvres de la ville, où au milieu de la violence et de l'anarchie, une petite fille innocente va à l'école comme si de rien n'était et s'applique pour rapporter des bonnes notes à sa mère, alors que chacun s'efforce de survivre sans être à l'abri d'être sélectionné pour le Jeu.

*
"Elle ne le voyait pas mais l'alarme, cette horrible alarme signifiait que ça s'approchait. Enfin, il y eut une détonation et la sirène s'arrêta. La fillette ressortit et regarda au loin, vers les limites de la ville. La brigade militaire allait vers une silhouette allongée par terre et l'embrasait avec de drôles d'instruments qui crachaient des flammes immenses. Elle rêva une seconde de dragons, créatures magiques dont sa maman lui avait parlé dans une histoire avant qu'elle fasse un métier de nuit, puis elle repartit en courant vers son immeuble, à un bloc d'ici, de nouveau ravie d'apporter sa récompense. Sa mère serait si fière ! "
*


Dans Trompe la mort (et tais-toi), un vieil homme confesse les expériences dangereuses d'une quête de l'immortalité et leurs terribles conséquences.

*
"Je te souhaite une bonne douleur! Même là, tu n'en subiras pas le quart de ce que tu as infligé au monde."
*

Avec Veuillez rendre l'âme, on revient dans les hautes sphères du Jeu, et on voit que cette société s'autogère parfaitement pour éliminer les prises de conscience et l'opposition.

Noir Désir est sans conteste le texte qui m'a le plus remué: sous forme d'une lettre d'adieu d'une suicidée retrouvée au hasard d'un tri de vieux cartons, on prend de plein fouet le mal-être d'une jeune femme trop en décalage dans la société et les viscissitudes de la vie... Ca sent le vécu à plein nez et ça m'a beaucoup parlé, ça sonne très juste et c'est poignant.

*
"Complètement perdue, j'ai fini par abandonner le lycée. Autant dire que ça n'a pas été la grande joie dans mon entourage. "Mais tu es folle!" Oui je suis folle. Folle de douleur et de solitude... Mais non, je n'étais pour eux qu'une fainéante instable. Naturellement, c'est tellement plus simple. Savoir la vérité les aurait mis face à ma faiblesse, à leur aveuglement..."
*
"J'écoute de la musique. Me laisse emporter par sa voix, je pleure, mais pas de chagrin cette fois. D'émotion face à une force, à une mélodie, à des paroles... Moi qui ne suis pas poétesse pour deux sous. Moi qui suis si pragmatique, je découvre des mots capables de me faire vibrer. Une voix capable de m'emmener dans un autre monde. Je pars plus loin et bien mieux qu'avec la drogue ou l'alcool. Mais ça me fait rêver, et je me bats de toutes mes forces pour faire taire ces rêves. Ces rêves de vie normale, de voyages, de rencontres, de partages ; ces rêves de tendresse, de passion ; ces rêves d'aventures, de frissons... De vie tout simplement! La musique apporte tellement, mais quand elle s'arrête, la réalité revient, brutale, glaciale, vide!"

*


Dans A ton étoile, on trouve à nouveau une employée prisonnière du système qui se retrouve impuissante devant la détresse d'une petite à l'orphelinat où elle travaille. La société ne laisse aucune place à ceux qui ne rentrent pas dans le moule, de gré ou de force...

Dans A l'envers, à l'endroit, on navigue entre deux familles au moment de Noël, l'une aisée et insouciante qui s'amuse à reproduire le Jeu, l'autre pauvre et démunie, sans cesse dans la crainte de l'infection destructrice.
(Bon, je me suis juste un peu perdue à cause de tous les prénoms )

Et enfin, avec Le grand incendie on atteint une apogée, où l'opposition s'organise dans l'espoir de frapper un grand coup et faire un grand ménage pour repartir sur de meilleures bases...

*
"Eole rappela à tous la nécessité de la discrétion. [...] N'oubliez pas: soyons désinvoltes... nous ne sommes rien!"
*


C'est la touche d'espoir qui contrebalance un peu toute la noirceur du reste du recueil ; et ça fait du bien, un peu d'optimisme et une ouverture sur de nouveaux possibles, après un univers aussi deséspérement cruel et corrompu.

Pile ce qu'il fallait pour conclure ce recueil en beauté!


Dans son ensemble, j'ai vraiment bien aimé ce recueil. Même si le style est encore un peu en rodage, il y a déjà quelque chose - une structure, une atmosphère... L'ambiance et l'univers sont parfaitement bien plantés et développés, de manière réaliste, avec un style vivant qui m'a tout de suite immergée dans le bouquin.

(par contre j'ai pas pu finir un seul texte en faisant caca, j'en conclus qu'il faut être très constipé ou bien lire très vite)

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~ Et il y a du post-apo avec du zombie, donc un dernier (déjà!) pas titubant dans l'
hiver nucléaire du challenge Fins du monde chez Tiger Lilly.
La prochaine fois, c'est l'Armageddon!



 

Mimosa (Vincent Gessler)

En février, j'avais tenté ma chance au concours permanent du blog fraîchement reboosté des éditions l'Atalante, et j'avais eu la veine de me faire offrir Mimosa, le nouveau livre de Vincent Gessler qui m'attirait beaucoup depuis mon coup de coeur sur Cygnis.

Je l'avais feuilleté sans trouver le temps de m'y mettre vraiment, jusqu'à ce que je le commence un peu avant les Imaginales (où j'ai eu une sympathique dédicace) - et j'ai absolument adoré, c'est un nouveau coup de coeur



Qu'ont en commun Lambert Wilson, Adolf Hitler, Jésus-Christ, Philippe Katerine et James Brown ? Ils participent tous à une folle aventure au cœur de Santa Anna, ville emblématique d'un monde devenu végétarien, où la mode est d'être le sosie d'une personne célèbre, réelle ou fictive…
Sauf Tessa. À la tête de l’agence Two Guns Company & Associates, elle enquête sur un mystérieux souvenir enregistré, sans se douter qu’elle va au-devant d’étonnantes révélations sur son passé. En compagnie, bien sûr, d'Ed Harris et de Crocodile Dundee.

J'avais été prévenue que c'était assez spécial, et qu'il pouvait y avoir un risque de décrocher et/ou de passer à côté.
Et effectivement, je conçois ce risque, mais personnellement j'ai définitivement adhéré... En gros, le truc, c'est juste que soit on suit le délire sans se prendre la tête, soit on est largué, pour la faire court.

Au début, il faut quand même se faire à l'idée d'un monde où les gens sont tous à l'image d'une célébrité qu'ils veulent imiter jusqu'à prendre leur nom (et peuvent se mettre à en changer à volonté), et où la technologie a tellement évolué que chacun est désormais doté d'une "interface" intégrée à son esprit, qui a complètement repoussé les limites de la consultation et du partage de données, mais aussi l'accès à sa propre mémoire, entre autres... avec tout ce que ça comporte aussi de piratage, de brouillage, etc...

Cela dit cette manie des sosies donne des situations décalées parfois très drôles ^^

*
"- Piouuuu! Piouuuuu!
Luc Besson, assis les jambes écartées, souffle entre ses lèvres en gonflant les joues pour imiter le son du laser. N'était sa cinquantaine bien sentie, il le fait très bien."

*
"Monsieur Coelho, ravi de vous revoir.
- Doc! Job! Alors, qu'est-ce que vous avez pour moi aujourd'hui?
Paulo a une voix à la fois nasillarde et feutrée, un fort accent brésilien.
- Contrairement à notre arrangement, dit le docteur Snuggles, nous n'avons qu'un corps. Nous avons malheureusement eu un problème avec l'autre...
Le nouveau venu renifle avec exaspération. La tension devient palpable.
- Un seul? Montre-moi!
La glacière est posée sur la table, les attaches tombent.
- Oh, un Jésus!"

*


Petit à petit on fait connaissance avec les personnages, selon leur modèle de sosie et leur personnalité indépendante, et aussi on plonge avec eux dans une intrigue assez complexe et subtilement quantique de manipulation d'identités, clonages, complot apocalyptique, tout ça tout ça.

C'est aussi l'occasion pour un questionnement sur la construction de soi, la quête et les troubles d'identité, et autres réflexions philosophiques, qui passent très bien dans cette intrigue SF où on va de clone en reconditionnement plus ou moins corsé.

*
"Mon existence est fictive du début à la fin. Ma mémoire est virtuelle, je n'ai aucune identité, mon corps a été fabriqué dans une cuve...
- Et tu ressens pourtant. Tu expérimentes la vie comme n'importe qui. Peut-être plus que n'importe qui. Tu te poses des questions, et malgré la facticité de tes origines, tu offres au monde des réponses émotionnelles stables et profondes. Je te trouve fascinante.
Il ne mâche pas ses mots, le salaud. Chacune de ses révélations l'écorche vive, et il l'enfonce en l'obligeant à contempler la douloureuse vérité.
(...)
- Ne te méprends pas. (...) Tu empruntes beaucoup à Tessa, mais tu es plus qu'elle. Tu portes l'habit de Tessa en quelque sorte, tu l'as ajusté à toi, retaillé, modifié, altéré pour correspondre à ta marque intime."
*
"Peut-être devrait-elle s'appliquer à l'appeler Tessa plus souvent? Tessa. Un prénom qui évoque une assistante de direction suédoise ou une bourgeoise allemande. Pourquoi ces comparaisons? Les images sont nées spontanément dans son esprit, des images très stéréotypées, impliquant des costumes traditionnels à fleurs et éventuellement un dulcimer.
Curieux comme on classe les gens en fonction des délires spontanés de notre imagination: on les bardoufle de nos couleurs intérieures, de nos odeurs fantasmées. Peut-être est-ce une manière de se les approprier. En les marquant à notre façon, on les fait siens."

*


Dans cet environnement fluctuant et les volte-faces instillées par l'ennemi, les personnages - et leurs personnalités - ne sont pas ménagés, et leurs relations oscillent et évoluent à la fréquente et la soudaineté de tout le reste.

Les plus fiables ne sont pas forcément ceux auxquels on s'attend, et on se demande parfois à quoi la loyauté et la confiance peuvent se raccrocher - ce qui peut n'est pas forcément très raisonné non plus ^^

*
"Ils traversent un pont et s'enfoncent dans la périphérie vers la zone désaffectée de la planque. Pourquoi rester? Pourquoi risquer sa vie? Il joue entre ses lèvres en rythme de jungle. Il est peut-être un peu fou, mais il aime ça. Santa Anna: risquer sa vie sur des décisions qui puisent leur inspiration dans l'état d'esprit du moment. Tout miser sur un peu d'amitié, du respect et beaucoup d'admiration. Il n'est pas dit que Crocodile se débine face au danger, il veut connaître le fin mot de cette histoire. Et mettre son existence sur la balance. Comme toujours.
Tout être ou tout perdre."

*

Mais surtout, il y a constamment de l'action fun et du suspense prenant, une énorme dose d'humour (teinté de nonsense) et des délires à la pelle, du genre "part en fly" désinvolte et débridé!

*

"La jeune femme en tenue de combat qui se tient au milieu de la travée ne lui dit rien qui vaille. Enfin, surtout l'énorme Samara à la gueule béante qu'elle pointe sur lui.
Ce qui le chagrine le plus, c'est qu'il ne connaîtra pas la fin du bouquin, même s'il était mauvais. Il faut dire qu'il n'a jamais aimé grand-chose dans cette putain de vie. Mais bon, on aimerait tous savoir la fin d'un bouquin, quand même."


*
"- Tu ne l'as pas téléchargé?
- Si, mais ce n'est pas le bon format.
- Hein?
- Le plan des égouts de la ville... C'est un vieux format. J'essaie de le lire mais ça ne veut pas. Ca remonte au temps d'Internet."


*
"- On dirait Le Temple maudit, murmure Zachary.
- Version maya, ajoute Lambert.
- C'est quoi Le Temple maudit? demande Cléis.
- Indiana Jones, quand il avait encore un chapeau et un fouet.
- Ah.
Après un silence à peine troublé par le bruit des bottes dans la semi-obscurité, Cléis revient à la charge.
- Et c'est qui, Indiana Jones? Je ne suis pas très cinéphile...
- Au moins, tu as compris que c'était un film, la coupe Ambre. Sérieux? On les a pourtant vus quand on était petites.
- Toi peut-être, moi je m'entraînais.
- Mais non, je suis sûre que tu les as vus. C'est cet archéologue qui ne fait jamais d'archéologie, qui est toujours pourchassé par des Indiens, des nazis ou des forces maléfiques, et qui a peur des serpents.
- Ah, ça me dit quelque chose les serpents. Il n'y a pas une scène avec un gros rocher?
- Oui, c'est ça."


*
"- Il faut appeler l'armée.

Il empoigne la console d'urgence et appose son pouce sur la surface tactile.
- Salut copain! dit Morpheus d'une voix contrefaite. Tu dois me dire le mot secret!
- Tournez-vous! ordonne Zachary à son second.
Celui-ci s'exécute et le maire approche ses lèvres du micro.
- Mozinor.
- Merci, copain, tu as accès à la super console d'urgence!
- J'ai tout entendu... fait le second.
Zachary prend un air déterminé.
- Je ne pensais pas devoir utiliser un jour cette console! Quand on m'a demandé de crypter l'accès, j'ai dit n'importe quoi. Et en plus j'étais bourré. Bon... Comment ça marche?"
*

L'ensemble est vraiment une expérience que nous livre Vincent Gessler, ce qu'il va même jusqu'à glisser dans la narration en guise de manifeste:

"Tout se passe au même moment. Il est impossible de déterminer si les combats sont intérieurs ou réels. La salle des miroirs est un mystère aussi pour l'auteur de ce livre. Celui ou celle qui triomphe de cette épreuve résoudra un problème, ou il sera dominé par lui. La salle des miroirs représente peut-être la tentative de ce livre: créer un espace de liberté pour le fantasme et tracer des figures étranges qui font sens ou qui font rire. Je ne sais pas si c'est légitime. J'aimerais que tu lises cela sans supposer que tu es aussi un personnage de Mimosa, car cet univers déborde tous les autres. Il est possible que cette pensée fugace, tu n'aies pas conscience de la lire. Elle n'a peut-être pas été écrite."


Et quand y'en a plus y'en a encore: après la fin (ponctuée par une arrivée de Dr Who - si si) on a droit à des interviews de personnages, des "scènes coupées", un bêtisier...
Comme les bonus d'un DVD! D'ailleurs tout l'ensemble est très scénique, et ça participe du mélange des genres. Il y a même une liste de chansons sur le blog de Mimosa pour écouter tout ce qui est mentionné directement dans le bouquin, sa "bande originale".
Les "scènes coupées" sont très intéressantes, pour les thèmes abordés comme le ghetto de la SF et l'obsolescence de nos "nouvelles technologies"...

Une expérience qui peut être déroutante, mais qui personnellement m'a complètement conquise.
Surtout les délires. Jusque là, il n'y avait à peu près que Pratchett qui me donnait autant de ces merveilleux moments d'incrédule découverte presque au niveau du bug , avant de laisser échapper un "HAH!" ou un "géniaaal!" avec la banane jusqu'aux oreilles doublé d'un grand éclat de rire intérieur, dans un seul bouquin. Et qui ne fasse pas que ça.
Bref: énoorme coup de coeur - et vénération définitive du Génial Suisse!

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~ Et puis autant pour la nature de ce monde futuriste que pour le final, moi j'dis que ça marche pour l'
hiver nucléaire du challenge Fins du monde chez Tiger Lilly!

 

Les Pilleurs d'Âmes (Laurent Whale)

Un autre que j'ai extirpé de ma PAL à l'occasion des dernières Imaginales, c'est ce livre de pirates édité chez Ad Astra, double raison de m'intéresser



1666...
« Les grosses balles de plomb claquent sur le bois de la chaloupe. Je prends conscience que j'ai de l'eau jusqu'aux chevilles. Peu importe : c'est un voyage à sens unique. Plonger, tirer, plonger, tirer... Un choc sourd. Nous avons touché.
— Lancez les grappins ! À l'abordage ! »
Suivez les pas de Yoran Le Goff dans ce trépidant roman d'aventures où espionnage intergalactique se mêle à la flibuste du XVIIè siècle, et à ses marins gouailleurs !


Alors je dois dire qu'au début j'ai eu un peu de mal à rentrer dedans... Je trouvais le style un peu forcé, parfois trop didactique, l'emploi du présent un peu pesant... Le fait que le personnage principal vienne de l'espace et s'introduise sur Terre au milieu des pirates des Caraïbes y est pour beaucoup: au début c'est passionnant de voir comment il s'acclimate très vite grâce à ses technologies avancées de psycho-induction, biospies, etc, mais au bout d'un moment les rappels constants de ces conditions sont un poil lourds

*
"Le soleil s'est levé sur notre droite, tribord en lagage de marin, ce qui signifie que nous remontons plein nord. Tous ont compris maintenant que notre destination n'est plus Panama. Le coeur [sic] des récalcitrants s'est tu. Etouffé dans l'odeur renaissante de l'aventure."
*

Voilà pour les points faibles. Une fois ceci liquidé (le style notamment, qui devient plus aisé - ou alors c'est qu'on s'y fait assez vite, et il y a des passages fort beaux), c'est du très bon!

Nous suivons donc Karban, arrivé de l'espace à bord de son Kraal, qui a pour mission de retrouver et neutraliser un "recruteur" dont l'intention est de kidnapper une personnalité de cette époque pour la transplanter sur une autre planète.

Karban, sous le nom de Yoran Le Goff, se glisse donc dans la population locale et parvient à attirer l'attention du grand Alexandre, grâce auquel il intègre l'équipage de Nau l'Olonnais.

L'ambiance de pirates est vraiment bien plantée - d'autant plus que beaucoup de noms sont empruntés à de réels personnages historiques, un solide travail de documentation dont on profite un peu dans le lexique à la fin - pour mon plus grand bonheur, avec ce parfum d'aventure, les ruses stratégiques, les manoeuvres nautiques osées...

Et pour sortir de l'ordinaire, le point de vue de Karban qui ajoute une intrigue parallèle et une vision extérieure d'infiltré de l'espace.

*
"Expérience intéressante que cette navigation archaïque, lente certes, mais pas désagréable. J'ai déjà utilisé nombre de moyens de transports primitifs. Parfois même farfelus, tels les chiens volants de Sandreflol, ou les Snarks fouisseurs sur Talmirande, et j'y trouve souvent beaucoup de plaisir. Celui-ci ne déroge pas à la règle. Le charme est créé par le contact avec les éléments.
Dans nos vaisseaux automatisés, nous ne sommes, en fait, que les parasites de la machine qui nous dépasse en tout."

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"En mon for intérieur je remercie le Kraal qui m'a permis de faire démonstration de ma science de la mer..."
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"Les pas de Vauclin ne se sont pas encore évanouis sur le pont que je m'étouffe en sourdine:
- Mais on va aller en plein dedans! Et par vent debout, de surcroît!
Ses mâchoires se crispent et il fixe ses énormes poings sur la table des cartes:
- On ne saurait dire non au diable, grommelle-t-il pour lui-même, tandis que son regard glisse par la lucarne vers la Providence qui danse mollement non loin de nous. Je revois soudain les lueurs sauvages dans les yeux de l'Olonnais et je comprends."

*

Le style donne lieu à pas mal de réflexions philosophiques, aussi, et encore une fois, avec le point de vue de Karban c'est toujours intéressant. D'autant plus que sa mission ne se passe vraiment pas comme prévu, et qu'il s'intègre un peu trop à son goût à la vie de pirate et ses vissiscitudes...

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"Tourbillon. Sauvagerie.
Je ne suis plus qu'instinct. Armé de haine, bardé d'indifférence, en animal sauvage, je griffe mon chemin de mort.
Un chien de mer. Un enragé."

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"Je mâche et remâche le goût de la vengeance. Derrière l'amertume, une certaine chaleur s'installe qui m'effraie un peu."

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"Être un homme "ordinaire" doit, somme toute, être aussi ennuyeux ici que partout dans l'univers. Aussi loin que je me souvienne, la vie m'est apparue comme un vaste terrain d'expérimentations. (...)
Quoi que je décide à terme, il me faudra fausser compagnie à la confrérie des joyeux égorgeurs. Malheureusement, cela semble impossible tant que nous serons sur ce caillou. Peut-être qu'une fois à La Havane... Je n'ai aucun goût pour cette existence de viols et de ventres ouverts. Il faut absolument que je rejoigne la civilisation. L'Espagne, ou l'Angleterre. Peut-être la France. Là-bas j'essaierai de me reconstruire une vie honorable.
Honorable? Qu'est-ce, au juste? L'ennui est-il "honorable"? La mort, peut-être."

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Tandis que ses propres bases tanguent dangereusement, il s'implique personnellement par la force des choses et va y laisser beaucoup de lui-même.

Enfin, les vaisseaux spatiaux prennent le pas sur les maritimes pour pimenter le final de l'intrigue, avec une jubilation certaine et un bel usage d'uchronie

Et avec ça, l'action ne retombe que pour mieux laisser place à l'émotion, notamment avec le Kraal qui m'a tiré la larmichette... Il a beau n'être qu'une machine, qu'est-ce qu'il est attachant!

"Puis, le dernier voyage vient. Alexandre retourne seul chez Altor, en scaphandre. Je reste encore un instant, assis dans mon ancien siège de pilotage.
- Tu devrais partir maintenant, Karban.
Un pâle sourire m'éclaire au son de cette voix si familière. Une foule de souvenirs se téléscopent derrière le brouillard de mes yeux. Je sais qu'il a raison ; à tout instant l'explosion peut nous transformer en lumière avec lui.
- Tu vas me manquer, fais-je en caressant du bout des doigts la console, comme je le ferais d'un visage.
- Je ne suis qu'une machine Karban, et, en tant que telle, je ne peux envisager de causer directement ta mort. Alors va-t-en, je t'en prie.
Interdit, je lève les yeux vers le système acoustique. C'est la première fois que l'ordinav me "prie", d'ordinaire, il suggère.
(...)
En longeant la coursive, je passe devant mes quartiers. Nombre d'images m'assaillent, comme si le Kraal me transférait directement toutes les données de ma vie. Au moment de commander l'ouverture de la porte extérieure du sas, je me retourne une dernière fois. L'ordi a éteint et tout est plongé dans le noir. C'est sans doute mieux ainsi ; à croire que cette machine était bien plus humaine que certains bipèdes que je connais."

Et encore, j'en parle pas aussi bien que je voudrais - je bloque sur cette chronique depuis des mois - mais c'est que c'est pas loin d'être un coup de coeur


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Ad Astra est donc bien un petit éditeur à suivre de près...

 

Léviathan, 1: La chute (Lionel Davoust)

Jusque là j'aimais toujours tout de Lionel Davoust, et j'étais très contente pour lui quand on a appris qu'il allait être édité pour un gros roman - et même une trilogie -, mais l'aspect "thriller à l'américaine" me laissait très dubitative: c'est un genre que j'ai généralement beaucoup de mal à apprécier, et un aspect qui peut me gâcher un bouquin s'il en use trop...
Mais bon, je n'aime pas les étiquettes, en en discutant avec lui il avait su adoucir mes réticences et évoquer d'autres éléments qui pouvaient me plaire, et je me devais d'essayer.

   

1984, au large des côtes canadiennes. Surpris par une redoutable tempête, le ferry Queen of Alberta fait nauffrage. Parmi les rares rescapés, le petit Michael Petersen, sept ans, a vu ses parents disparaître dans la tourmente.
2011, Los Angeles. Michael, désormais adulte et père d’un petit garçon, nourrit à l’égard de cette mer qui lui a tout pris une fascination mêlée de peur. Devenu chercheur en biologie marine, il se porte volontaire, malgré l’appréhension et la culpabilité d’abandonner les siens, pour une mission dans les glaces de l’Antarctique.
Or, il est loin de se douter que cette expédition suscite l’inquiétude au sein d’une mystérieuse organisation séculaire, le Comité, dont les membres ont développé au fil du temps des pouvoirs supérieurs aux capacités humaines.
Un de leurs agents, Masha, est personnellement chargé de veiller à la bonne marche d’une machination que le chercheur risquerait de mettre en péril. Ses directives sont claires : Michael ne doit jamais atteindre l’Antarctique. Cependant, Masha refuse d’accomplir aveuglément sa mission : elle est bien déterminée à percer le secret qui entoure Michael. Car ce dernier représente pour elle plus qu’une simple cible.
D’Amérique en Antarctique, de complots en trahisons, Michael et Masha, alliés qui s’ignorent, courent le risque de jouer contre leur propre camp, tout en s’exposant à la haine de leurs adversaires.
 
 
Pourtant, au début, j'ai effectivement eu du mal, pendant un certain temps - à peu près les 5 premiers chapitres. Ambiance californienne, états d'âmes et calculs des personnages: j'avais l'impression d'être dans une mauvaise série tv.
{moshide hidden Un exemple : (cliquez pour voir) |Exemple (cliquez pour replier)}"- En définitive, ton opinion est déjà faite, n'est-ce pas?
L'autre ouvrit les mains en signe d'innocence.
- Je demande seulement à voir. J'applique la méthode empirique: je cultive un doute raisonnable.
- Non, Joshua, chez toi, le doute est une façon polie de disconvenir. Michael secoua la tête avec dépit. Et dire que j'ai sincèrement cru que tu venais enterrer la hache de guerre.
- Encore une fois, c'est toi qui places le problème sur le plan personnel, répondit Sork sans se départir de sa pondération exaspérante. Moi, je suis un scientifique. Je me prononce sur des faits. Pour l'instants, ils sont contre toi, mais j'attends de juger sur pièces. Qui sait?
- Tu attends de juger! Pour qui tu te prends? éclata Michael, à bout. Je refuse de passer trois mois sous ta surveillance! Tu te crois meilleur que tout le monde, n'est-ce pas? Mais je ne vais pas me demander à chaque instant si le grand Joshua Sork approuve ou non ma conduite. Je ne suis pas un rat de laboratoire. Tu n'as aucun droit de me juger. C'est Jean-Claude, mon directeur, pas toi!
Le sourire de Sork s'élargit: il était visiblement ravi de la réaction qu'il avait déclenchée.
- Et c'est aussi ton ami. Une situation intéressante, n'est-ce pas?
Michael leva l'index tandis que se répandait dans ses veines une colère brûlante. Il chercha une répartie cinglante, mais son esprit ne lui offrait qu'un vide aveuglant. Et puis sa fureur se dégonfla comme un ballon crevé, et il n'éprouva plus qu'une terrible amertume. Il était naïf d'avoir cru mettre un terme à sept ans de mépris et d'hostilité, naïf d'avoir invité son rival dans sa propre maison, naïf, enfin, d'avoir fait confiance à sa bonne nature pour régler leur différend par la conciliation. Cet homme-là était un vrai poison."
{/moshide} Plus tard ça prend tout son sens, mais sur le coup je trouvais ça tellement superficiel et convenu au possible...


Et pour alterner, à peine quelques parenthèses avec des agents secrets, assez traditionnel là aussi.
Malgré tout, ce côté-là intrigue, petit à petit l'intérêt s'éveille imperceptiblement, jusqu'à la révélation vers la fin du cinquième chapitre qui laisse pantois.
Je ne l'avais pas vu venir, et j'ai relu la phrase plusieurs fois en me demandant comment c'était possible, puis en me disant que c'était assez énorme et très finement amené.
A partir de là, j'étais mordue, et je n'ai plus vu le temps passer jusqu'à la fin du livre.

Il y a un très bon suspense, et beaucoup de choses intéressantes dans ces notions de Jeu Supérieur, Voies de la Main Droite et de la Main Gauche, les magies de l'ardence et de l'accomodat...

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"Mais qu'espérait-elle? Qu'il se penche vers elle d'un air conspirateur et lui murmure: 'Oui, madame, Julius Ormond a tout manigancé pour le compte du Comité
'? Le groupement oeuvrait dans la clandestinité la plus totale depuis des siècles et les sociétés prétendument secrètes connues du public - francs-maçons et autres Rose-Croix - n'étaient que de simples pions sur l'échiquier du Jeu Supérieur. Elle ne pouvait pas s'attendre à ce que leurs activités laissent des traces grossièrement visibles."

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"Seule une douleur lancinante dans ses reins lui rappelait l'exaltation de la bataille, la nuit précédente. Ne restait de l'ardence, l'exaltation sauvage de continuer à vivre, que cette part de tension sourde qu'on appelle l'angoisse - et l'angoisse engourdissait la volonté. Or, la volonté était mère de l'action ; quand elle était parfaite, l'action qui en découlait l'était aussi. C'était en cela que le doute était le pire ennemi du mage."

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"Des évènements improbables pouvaient survenir, évidemment. Mais la coïncidence lui parut suspecte. Il y avait toujours une cause, fût-elle non linéaire: une résonance, une synchronicité."
(mon dieu, ça me rappelle cruellement ma lecture de P. Sébastien )
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"Julius Ormond était donc un homme raisonnablement inquiet, et frustré, et frustré. Ce dernier point le rendait particulièrement furieux. Il détestait la frustration. Quand il voyait quelque chose qui lui plaisait, il le prenait. C'était ce qu'il préférait dans l'enseignement de la Main Gauche: le pouvoir. Le pouvoir permettait la satisfaction des désirs."


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Il y a aussi une grande psychologie des personnages, qui devient toujours plus intéressante à mesure qu'on en apprend plus sur les tenants et aboutissants, les enjeux et le passé de chacun.
Et plus on avance, plus on découvre l'emprise du Comité, et à quel point l'entourage de Michael est habilement infiltré, on en vient à se poser la question pour tout le monde, c'est assez impressionnant...

 Le titre de ce tome, "La chute", est particulièrement approprié, on en a des évocations à plusieurs reprises et ça identifie parfaitement le processus qui se met en place tout du long.

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"C'est une perpétuelle descente, une chute sans fin vers les profondeurs de l'oubli et de la mort, toujours plus bas. Bientôt le tombeau aveugle de l'océan se refermera sur eux et les broiera de sa haine."
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"Michael connut alors son premier véritable vertige depuis le début de la traversée. La navire bascula vers l'arrière pour escalader une vague et le biologiste eut l'immpression de tomber à travers le hublot, vers l'obscurité sans fin de la tempête. Il serra la mâchoire, agrippa les rambardes à s'en démettre les jointures, mais il fut incapable de fermer les paupières, aussi captivé qu'horrifié par cette perspective, tandis qu'il sentiait la gravité adopter une direction contre nature. Toute pensée déserta son esprit et il ne fut plus qu'une sensation brute, celle de cette chute immobile - de cette attraction irrésistible vers les eaux glacées, les profondeurs et l'oubli."


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Et bien sûr la mer est très présente - normal pour le milieu de prédilection de l'auteur, qui d'ailleurs nous happe avec brio dans sa passion. Elle tient la place d'un personnage à part entière, et on comprend la fascination contradictoire qu'elle exerce sur Michael Petersen...

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"La mer lui avait pris les siens, pourtant, il lui avait voué sa vie. rien que cela tenait du mystère.
D'une manière ou d'une autre, il lui revenait toujours. Il s'accroupit et posa la main sur le film aquatique. Celui-ci adhéra aussitôt à sa paume et la lui chatouilla. Tension de surface, capillarité: des phénomènes très simples qu'un physicien savait parfaitement mettre en équation. Mais Michael, en être humain doué de raison et d'émotion, eut plutôt l'impression de sentir un chat qui venait quémander la caresse pour se faire pardonner d'une grosse bêtise."
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"Il comprenait pourquoi les hommes du passé avaient peuplé leur monde de puissances, de divinités et de démons. Ce n'était pas, comme il l'avait longtemps formulé, pour donner un sens à ce qu'ils ne comprenaient pas, mais pour rendre compte de l'immensité proprement ahurissante de la réalité qui les entourait."

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Et enfin, il y a ce style très fluide et maîtrisé, vivant et précis, qui est toujours un plaisir à lire.

Je dirais aussi que ce livre est à la limite de la SFFF, avec seulement quelques petites touches de fantastique (d'ailleurs je découvre que l'éditeur Don Quichotte est une marque du groupe Le Seuil, éminentes éditions de littérature blanche s'il en est), et peut-être que ça pourrait donner une nouvelle occasion d'amener des frileux vers la SFFF, qui sait?
(quoique, les plus rétifs risquent d'être rebutés malgré tout par l'usage d'une magie d'aspect plus traditionnel vers la fin, mais ça reste à tenter...)

Voilà, au final c'est une lecture qui s'est révélée très prenante et addictive, maintenant j'ai vraiment envie de lire la suite

 

L'invention de Hugo Cabret (Brian Szelnick)

Le film m'avait assez plu mais m'avait un poil chiffonnée, et en découvrant qu'il était tiré d'un livre j'en avais été très curieuse et j'y avais placé l'espoir d'y retrouver les bonnes idées du film sans ses défauts.
C'est gagné

           

Hugo Cabret est un orphelin. Son oncle l’héberge dans les combles de la gare dont il est chargé de régler les horloges. Or, le garçon a une obsession : achever de réparer l’automate sur lequel son père travaillait avant de mourir dans l’incendie du musée où il était employé. Hugo est persuadé que cet automate a un important message à  lui délivrer…

Une fillette amoureuse des livres, un vieux marchand de jouets, hargneux, une clé volée, un dessin mystérieux, un précieux carnet de croquis forment les rouages de cette fascinante énigme.
Brian Selznick, à fois conteur, dessinateur et concepteur de livres, mêle l’illustration, le roman en image et le cinéma pour créer une forme de récit inédite et offrir au lecteur une expérience unique.

D'abord, y'a pas à dire, pour l'ambiance le livre se pose là.
Rien que la couverture et la mise en page intérieure, c'est très classe et vintage.
Ca rappelle les grands classiques du genre, tout en restant très original.
Et les imges les plus esthétiques qui justifiaient le film prennent ici toute leur valeur, avec une finesse des traits et une douceur du dessin absolument remarquables.

     


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"Au matin, les horloges de la gare attendent, comme toujours.
Sa tournée terminée, Hugo se lave le visage et les mains dans sa cuvette. Il a soif et très envie d'une tasse de café bien chaud. C'est impossible à voler, il faut qu'on vous le serve. En fouillant ses bocaux, il récupère quelques pièces.
Assis seul à une table, il commande son café. Il préfère payer quand il le peut avec la menue monnaie qu'il ramasse ici et là pendant la semaine, et il veille à ne pas dérober ce dont d'autres risquent d'avoir besoin. Ses vêtements proviennent des objets trouvés, il fait les poubelles pour y prendre du pain dur. Parfois, tôt le matin, il s'autorise à chaparder une bouteille de lait frais ou une pâtisserie sur la terrasse du café, comme son oncle le lui a enseigné. Les jouets sont une exception évidente au règles qu'il s'est données.
Le café est trop chaud. Pendant qu'il refroidit, Hugo regarde la foule des voyageurs qui se hâte à travers l'immense gare vers des milliers de destinations. Lorsqu'il les observe d'en haut, il les voit comme les rouages d'une grande machine tourbillonnante, mais, d'en bas, ce n'est plus que cohue bruyante et bousculade sans rime ni raison."


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Les personnages y sont beaucoup plus naturels, on est tout de suite en phase avec chacun d'eux - et ça pour moi c'est la grande différence qui change tout par rapport au film ^^

  

Et par sa forme, ce livre est très intéressant: quelques pages de texte régulièrement entrecoupées d'une belle illustration, mais aussi souvent toute une séquence de pages d'ilustrations, sans paroles, comme des instantanés.

Ca rend l'ouvrage très vivant, et ça ponctue le texte de petites pauses qui lui donnent un peu de recul, de perspective: c'est très agréable!



L'hommage à l'histoire des débuts du cinéma et de ce génie qu'était Georges Méliès sonne aussi juste que dans le film, avec juste cette petite touche supplémentaire d'authenticité et d'émotion que le livre fait ressortir...



"Il a mis un genou à terre pour me murmurer à l'oreille:
- Si tu te demandes parfois d'où viennent les rêves que tu fais la nuit, regarde bien autour de toi. C'est ici que nous les créons."

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D'ailleurs en préparant cette chronique j'ai été bluffée en découvrant à quel point l'inspiration de cette histoire est véridique et basée sur le Georges Méliès historique:




J'ignorais qu'il avait vraiment tenu un magasin de confiserie et jouets à la gare Montparnasse... Il faut vraiment qu'un jour je me plonge à fond dans l'oeuvre et la vie de ce bonhomme

Voilà voilà, je suis donc totalement confirmée quand mon impression et je reste bien plus enchantée par le livre que par le film, bien que ce dernier gagne beaucoup au complément de la lecture.

Enfin, j'ai pas pour habitude d'en chercher plus sur l'auteur, mais au hasard de mes p'tites recherches je suis tombée en arrêt sur cette photo de Brian Selznick:




Ca me semble idéal pour conclure, si ce n'est que j'ajouterai que j'ai bien l'intention de chercher à lire le reste de son oeuvre par la suite

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Et bien sûr, je l'inclus à ma participation au Défi Steampunk, je le passe donc au mano-steampunkomètre:

   

- Technologie uchronique = 0/10 > non, originale mais historique
- Dirigeables = 0/10 > aucun
- Automates = 10/10 > complètement!
- Goggles = 0/10 > non
- Machines à vapeur = 4/10 > un peu, les trains...
- Savant fou = 5/10 > un peu aussi, avec Méliès
- Ère victorienne = 7/10 > Belle Epoque, pour moi ça compte aussi
- Métal riveté (mécanique) = 7/10 > un peu sur les horloges, les trains, l'automate...
- Engrenages = 10/10 > carrément, les horloges surtout.
- Célébrités d'époque = 8/10 > seulement Méliès, mais très présent.

Et nous voilà avec un total de steampunkitude de: 51%