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Abraca*Bibli

Neuromancien (William Gibson)

A l'occasion de sa venue initialement prévue aux Utos 2013, j'ai voulu en profiter pour m'intéresser à William Gibson, le père du cyberpunk.

Eh ben, j'ai envie de dire... non.

neuromancien-gibson

Jusqu'à aujourd'hui, Case était le meilleur hacker à croiser sur les autoroutes de l'information. Le cerveau directement relié à la matrice, il savait comme personne se frayer un chemin parmi les labyrinthes du cyberspace et pirater des données confidentielles pour le compte de ses clients richissimes.
Mais il a commis l'erreur de vouloir doubler un de ses employeurs qui, en guise de représailles, l'a amputé de son système nerveux, le privant ainsi de son accès à la matrice. De retour dans la prison de chair de son corps, Case tente de s'échapper à nouveau par le biais des drogues, jusqu'à ce qu'une obscure conspiration lui offre une seconde chance... mais à quel prix?

Eh ben pfouh, je l'ai trouvé très indigeste.
Le concept est central mais plutôt abstrait, l'intrigue traîne en longueur et les personnages n'ont rien d'attachant (malgré la maigre tentative d'ancre affective avec Linda Lee) ; c'est plat, confus, répétitif, et finalement assez creux...

Et je ne sais pas si la traduction y est pour grand chose, notamment pour le parler vulgaire et l'argot (mais elle a peut-être été révisée depuis, c'est la première édition française que j'ai emprunté), mais j'ai plutôt l'impression que c'est le style qui péche dès la base...

Je l'ai quand même fini, parce que je suis persévérante et que dans le dernier quart j'ai cru que ça démarrait enfin pour de bon, mais c'est vite retombé.

Alors j'ai peut-être raté quelque chose, et je crois que je peux concevoir la révolution science-fictionnelle que ça a été pour l'époque, mais je m'attendais à mieux et je suis un peu déçue.

Je retenterai peut-être avec un titre plus récent, et j'attend avec curiosité de lire sa nouvelle dans l'antho des utopiales, mais pour le classique j'en resterai là


* * *

"La Villa Lumierrante ne connaît aucun ciel, préenregistré ou autre.

Au noyau de silicone de la Villa se trouve une pièce exigüe, unique salle rectiligne de tout le complexe. C'est ici, sur un banal piédestal de verr, que repose un buste décoré, en émail cloisonné de platine, incrusté de perles et de lapis-lazuli. Les billes éclatantes de ses yeux ont été taillées dans le rubis sythétique des hublots du vaisseau qui a fait monter le premier Tessier en haut du puits avant de redescendre chercher le premier Ashpool...
La tête se tut.
- Eh bien? demanda Case, s'attendant presque à voir l'objet lui répondre.
- C'est tout ce qu'elle a écrit, dit le Finnois. Elle ne l'a jamais achevé. Ce n'était qu'une gosse, à l'époque. Cet objet est un terminal de cérémonie, en quelque sorte. Mais j'ai besoin que Molly se trouve ici, avec le mot juste, au bon moment. C'est la question-piège. Tu peux t'enfoncer tant que tu veux avec ton Trait-plat et ce virus chinois, cette chose n'en a rien à secouer tant qu'elle n'aura pas entendu le mot magique...
(...)
- Que se passe-t-il, alors?

- Je n'existe plus, après ça. Je cesse.
- Personnellement je n'y vois pas d'inconvénient, dit Case.
- Bien sûr. Mais fais gaffe à tes miches, Case. Mon..., euh, mon autre lobe est sur nous, apparemment. Un buisson ardent peut en cacher un autre. Et Armitage s'est mis en branle.

- Ce qui veut dire?
Mais la porte cloisonnée se repliait déjà selon une douzaine d'angles impossibles, culbutant dans le cyberspace comme une grue en origami."

* * *



EDIT 13/01/14: J'avais complètement oublié, mais en fait cette lecture constitue ma deuxième participation au Challenge des Chefs-d'Oeuvre de la SFFF chez Snow ! schesh

 

Le visage de la bête (Romain Billot)

Voilà une nouvelle qui m'est revenue en tête pendant que je chroniquais L'antho noire pour nuits blanches, sûrement parce que je l'avais lue à peu près au même moment (sur le blog de Romain Billot) et que cette lecture en était une bonne continuité dans le thème..

billot-visage-bete

Et elle m'a marquée.

C'est l'histoire d'un "drame passionnel" comme dans les faits divers... avec une part de surnaturel en plus.

"La neige tombait si abondamment qu’Alice ne distinguait presque plus la route. Les essuie-glaces balayaient en grinçant les flocons qui s’abattaient sur le pare-brise. Il faisait nuit. La lande disparaissait sous l’épais manteau blanc."

C'est la fuite d'une femme battue, revenue de ses illusions, jusqu'à enfin se rendre à l'évidence et tenter de réagir - jusqu'au point de non-retour, et la dernière décision possible: se sauver tant qu'elle le peut encore.

Mais les petites routes de montagne en hiver ne sont pas sûres, surtout quand on a les nerfs en pelote... Et le maigre plan de rejoindre un semblant de civilisation et le début d'une nouvelle vie, déjà incertain en songeant à l'opiniâtreté de son tortionnaire, se retrouve réduit à la simple survie, livrée à elle-même au beau milieu de la campagne désertique et enneigée, hantée par ses traumatismes enfouis et ses peurs ancestrales (sans parler de l'état de choc).

L'égarement est physique et mental, oscillant entre terreur incontrôlée et les tentatives de se reprendre, de s'accrocher aux minuscules lueurs d'espoir de salut...

"La fugitive sentit la peur se frayer un passage à grands coups de griffes dans son esprit. Elle était victime d’une hallucination. Il n’y avait rien. "Je déraille à cause du froid, de l’épuisement…" se rassura-t-elle.
Tout cela faisait resurgir de vieilles terreurs enfouies en elle. Il fallait  se ressaisir si elle voulait s’en sortir."


Elle affronte ses démons, dont le pire est la dure réalité de sa Némésis déjà lancé sur ses traces, la traquant comme un prédateur en chasse.

Au royaume de la sauvagerie, c'est toujours l'instinct qui finit par parler, quitte à basculer dans la folie la plus dérangeante.

"A l’instant où il fut suffisamment près, il sursauta en découvrant la figure sanglante et blafarde de sa femme, ses lèvres presque bleues, ses grands yeux noirs brûlants d’un feu qu’il ne lui connaissait pas."

*


C'est vraiment bien ficelé, et ça se relit volontiers pour mieux comprendre les implications de la chute. Et c'est très bien écrit, malgré une petite poignée de coquilles qu'on oublie vite.

Ce texte mérite bel et bien le Prix Merlin 2012 (quoi qu'on puisse penser de ce prix, moi la première), et sa publication dans deux fanzines et anthologies.

* * *


Et c'est à la fois ma deuxième participation au challenge JLNN de chez Lune, et ma participation poltergeist au Challenge Halloween 2013 de Lou & Hilde !

   

 

Antho-Noire ...pour Nuits Blanches (collectif)

 J'avais commencé à m'intéresser à cette anthologie juste parce que ma coupine Sol² avait tenté l'Appel à Textes.
Et puis, j'ai aimé le concept du titre, et l'illustration de couverture... Au final j'étais vraiment très curieuse de voir ça de plus près


antho-noire-nuits-blanches

...du fantastique au polar ...du steampunk à l'humour noir
Quinze nouvelles qui vous laisseront toutes un étrange goût de sang dans la bouche !
Pour cela retrouvez tous les quatorze auteurs de ces histoires et venez frissonner avec eux jusqu'au bout de la nuit !


Le jeu de mot sur l'entonnoir est bien sûr le fil conducteur, servi à toutes les sauces, jusqu'aux photos retouchées des auteurs dans leur présentation avant leur texte
J'ai par contre plus de mal avec le smiley imprimé dans chacune ces présentations, mais ce n'est qu'un détail.

Dans l'ensemble, c'est surtout une anthologie amateur partie d'une idée un peu folle, et en tant que telle c'est vraiment pas mal !

Comme d'habitude, je reprend chaque texte en quelques mots...

* * *
* *
*
** Le gant noir (Sylvie Arnoux)
J'aime bien celle-là, la chute est bonne, bien amenée, et ça ajoute un autre vision sur le texte ^^

"Un râle lui parvient à travers la porte. Elle reconnaît son prénom: 'Juuuuuuuuuuuuuuuulieeee !' Mon Dieu ! Ce pervers la traque donc depuis des jours ; il l'a repérée comme on repère une proie. Il sait tout d'elle puisqu'il connaît son prénom, son adresse, et même son lieu de travail. Car elle en est sûre maintenant, il l'a suivie depuis qu'elle a quitté le bureau."

 *
**Histoire de l'entonnoir (Elodie Baillot aka Péléane)
Celle-ci tient en deux pages, et elle est toute mignonne ! C'est inattendu et une bonne idée.

"Je suis un entonnoir et je viens juste de sortir de l'usine pour être vendu en magasin. Dans les rayons, nous sommes plusieurs et nous nous demandons à quoi on peut bien servir."
 
*
**Ordinem Niger Caprarum (Rémy Catalan)
Ouch, celle-là, elle est dure. Très sombre, extrêmement cynique et désabusée... Et c'est assez percutant de réalisme.

"Chaque cellule de l'Ordre est une entité unique, close, égocentrée sur elle seule et versée dans un occultisme provincial dévoué à la fin des temps. Et si toutes ces cellules embrassent la même cause, chacune dévoie à sa manière l'idéologie originelle ; c'est ainsi que dans la consanguinité métaphysique sont nées les névroses mortifères les plus démoniaques, grandes consommatrices de vierges dont il est le pourvoyeur."
 
 *
**Les vieilles (Sophie Dabat)
Ah! Une auteure que j'ai déjà vue (brièvement) en festis/salons ^^
Cette nouvelle est originale aussi, ambiance polar franchouillard en plein Marseille, saupoudrée d'humour... Petit bémol: j'ai trouvé le ton parfois un peu forcé, et la chute un peu faiblarde. Mais ça reste un texte bien sympa!

"Chaque fois qu'une sortait de la salle, elle prévenait la suivante, 'pour vous éviter d'avoir à monter les escaliers, par cette chaleur' et les deux inspecteurs n'avaient eu que le temps d'aller boire un verre d'eau en catastrophe entre chaque déposition. Ils en seraient presque venus à admirer les vieillardes pour leur endurance, s'ils ne les avaient pas déjà haïes de leur imposer ça."


 *
**Le maître du temps (Delphine Dumouchel aka Kinder Phinette)
Londres victorienne, montre magique et rêves déments de coeur mécanique... Les ingrédients sont très bons. Hélàs, là aussi j'ai trouvé le ton un peu forcé, le style parfois trop didactique... Dommage, ça freine un bon potentiel.

"L'air est froid dans les rues de Londres, mais pas aussi glacial que le regard de Tempus. Le maître du temps, comme il aime se nommer, est debout dans l'obscurité d'une ruelle crasseuse. Il contemple sa nouvelle oeuvre, sa jeune victime semble désarticulée telle une poupée de chiffon."

*
**L'héritier de Lucifer (Anne Feugnet)
J'aime beaucoup celle-ci, du fantastique bien écrit, avec la bonne dose de réalisme et d'ambiance bien réussis.

"A le côtoyer quotidiennement, il m'arrive parfois de me demander si le mutisme de Maxence n'est pas volontaire. J'en ai parlé au docteur Calfan, c'est son psychiatre référant, un médecin d'une rare compétence, très à l'écoute de ses patients et des observations de l'équipe médicale. Je ne suis qu'une modeste infirmière, mais je n'étais pas peu fière quand il m'a dit penser la même chose, tout comme les médecins qui l'ont soumis à toute une batterie d'examens après le drame."
 
*
**Massacre au nylon (Barbara Fouquin)
Très bien aussi, celle-là! Comme dans "Histoire d'un entonnoir", on donne la parole et le point de vue d'un objet, ici c'est juste un peu plus long et donc ça va un peu plus loin ^^ Dans un bon style, aussi.

"Et moi, je me glissai telle une anguille sous la table rouge sang du bar. L'atmosphère enfumée de l'endroit me comblait, j'avais les fibres qui s'éveillaient, l'extase n'était pas loin."
 
 *
**Le noir en ent'onnoir (petit entracte offert par Delphine Dumouchel)

Un joli calligramme pour marquer une pause dans le recueil ^^

*
**Les confitures d'Angeline (Corinne Gatel-Chol)
Là aussi, un très bon texte, avec une atmosphère très présente.

"Soudain, quelqu'un sonna. Elle sursauta, prête à ronchonner, car, comme tous les artistes, elle n'aimait guère être dérangée en pleine création. Toutefois, étant foncièrement de nature délicieuse, aimable et plaisante, à tous petits pas feutrés tous petits pas calculés, elle se dirigea doucettement pressée, vers la porte qu'elle ouvrit."

*
**De l'intérieur (Kyoko)
Très sombre, un suspense et une atmosphère bien plantés ici aussi...

"La boîte contenait une splendide poupée. Son teint pâle, ses joues roses, ses boucles blondes, ses yeux bleus, sa tenue de dentelle rouge et blanche assortie au chapeau... Elle était la poupée que Célia avait toujours rêvé d'avoir."

 

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**Le sang noir (Lanael Logan)
Un texte plutôt fantasy, très bien ficelé et tourné. Et ça fait plaisir de voir aussi ce genre parmi la grande diversité de cette antho ^^

"Ses yeux masqués par un étrange dispositif fait de métal et de verres bleutés intriguaient les clients, mais aucun n'était assez courageux pour lui en demander l'utilité. Ses longs cheveux blonds, nattés, retombaient sur son épaule gauche. Sa puissance le mettait à l'abri de beaucoup de problèmes, mais pouvait aussi en être la cause.
Il ne bougeait donc pas. Il attendait."
 
 *
**La trame du temps (Menerahn)
J'ai particulièrement aimé celui-ci, un polar fantastique très réussi et bien foutu, avec des personnages géniaux ^^

"Quelque chose n'allait pas, pensa Tabatha en fixant l'écran. Elle n'avait pas pour habitude de se mêler des affaires judiciaires, mais une phrase de la journaliste avait retenu son attention. Comment avait-elle dit que les filles s'appelaient?"

 

 *
**Jamais seul (Solenne Pourbaix)
Honnêtement, et aussi objectivement que possible, je crois que c'est un des meilleurs textes de ma coupine.
Du fantastique légèrement détourné, on pense à la schizophrénie, à la manipulation, aux logiques psychopathiques et enfantines... Ca fait froid dans le dos avec le minimum d'éléments surnaturels, voire aucun selon la lecture qu'on en fait.

"Quand il s'affala sur son lit, en colère contre la terre entière, il entendit soudain quelque chose bouger. Il tourna la tête vers son placard et vit une ombre pleine de points lumineux qui le regardait.
- Tu es là?
Glissant dans les ombres de la chambre, la chose vint s'installer sous le lit. Nathan se laissa lui aussi glisser par terre et sourit."

 *
**Bêtise (Béatrice Ruffié Lacas)
Un bon texte là aussi, psychologique et réaliste, en à peine quatre pages une progression évasive mais vers les deux derniers paragraphes percutants.
 
"Bien que le thermostat soit réglé sur vingt degrés, elle frissonnait. Elle sortit le plaid du coffre et s'enroula à l'intérieur. Elle se sentit tout de suite mieux et se dit qu'elle allait enfin pouvoir se reposer. La journée avait été longue et à cette heure tardive, d'ordinaire, elle dormait depuis bien longtemps."

*
**A jamais réunis (Jérémy Semet)
J'ai moins accroché à celle-ci, je ne sais pas trop pourquoi. Peut-être une certaine froideur dans le thème qui m'a moins parlé...

"La centrifugeuse ronronnait faiblement et les tubes disposés en croix tournoyaient comme les pales d'une hélice en plein vol. Les appels s'étaient multipliés, mais Tom n'y avait pas répondu. Qu'aurait-il pu lui dire?"
 
*
**BONUS : Les dernières corrections de Cali (Collectif)
Une nouvelle écrite à 14 mains, sur le principe du cadavre exquis, avec un nom de personnage imposé (d'après la gagnante d'un concours organisé spécialement à cette intention).
Evidemment, c'est très touffu - bien que ça garde une certaine cohérence pour un tel défi, mais il y a aussi une espèce de rythme saccadé, des décalages de styles, je ne sais pas trop exactement, toujours est-il que je n'arrive pas à apprécier le texte en lui-même.
Cela dit, si on garde en tête toutes les contraintes et les conditions de son écriture, c'est un sacré délire qui est assez marrant à lire, on imagine bien les pièges et patates chaudes que les auteurs se sont refilés les uns aux autres ^^

"Cali, les yeux écarquillés, tomba à la renverse. Après quelques minutes, la douce reprit ses esprits et s'aperçut qu'elle tenait entre ses mains le fameux livre qu'elle devait corriger.
L'arme, l'homme, la neige... plus rien! Elle ouvrit le livre, les écritures avaient disparu, juste une seule phrase restait et on pouvait lire:
'Tu m'as lu, tu m'as tué, tu dois me retrouver...' "

*
* *

Dans tout ça, il y a donc pas mal de bonnes choses, malgré les quelques textes moins aimés, inévitables à chaque anthologie, et les quelques maladresses de style et fautes récalcitrantes ici et là, mais qui restent en proportions très correctes pour un projet amateur - qui à ce titre tient plutôt bien la route.

**
***
Or donc, il se trouve que j'en ai gagné un exemplaire supplémentaire lors d'un concours organisé par La Cabane à Mots, et je vais donc bientôt l'offrir à mon tour ici-même... stay tuned !
*

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...D'autant plus que c'est ma première chronique pour le challenge JLNN de chez Lune !

jlnn challenge lune

CITRIQ

 

Extraits des archives du district (Kenneth Bernard)

J'ai obtenu ce livre lors de l'opération Masse Critique en septembre dernier sur Babelio. Parmi mes demandes, c'était un de mes choix complètement inconnus misant sur la découverte, parce qu'il me semblait avoir de quoi faire une bonne dystopie... Et c'est bien le cas ^^

Extraits-des-archives-du-district


Dans un monde délabré et sans nom, un homme, dit "la Taupe", écrit son journal. Il mène une vie banale, organisée autour de quelques obsessions quotidiennes: acheter de quoi manger, attendre à la banque, aller à la poste, éviter un voisin brutal.
Ses déboires prêtent à rire... jusqu'à ce qu'on découvre que le district de sa ville est placé sous le contrôle d'une administration mystérieuse, qui surveille les habitants et tient des archives sur chacun d'eux.
Passé un certain âge, la population doit rejoindre des clubs d'enterrement. Des personnes disparaissent, d'autres sont sauvagement battues. Des groupes de résistants se réunissent dans la clandestinité.
La Taupe, seul, misérable et craintif, va tenter d'échapper à ce monde clos.


Ca commence plutôt gentiment, en effet, on pourrait même s'ennuyer si on n'a pas l'optique d'une analyse de société. Ca ressemble au bavardage anodin d'un vieux monsieur comme on en connaît tous, qui s'interroge sur la vie privée de ses compatriotes et râle contre le système de file unique en serpentin pour plusieurs guichets à la banque, ou contre le comportement des caissières.

Le style est riche mais prosaïque, s'attachant à décrire méticuleusement le quotidien du narrateur, le monde dans lequel il vit autant que ses constatations et interrogations minimes.

Très vite, pourtant, on est frappé par la violence et le surcontrôle qui émanent de cette société...
Et cela va s'accentuer particulièrement quand le narrateur aborde le sujet des clubs d'enterrement, obligatoires pour les personnes âgées (qui semblent être considérées comme telles dès la cinquantaine), un système extrêmement régulé qui révèle d'autant plus un totalitarisme pur et dur - à nos yeux de lecteur extérieur et averti, bien sûr.

Notre narrateur se questionne de plus en plus, à mesure que certains points le dérangent, et frôle d'autres rebelles clandestins qui réalisent comme lui que quelque chose n'est pas normal, quelque chose ne tourne pas rond dans cette façon de régenter les vies de chacun.

Peu à peu, il se rebelle très prudemment, puis repousse ses limites, jusqu'au point de non-retour: le danger existe bel et bien pour ce genre de personnes, contestataires - même si ce n'est qu'en catimini et en sourdine - et donc indésirables pour le système.

C'est bien écrit et bien pensé, j'ai été complètement immergée durant les quelques jours de ma lecture, je me suis attachée à ce Taupe qui s'accroche aux plus belles valeurs de l'humanité, et j'ai frémi face à ce système si pervers, qui maintient une façade proprette tant qu'on n'y gratte pas trop sous peine de révéler sa toute-puissance froide, aliénatrice et corrosive...

Bien souvent on ne peut s'empêcher de faire des parallèles avec notre propre société, et le trait n'est pas nécessairement beaucoup forcé. Et pour un livre qui a déjà vingt ans, ça n'a guère vieilli !

* * *
* *
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* Le coin des citations *
*

"Sans le moindre doute, il s'agit d'une société en miniature, mais une société malgré tout, avec l'essentiel de ses dynamiques, toutes assourdies qu'elles soient. Ce pourrait même être une représentation réaliste de notre monde: une sorte de pyramide renversée dont l'issue naturelle est une société, statique et silencieuse, d'un homme seul au fond d'un trou."

*

"Nous avions beaucoup de choses en commun, en particulier un amour pour tout ce qui était fantastique. Jiri aimait mes histoires quand il allait se coucher, et parfois il inventait ses propres histoires, que je trouvais vraiment bonnes. Nous avions découvert plusieurs séries de vieux recueils de contes de fées et nous y trouvions tous deux un plaisir immense.
[...]
Certaines rues, certains murs semblaient bel et bien nous parler, nous communiquer un peu de ce dont ils avaient été les témoins muets. A cet égard, les taches et les décolorations des murs étaient pour nous comme les cartes de nouveaux royaumes, et nous les examinions avec respect, avançant parfois une explication ou une description, en général assez sombre, car telle était notre inclination.
[...]
Et puis tout a changé (...) Quand je lui proposais ses contes de fées, il était évasif et embarrassé. Son esprit ne pouvait pas comprendre pourquoi je lui demandais de rester un enfant. En même temps il était en colère contre moi parce qu'un plaisir avait disparu de sa vie et que, d'une façon ou d'une autre, ça devait être de ma faute."


*

"Tout comme j'ai lu l'histoire dans la pierre, je vois la beauté dans les décombres. Nous créons nos propres frontières, nos propres limites. Grossie, toute beauté est hideuse. Nos yeux sont comme des microscopes et des télescopes. Ils se posent où ils veulent, ou bien sont orientés, et envoient sa dose au cerveau.
J'aime les marges."

*

"Ce n'est pas seulement que tout m'incite à croire à la magie ; j'y crois. Car la magie est l'un des langages du monde silencieux dans lequel j'ai emménagé."

*
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***

Je remercie les éditions Attila et le site Babelio qui m'ont offert ce livre dans le cadre de l'opération Masse Critique

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CITRIQ

 

Le Trône de fer, intégrale 1 [A Game of Thrones] (G.R.R. Martin)

Bon, Le Trône de Fer, j'en entend parler depuis des lustres, et de plus en plus, et toujours en bien. Mon premier réflexe de réticence face au phénomène de masse est depuis longtemps passé, ma curiosité prenant le dessus et étant alléchée par tout ce que j'en entend dire. La série tv m'intrigue aussi.

J'ai donc fini par en attaquer la lecture. Et maintenant que j'ai l'expérience du charcutage éditorial français (suite à mes lectures de Robin Hobb), on ne m'y reprendra pas deux fois: j'ai choisi dès le départ de lire et chroniquer dans l'ordre et le découpage de la V.O. (à défaut de lire la V.O. directement, par manque de temps), selon les 5 tomes initialement conçus par l'auteur plutôt que le grand n'importe nawak des 15 morceaux repris en 5 "intégrales" qui ne font que restituer le découpage original qui n'aurait jamais dû être explosé de la sorte. Mais bon, passons ^^


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Après avoir tué le monarque dément Aerys II Targaryen, Robert Baratheon est devenu le nouveau souverain du royaume des Sept Couronnes. Tandis qu’en son domaine de Winterfell, son fidèle ami le Duc Eddard Stark rend paisiblement la justice. Mais un jour, le roi Robert lui rend visite, porteur de sombres nouvelles : le trône est en péril. Stark, qui s’est toujours tenu éloigné des affaires du pouvoir, doit alors abandonner les terres du Nord pour rejoindre la cour et ses intrigues. L’heure est grave, d’autant qu’au-delà du Mur qui protège le royaume depuis des siècles, d’étranges créatures rôdent.
Mais comment protéger le roi Robert Baratheon des complots alors que celui-ci, imprévisible, n'aspire qu'à braver le danger ? Comment imposer la paix à des barons qui ne rêvent que de batailles et de pouvoir, et de plus, comment résister a cet engrenage infernal alors qu'au-delà des mers, une armée s'assemble pour fondre sur le royaume ?

Le chaos et la guerre semblent inévitables...

De tout ce qu'on m'avait dit, j'avais aussi retenu quand même deux a-priori négatifs: la traduction des premiers tomes qui paraît-il pouvait laisser à désirer, et la complexe multitude de personnages à rattacher à leurs familles et clans, ainsi que leurs alliances et tensions, et bien sûr leurs intérêts et devoirs personnels.

Comme je n'ai pas lu la V.O., je ne peux pas juger de la fidélité de la traduction, mais elle ne m'a pas fait tiquer. Certaines tournures (pseudo-)archaïques sont effectivement spéciales, mais ça ne m'a pas dérangé, bien au contraire!

Et je n'ai eu aucun mal à m'y retrouver dans les personnages, certes nombreux et avec des liens de parenté et d'arrangement et des intérêts multiples, et souvent désignés tantôt par des diminutifs, tantôt par leur nom plus ou moins complet ou des paraphrases, mais tous bien marqués de leur identité propre qui aide à les repérer.

Pour le reste, ma foi, c'est assez plaisant, ça tient plutôt bien en haleine... L'univers de dark med, si j'ose tenter une étiquette, est bien planté, les intrigues aussi avec toutes les implications imbriquées, les revirements et les tactiques dans le jeu des trônes et des vies, et les personnages sont tous très intéressants et bien creusés.

J'ai une nette préférence pour Tyrion, le nain retors et sarcastique, et Arya, la garçon manqué qui s'échappe des convenances à la moindre occasion.
J'aime beaucoup Luwin, la figure de vieux-barbu-sage-espiègle que j'affectionne à peu près partout où il y en a un représentant
J'aime beaucoup aussi Daenerys, la princesse déchue que son frère fou martyrise, la khaleesi aux oeufs de dragon. Elle me touche particulièrement, et je la sens très prometteuse.

Par moments j'aime bien Jon Snow et sa lucidité de marginal par son staut d'enfant bâtard, mais il tombe un peu trop dans le mélo à mon goût... Tout comme Ned Stark, toujours pris entre deux feux.

Les tournois de joute m'ont rappelé ma lecture d'Ivanhoé quand j'étais ado biggrin
Mais j'ai plus aimé les batailles arf
En général je m'ennuie vite des manigances et autres jeux d'influence et de pouvoir, mais ici c'est si bien foutu et omniprésent que je me suis laissée embarquer sans aucune réticence. smi

Je suis très intriguée par la Garde de Nuit, les Autres, et cette ancienne religion avec les arbres-dieux...

Et, bien sûr, je suis curieuse de voir comment tout ce petit monde va évoluer, pour s'en sortir ou plonger, conquérir ou prendre sa revanche, etc etc...

En un mot: j'ai hâte de lire la suite
(et de passer à la série après).

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* Le coin des citations *
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"Je te jure, il est mille fois plus dur de régner que de conquérir un trône.
Je ne sache rien de si ennuyeux que de faire des lois, hormis compter des sous. Et le peuple... Avec lui, c'est sans fin. Assis sur ce maudit siège de fer, il me faut écouter geindre jusqu'à en avoir la cervelle gourde et le cul à vif. Et tous demandent quelque chose, argent, terre, justice. Des menteurs fieffés... Et les gentes dames, les nobles sires de ma cour ne valent pas mieux. Je suis entouré d'imbéciles et de flagorneurs. De quoi devenir fou, Ned. La moitié d'entre eux n'osent pas me dire la vérité, les autres sont incapables de la trouver. Il m'arrive, certaines nuits, de déplorer notre victoire du Trident. Bon non, pas vraiment, mais..."
*

"[Mestre Luwin] C'était un petit homme gris aux yeux gris, vifs et pénétrants. L'âge avait passablement clairsemé ses mèches grises. Sa robe de laine grise à parements de fourrure blanche l'avouait assez de la maisonnée. De ses longues manches flottantes munies de poches intérieures où il ne cessait de fourrer des objets, le vieil homme extrayait avec la même prodigalité tantôt des livres, tantôt des messages ou bien des tas de trucs bizarres ou encore des jouets pour les enfants, tant de choses enfin que Catelyn s'émerveillait toujours qu'il pût encore lever, si peu que ce fût, les bras."
*

"- Que le gosse survive, il sera infirme. Pire qu'infirme. Un repoussoir. Parle-moi plutôt d'une bonne mort proprette.
Tyrion ne daigna répondre que d'un haussement d'épaules qui souligna sa difformité.
- En matière de repoussoirs, tu me permettras d'avoir un autre avis. La mort a quelque chose d'effroyablement définitif. La vie ouvre, elle, sur d'innombrables virtualités."
*

"Tous les corridors mènent quelque part. Toute entrée implique l'existence d'une sortie. La peur est plus tranchante qu'aucune épée."
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"Les rues de Port-Réal étaient sombres et désertes. La pluie les avaiet vidées. Chaude comme du sang, opiniâtre comme de vieux remords, elle battait la tête de Ned et gouttait à grosses gouttes sur son visage."
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CITRIQ

 

Un bonheur insoutenable (Ira Levin)

Voilà une référence en SF que je n'ai pas hésité à lire quand j'en ai eu l'occasion:

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Dans le futur, les nations ont aboli les guerres et la misère. Mais à quel prix? Gouvernés par un ordinateur géant, les hommes sont - à l'aide d'un traitement hormonal mensuel adéquat - uniformisés, privés de toute pensée originale. Dans un univers où il n'existe que quatre prénoms différents pour chaque sexe, le jeune Li RM35M4419 va hériter de son grand-père d'un étrange cadeau : un surnom, Copeau. Ce sera le début pour lui d'une odyssée qui va l'amener d'abord à s'accepter en tant qu'individu, puis à la révolte. Il n'est heureusement pas seul, d'autres ont décidé de se rebeller. Mais seront-ils assez forts pour lutter contre Uni, le super-cerveau informatique de cette humanité déshumanisée ?

Ce livre est flippant... Une société entièrement uniformisée, contrôlée, maîtrisée, où tout est lissé, et l'individualité comme les sentiments forts sont soigneusement étouffés par un "traitement" que chacun doit prendre régulièrement et systématiquement. 

Tout est réglé comme du papier à musique - ou plutôt du code informatique, puisque c'est plutôt ça: Uni sait tout, UniOrd fait tout.
Inutile de s'inquiéter, inutile de se poser des questions, inutile de réfléchir plus que de raison.

La manipulation est parfaite, le moindre écart est aussitôt repéré, alerté et corrigé par la délation et l'auto-dénonciation sous couvert de confession... Le système est implacable.

Les quelques rares qui en viennent à penser et ressentir par eux-mêmes doivent déployer des trésors de vigilance et d'astuce pour garder leur lucidité et sortir du système.

Cette poignée de rebelles va tenter le tout pour le tout et en baver sacrément, dans un périple inégal contre la toute-puissance d'Uni... Et tout ça pour se heurter à une amère désillusion.

Malgré tout, un certain projet finit par aboutir, mais avec un goût bien différent...

En fait, ce bouquin est désespéré, c'est très dur. Mais c'est aussi une vraie réflexion sur le libre arbitre, la manipulation de masse, l'extrêmisme des dictatures, des religions, de la société... et tant d'autres choses!

A mon sens, c'est vraiment un livre qu'il est bon d'avoir lu une fois dans sa vie.

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* Le coin des citations *
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"- Ecoute-moi, Li RM 35M26J449988WXYZ, lui dit Papa Jan. Ecoute-moi bien, car je vais te dire une chose fantastique, une chose incroyable. De mon temps - tu m'écoutes? - il y avait plus de vingt noms différents rien que pour les garçons! L'aurais-tu cru? Par l'Amour de la Famille, c'est la vérité. Il y avait Jan et Jean, Amu et Lev, Higa, Mike et Tonio! Et du temps de mon père, il y en avait encore davantage, peut-être quarante ou même cinquante! Tu ne trouves pas ça grotesque? Tant de noms, alors que les membres se ressemblent tous et sont parfaitement interchangeables? As-tu déjà entendu chose plus stupide?

Copeau marmonna un vague assentiment, sentant que Papa Jan voulait dire juste le contraire, et qu'en fait ce n'était ni stupide ni ridicule d'avoir quarante ou cinquante noms rien que pour les garçons."
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"Dans un coin, il y avait une porte munie d'un lecteur, mais Papa Jan saisit la main de Copeau, le forçant à rabaisser le bras.
- Mais le lecteur... dit Copeau.
- Non, dit Papa Jan.
- Nous n'allons pas...
- Si, dit Papa Jan.
Copeau regarda fixement Papa Jan, et Papa Jan le fit passer à côté du lecteur, ouvrit la porte, le poussa à l'intérieur puis vint le rejoindre, tirant sur la porte pour la refermer rapidement malgré la lenteur de la fermeture automatique.
Copeau le regarda en frissonnant.
- Tout va bien, dit Papa Jan sèchement. (Puis, plus du tout sèchement, il répéta en prenant la tête de Copeau entre ses deux mains: ) Tout va bien. Il ne t'arrivera rien. Je l'ai déjà fait très souvent.
- Nous n'avons pas demandé, dit Copeau, encore tremblant.
- Tout va bien, répéta une fois de plus Papa Jan. Ecoute. A qui appartient UniOrd?
- Appartient?
- Oui. A qui appartient l'ordinateur?
- A... A toute la Famille.
- Et tu es un membre de la Famille, exact?
- Oui...
- En partie, il est donc à toi, n'est-ce pas? Il t'appartient, et non le contraire. Tu ne lui appartiens pas.
- Peut-être, mais nous devons demander avant de faire quelque chose!
- Aie confiance en moi, Copeau, je t'en prie. Nous n'allons rien prendre, nous n'allons même rien toucher. Nous allons tout simplement regarder, rien d'autre. C'est pour cela que je suis venu aujourd'hui. Pour te montrer le vrai UniOrd. Tu m'as dit que tu voulais le voir, n'est-ce pas?"
*

"Crois-nous. Nous ne sommes pas malades, nous sommes sains. C'est le monde qui est malade - malade de chimie et d'efficacité, d'humilité et de bonne volonté."
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"Flocon de Neige regarda Copeau d'un air sinistre.
- Pourquoi a-t-il fallu que tu nous le dises?
Roi répondit pour lui:
- Afin que nous connaissions une heureuse tristesse. Ou était-ce un bonheur triste, Copeau?"
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"Et que ferions-nous du monde, lorsque plus rien ne serait contrôlé - lorsque les usines se seraient arrêtées, lorsque les voitures se seraient écrasées et que les carillons auraient cessé de sonner - faudrait-il que nous devenions pré-U au point de dire une prière pour lui?"
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CITRIQ

 

Sylvo Sylvain, détective privé, 1: Rue Farfadet (Raphaël Albert)

Aux Imaginales 2011, je m'étais offert ce bouquin dont j'avais entendu beaucoup de bien et qui m'alléchait grandement:

ruefarfadet    

Panam, dans les années 1880 : les humains ont repris depuis longtemps la main sur les Peuples Anciens. Sylvo Sylvain a posé son havresac dans la rue Farfadet, gouailleuse à souhait. Chapeau melon vissé sur le crâne, clope au bec, en compagnie de son fidèle ami Pixel, il exerce la profession exaltante de détective privé et les affaires sont nombreuses ! Des adultères à photographier, des maris jaloux, des femmes trompées, etc. Ni très rémunérateur, ni très glorieux que tout ceci. Alors, Sylvo fréquente assidûment les bars, les cafés et les lieux de plaisir en tout genre où son charme envoûte ces dames...

Jusqu’au jour où, lors d’une banale enquête de routine, il se trouve mêlé à une machination dépassant l’entendement. Le voilà, bien malgré lui, chargé de l’affaire par l’un des trois puissants ducs de Panam. Saura-t-il tirer son épingle de ce jeu compliqué et dangereux ?


Je l'ai finalement lu il y a qelques mois.
Eh ben, c'est du bon polar fantasy comme je les aime.

Dans un univers bien construit qui transpose Paris à un Panam fantastique, où elfes et nains côtoient les humains dans un melting-pot plutôt malheureux.

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"Etranglé entre deux mondes hostiles, semi-renégat indésirable parmi les siens, nain honni parmi les autres, il n'était nulle part le bienvenu. Au jeu de la patate chaude, il tenait le rôle de la patate."
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Les jours et les heures s'y nomment différemment: maigredi, l'heure du Second Vin... ça donne une vraie patte fantasy, et puis bien sûr on retrouve certains échos altérés de notre Paris, tel ce quartier Mygale que j'ai mis quelques temps à reconnaître comme Pigalle... C'est vraiment sympa 

Et puis il y a quelques traits d'humour succulents et tout un tas de petites références glissées ici et là qui m'ont collé de grands sourires au fil de l'intrigue, l'air de rien, et rien que pour ça je suis fan

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 "Au comptoir, un début de bagarre libéra opportunément un tabouret dont je m'emparai. Je me sentais bien seul. A ma gauche, un vieux loup de mer fumait sa pipie en vantant les mérites de épinards à une bande de marins d'eau douce, à ma droite, un jeune homme enterrait bruyamment sa vie de garçon avec une demi-douzaine d'amis."

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 "Pour cela, il me fallait mettre la main sur ce garnement de Broons. Avec son aide, je me faisais fort de déjouer n'importe quelle filature. Par chance, je l'aperçus devant l'épicerie de Grüdi. Il discutait avec une amie à lui, une petite brune au visage lunaire, excentrique, connue de tout le quartier pour ses idées farfelues. Elle portait un nom marrant, Cheval ou quelque chose comme ça."

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On y rencontre même un journaliste nommé Jacques Londres

Et le style général est bon, fluide et vivant, cool et agréable à lire...
L'intrigue recoupe bien les ficelles du genre et je l'ai trouvée bien ficelée.

Avec ça, j'aime beaucoup le personnage de Sylvo, détective elfe atypique, classy et désabusé, un brin glandeur - tout ce qui fait un bon détective sympatique, quoi - et son co-équipier l'espiègle pillywiggin Pixel.

Et les personnages ont de vraies histoires, de riches backgrounds dont on découvre quelques pans savamment distillés pour mieux les savourer.

J'aime bien aussi les parallèles avec notre propre société, et la critique par ce biais de certains de ses aspects les plus moches. Ca ajoute encore au personnage de Sylvo et à l'étoffe du décor.

Tout comme les coupures de presse à l'ancienne qui prennent parfois le relai de la narration  

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Bref: je me souvenais que j'avais bien aimé, et maintenant que je l'ai presque entièrement relu alors que j'étais juste partie à le refeuilleter pour cette chronique, je peux confirmer que c'est un énorme coup de coeur!

Et pour une fois, j'approuve assez le commentaire d'accroche qui chapeaute la 4° de couverture:

"Peuplé de références, de personnages truculents, d'humour et d'humeur, Rue Farfadet est un roman que le lecteur gardera longtemps en mémoire."



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* Le coin des (longues) citations *
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"Autour de moi, c'était l'hystérie. La foule massée autour du café s'était débandée comme un seul homme à la vue du monstre, mais à présent qu'il avait fui, les gens affluaient de nouveau. Des cris fusaient de toutes parts, on appelait la garde, les blessés gémissaient de plus belle. Chacun y allait de son commentaire, on réclamait la tête du troll, sa capture, son exécution publique! Les plus inconscients appelaient à le poursuivre: étripons-le! sus à la bête! et autre joyeusetés de cet acabit. Non, décidément, les trolls n'étaient plus ce qu'ils avaient été, tout juste des bêtes nuisibles, un conte effrayant, un genre de croquemitaine. Etais-je le seul à me souvenir qu’un seul d’entre eux, même moribond, était plus puissant que mille crétins?"
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"Je ne sais comment t'expliquer ce qui nous sépare. Elfes et humains ne vivent pas dans le même univers, ma belle, c'est tout. Pour les elfes, les humains sont... insensés. C'est le mot: insensés. Pour nous, vous êtes une race de fous furieux, un peuple girouette chez qui tout n'est que déraison.
- C'est exactement ce que disent les hommes des elfes. Vous n'êtes que des barbares."
Je me resservis en ouisk.
- Ah oui, c'est vrai... C'est un mot qui revient souvent dans votre bouche, à propos de vous-mêmes, civilisés. Vous êtes le rempart de la civilisation face à la barbarie. Quelle comédie! Civilisés! Ha!... Oh, pour ce qui est de vous gargariser de mots nobles, partage, justice, vous êtes champions, ça oui! Mais dans le même temps, votre profusion de lois autorise le fort à écraser le faible en toute impunité. Et il le fait! Sans honte ni remords! Alors maintenant, imagine... L'elfe regarde les hommes et se dit, troublé: quelle étrange façon de partager les fruits de la terre! Pourquoi celui-ci a-t-il dix fois, cent fois plus que le nécessaire, quand celui-là est démuni de tout? Et pourquoi cet homme a-t-il privé cet autre homme de ressources? Ce type est un dangereux malade! Qu'attendent donc les autres pour réagir?... Quoi? Il a le droit de le faire? C'est impossible, voyons! Personne n'a le droit de priver quelqu'un de subsistance!"
Bon sang, quelle tirade! J'en étais tout assoiffé.
"Ah oui? s'insurgea Eléonore. Que dire, alors, de ton peuple? Pour ce que j'en sais, vous avez la justice sommaire. La peine de mort est quasiment votre seule réponse au crime, paraît-il.
- Notre seule réponse au meurtre, c'est exact. Celui qui tue volontairement, l'assassin, celui-là doit mourir. Comme sa victime.
- Voilà qui n'est pas très civilisé.
- Pour nous, c'est justice. Et il y a si peu de meurtres dans nos Forêts!"


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