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Abraca*Bibli

Fleur de tonnerre (Jean Teulé)

Il y avait longtemps que Jean Teulé ne m'avait pas totalement captivée comme avec cette "Fleur de tonnerre", l'une de ses énièmes vies romancées de personnages historiques hauts en couleur.

J'avais découvert cet auteur, comme beaucoup, par "Le Montespan", j'avais adoré son "Je, François Villon", mais j'avais été assez déçue en tâtant de ses productions qui sortaient de l'historique (comme "Le magasin des suicides" ou "L'oeil de Pâques"), et sa prolixité éditoriale avait fini de m'en éloigner, pas forcément définitivement, mais du moins il était sorti de mes priorités, disons.

Or, récemment j'ai trouvé par hasard dans une "boîte à livres" (qui fleurissent dans certains parcs et kiosques publics) l'édition poche de "Fleur de tonnerre", dont j'avais quand même vaguement entendu parler à l'époque de sa sortie et sur lequel j'avais mollement lorgné malgré mes réticences évoquées ci-dessus, sans pour autant jamais avoir l'occasion de l'avoir vraiment entre les mains.
Cette fois, j'ai profité de l'occasion, d'autant plus qu'entre temps j'avais été assez passionnée par un documentaire sur Hélène Jégado, cette empoisonneuse en série du 19ème siècle, que Jean Teulé a choisi ici de documenter, d'imaginer, d'incarner et saisir comme il sait si bien le faire quand il est dans son domaine.

teule-fleurtonnerre

Ce fut une enfant adorable, une jeune fille charmante, une femme compatissante et dévouée. Elle a traversé la Bretagne de part en part, tuant avec détermination tous ceux qui croisèrent son chemin : les hommes, les femmes, les vieillards, les enfants et même les nourrissons.
Elle s’appelait Hélène Jégado, et le bourreau qui lui trancha la tête le 26 février 1852 sur la place du Champs-de-Mars de Rennes ne sut jamais qu’il venait d’exécuter la plus terrifiante meurtrière de tous les temps.
Sous la plume acérée de Jean Teulé, Hélène reprend vie et accomplit son destin, funeste et fascinant.

*

Supposémment surnommée Fleur de tonnerre dès l'enfance par sa mère lui enseignant les plantes utiles tout autant que les surperstitions aussi nombreuses que profondément ancrées en ces terres reculées de Basse-Bretagne, Hélène s'imprègne de tout ce terreau de légendes, coutumes, croyances et gestes "magiques" de ce territoire qui en regorge.

Ces craintes omniprésentes de sa mère, ces histoires à faire peur entendues malgré elle lors des veillées, les reliquats frustres de cette population que le christianisme n'a jamais pu convertir totalement, façonnent Hélène Jégado en la Faucheuse inexorable qu'elle sera toute sa vie, emmêlée dans ce conditionnement involontaire.

Elle est mise en traits d'une beauté parfaite qui se fanera plus tard, cuisinière vaillante à la langue remplie de brezonneg, avec le franc-parler des domestiques rustiques et l'attitude désinvolte de ceux qui ne se préoccupent de rien que leur obsession, semblant être guidée par une chance insolente pour toujours poursuivre son chemin de mort.

Son parcours ne manque pas de places où elle se trouve employée aux fourneaux, qu'elle quitte ensuite inévitablement après quelques décès dans la maisonnée, quand elle n'est pas quasiment décimée...

Quelques parenthèses jalonnent ce cheminement aussi implacable que celui de la karriguel de l'Ankou, avec des images saisissantes comme celle de ces naufrageurs qui prie Notre-Dame-de-la-Haine pour que les récifs leur apportent bon approvisionnement ; ou ces deux perruquiers Normands que l'on recroise en fil rouge et dont on suit la descente dans les misères et les malheurs jusqu'à devenir de pauvres hères à moitié fous et totalement "bretonnisés" ; et ce veuf qui entrouvrira un trouble inattendu chez Fleur de tonnerre, que cela ne sauvera hélàs pas pour autant...

C'est très immersif, on sent que le récit est très documenté et la fiction a l'imagination pertinente, tout est crédible jusqu'au plus étonnant, et c'est une narration vivante et osée parfaitement adaptée à son contexte.

Une lecture prenante et savoureuse !


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Le coin des citations
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"Sur la nappe de l'autel trône la statue de Notre-Dame-de-la-Haine. En fait une Sainte Vierge classique, aux cheveux ondulés le long de bras aux paumes jointes, mais dont on a beaucoup ridé le visage, et au corps peint en noir couvert d'un squelette blanc. Lors de son moulage, cette Marie en plâtre était sans doute loin d'imaginer qu'un jour elle serait à ce point travestie et vénérée avec accompagnements de prières aussi peu catholiques que celles qu'on lui adresse ici :
- Notre-Dame-de-la-Haine, fais que mon frère s'étende bientôt dans sa bière.
- Je te demande la mort de mes débiteurs infidèles.
Autour de Fleur de tonnerre, des âmes pleines de rancoeurs invoquent à voix très basse la prétendue grand-mère du Christ pour obtenir le décès d'un ennemi, d'un mari jaloux :
- Je veux qu'il crève dans le délai rigoureusement prescrit.
Certains sont pressés d'hériter :
- Mes parents ont suffisamment vécu.
Trois ave dévotement répétés et le peuple veut croire à la puissance des prières faites en ce lieu de culte homicide. La fille de Plouhinec se dit qu'il se tisse de jolis drames autour de sa personne (...)"

*

"- Une prérogative ducale nous a donné le droit de bris, donc l'autorisation de se servir dans les épaves rejetées sur le rivage. Mais comme finalement les naufrages naturels près des côtes sont plutôt rares, il nous faut bien forcer un peu le destin. Vive la fatalité organisée et hue ! lance-t-il ensuite à la vache au cou qui ploie sous le poids du fanal éblouissant mais se met en branle.
Tandis que les sabots du bovidé froissent les pierres, Fleur de tonnerre se souvient :
- Près des dunes de chez moi, quand on veut retrouver le corps d'un noyé, on allume u cierge sur un pain qu'on abandonne au cours de l'eau. On retrouve le cadavre sous l'endroit où le pain s'arrête.
Viltansoù se marre :
- Si on faisait pareil ici, quelle boulangerie serait notre rivage !"

*

"Ca suffit, Hélène et fermez la porte de la cuisine ! Ah, zut, il n'y en a plus. Hum, hum ! On a assez entendu vos sottises concernant ces légendes de la mort.
- Sottises ? Mais, monsieur Théophile, je vis au milieu des ombres, des korrigans et des fées. Je les vois mieux que je ne vous vois... le jour, la nuit, dans mon sommeil, au coin des fossés, dans les airs et dans les nuages, et suis certaine d'être dans le vrai !"

*

"(...) mais "Wik ! Wik !", malgré les phalanges au creux des oreilles, elle entend un grincement d'essieu qui la rappelle à l'ordre : "Pense à ton devoir ! Quant à cete vieille ironie - l'amour -, j'aimerais bien que tu n'y songes plus. C'est chimère !..."
L'âme crispée lorsque la nuit tombe, elle écoute cette voix qui lui parle du fond d'une fosse épouvantable et la harasse tant qu'elle semble dans sa chambre de bonne telle une désespérée : "Pas lui !..."

*

"On dirait la naufragée d'un cauchemar qui n'a pas de grève mais qu'une force étrangère à elle fait aller vers lui.
(...)
- Tu m'oublieras. J'aurai passé comme une ombre."


*

/!\ SPOILERS ALERT /!\

"-Lorsqu'ils évoquaient devant moi l'Ankou, je me souviens de la terreur de mes parents : quand on entendait dehors un bruit répété trois fois, les longs cheveux de mon père devenaient raides et ma mère paniquais. Je voyais l'importance de l'Ankou dans la famille, me disais "Je deviendrai importante. Je deviendrai ce qui les intéresse."
(...)
Je suis devenue l'Ankou pour surmonter mes angoisses. Et ensuite je n'en avais plus puisque l'angoisse ce fut moi. "Je ne subirai plus leur peur. C'est moi qui déciderai." Les nuits, j'allais me charger de la force nécessaire en m'adossant contre un menhir de la lande des Caqueux. Je ressentais profondément en moi son irradiante énergie fantastique. J'en ai encore les vertèbres qui brûlent.

- Idolâtries d'un mauvais penchant... et pierre levée qui aurait dû être cassée ou christiannisée, regrette, d'un signe de croix en l'air, l'aumônier. Et donc, en ce qui concerne votre expiation, il faudrait...

- Je ne disculpe ni n'accuse, j'explique ! le coupe Fleur de tonnerre alors que les reflets des flammes continuent de tournoyer sur les murs et les tomettes de la cellule de prison. Les peurs de mes parents m'ont tellement fait peur ! Ils m'ont donné leur peur et le sol a vacillé. J'ai eu trop peur lors des veillées. Ce sont mes peurs qui m'ont emmerdée.
Quand les parents sont tétanisés par une peur, ils ne protègent pas. C'est vraiment impressionnable, les enfants, merde ! s'énerve-t-elle. En fait, quand les parents ont tellement peur, ils projettent leur peur sur les petits et il n'y a plus de protection, quoi ! Et alors après...

En robe de bure des prisonnières, elle poursuit :
- Moi, je pense que c'est très logique. Lorsqu'on s'est trouvée perdue dans les angoisses de ses parents, on veut les dominer, on est même prête à devenir la mort pour cela et on devient invincible. (...)"

/!\ SPOILERS CI-DESSUS /!\

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Je me permet de rappeler que cette lecture a été initiée grâce à une "boîte à lire" (ou "à livres"), dont beaucoup sont référencées sur ce site par RecycLivres.

boitealire 0             livresvagabonds

Et pour aller plus loin, vous trouverez sur le site Les livres vagabonds une présentation de toutes les initiatives de ce genre qui permettent de donner une nouvelle vie à des livres donnés, dans des cadres appropriés et enrichissants, et par là même d'insuffler plus de sens et de nouvelles visions aux livres et à la lecture en général...

 

La vie c'est bien, le cynisme c'est mieux (L'Odieux Connard)

A l'occasion d'une nouvelle opération Masse Critique de Babelio, j'ai pu recevoir ce deuxième opus de l'Odieux Connard, sur lequel je lorgnais déjà en frétillant par anticipation...

odieuxconnard2

Après le joli succès de "Qu'il est bon d'être mauvais", L'Odieux Connard revient, et il est encore plus méchant.
Armé de son cynisme proverbial, il raconte les plus grands moments de l'Histoire, les films légendaires avec le mauvais esprit qui fait son succès.
Mais ses victimes ne s'arrêtent pas là : les enfants, les voyages, la politique, de nouveaux spoilers de poche, les aventures de la vache, des tests et de nouvelles rubriques.
Tout y passe, pourvu qu'il prenne un malin plaisir, entre deux cigares et un brandy, à se moquer de la médiocrité ambiante.
Une dose d'humour et de finesse salutaire.


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L'Odieux Connard, que ce soit sur son blog ou dans ses livres, "ça passe ou ça casse", j'ai envie de dire : on aime ou on n'adhère pas.

C'est avant tout une personnalité forte au parti pris bien particulier dans le point de vue et le style, travaillés et mégalo, dans le cynique et le caustique les plus décapants et assumés.

Personnellement j'adore...
Je suis une lectrice du blog depuis de nombreuses années, et c'est avec beaucoup de plaisir que j'avais eu la chance de faire dédicacer notre exemplaire de son premier livre, "Qu'il est bon d'être mauvais" au festival des Geek Faëries 2015.

De par leur format, les livres sont légèrement différents du blog, du fait que les chapitres sont plus courts et structurés que les articles denses et riches du blog, mais c'est bien la seule différence, car on y retrouve absolument tout ce qui fait l'Odieux Connard dans toute sa splendeur (de plus, ce 2ème opus offre un contenu intégralement inédit).

Entre deux spoils (ici = descente en flèche) de films - sa spécialité initiale -, il applique sa plume acerbe sur des sujets aussi divers et variés que les voyages, les manoeuvres politiques, les enfants, les phénomènes de société...
Quelques montages tels que des fausses pubs historiques, diagrammes, cartes de fidélité ou bingo des "gros lourds rencontrés" agrémentent le tout, ce qui rend le livre peut-être un peu facile à lire que le blog car plus aéré.

Difficile d'en dire plus sans dévoiler complètement le bouquin et gâcher le plaisir de la découverte, mais sachez qu'à mon goût, ce fut à nouveau un grand moment de lecture ponctué de pouffements et ricanements intempestifs, avec cette jubilation teintée de méchanceté bon enfant qui fait tout le sel de l'Odieux Connard !


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Le coin des citations
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"Sentez-vous ce léger picotement dans vos yeux ?

Pas d'inquiétude, ce sont simplement vos rétines qui sortent le champagne à la vue du bel ouvrage que vous tenez entre les mains. Comparées à ce qu'elles voient au quotidien, une dose de cynisme, c'est salvateur.

Après un premier livre qui n'aurait su contenir toute ma cruauté (Qu'il est bon d'être mauvais), je reviens noircir papier et âmes, puisque, disons-le tout net, nos contemporains ne se sont pas arrangés entre-temps, et m'ont donc donné d'autant plus l'ooportunité de disséquer leurs vices. De les disséquer tout court, aussi : parfois, ils me rendent grognon, le coup de pelle part vite."

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"Mongol sans histoires, Gengis Khan voit sa vie basculer lorsqu'il tombe sur un vieil exemplaire de Léa Passion Poney. Rapidement, il prend un malin plaisir à s'occuper de son écurie, jusqu'à ce jour funeste où, alors qu'il est en train de brosser la crinière de Nuage de Guimauve, le jeu se fige brutalement. Le drame serait déjà terrible mais la Super Nintendo se met soudain à dégager une forte odeur de grillé.

Ivre de rage, Gengis fait l'acquisition d'un véritable poney et enjoint ses voisins à faire de même. Ne sachant pas bien où est le Japon, terre où il espère pouvoir trouver une Super Nintendo de rechange, il envahit la moitié du monde connu, faisant trembler la civilisation au son des sabots de milliers de poneys furieux. Finalement, le Khan chute de son poney, ce qui met fin à son règne et bientôt, à son empire, puis à son poney-club.

Notons qu'une fois dans l'histoire, le monde a dû son salut à un poney."

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Une lecture fort plaisante pour laquelle je remercie les éditions Points et l'opération Masse Critique de Babelio !

          logo-points

 

Techno Faerie (Sara Doke et al.)

Bon alors, je dois cette chronique aux Moutons électriques et ses auteurs depuis... pfouh, au moins ! Et ça m'a fait beaucoup culpabiliser et m'a donné beaucoup de fil à retordre, et je tiens avant tout à présenter mes plus plates et très sincères excuses.
A ma décharge, j'ai eu à faire avec un double déménagement qu'on n'attendait plus, accompagné d'une coupure de connexion pendant 2 mois, puis ma santé en pointillés tendance bas, des "pannes" (d'inspiration, de motivation, blocages...), etc...
Mais je m'en veux quand même beaucoup de n'avoir pas tenu mon engagement buh

Malgré tout, mieux vaut tard que jamais, et je tiens encore plus à chroniquer ce livre pour lui-même, parce qu'il est absolument exceptionnel et remarquable prost (non mais vraiment vraiment)

Il faut dire que quand les Moutons électriques ont dévoilé la publication de cet Objet Littéraire Nouvellement Inventé, j'ai tout de suite été très intéressée, de par son auteure et de ses innombrables contributeurs, de son concept et ses thèmes, et du gage de qualité lié à ces éditions... Alors quand j'ai eu l'honneur et la surprise de me le voir proposé pour une chronique, je n'ai pu qu'exprimer mon vif intérêt, et malgré mes problèmes de santé qui ont grandement ralenti l'activité de ce blog, j'ai voulu tenter le défi et tout faire pour le respecter, j'en ai fait ma première priorité et ma lecture principale.
Ce n'était pas vraiment difficile, tellement ce livre est beau, autant en lui-même que par ses richesses en mots et en images, dans son fond et dans sa forme... C'est d'ailleurs bien pour ça que le défi m'a paru réalisable - et pourtant c'est aussi ce genre de livres qui se savoure, qui se fait apprivoiser en y prenant le temps, et qui demande un peu de la sérénité qu'il procure au centuple en retour.

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Les fées existent, bien sûr, et elles sont de retour !

Les fées ont cessé de se cacher des hommes : elles sont revenues et bon an mal an l’univers de la Faerie s’est intégré à la société technologique. Depuis les premiers contacts d’enfants-fae avec la civilisation de l’automobile jusqu’aux premiers voyages spatiaux, ce livre conte l’histoire d’une évolution différente de notre monde.

 L’auteur, Sara Doke, vit à Bruxelles et est traductrice. La poésie puissante de son inspiration, l’originalité de sa vision d’un monde soudain enrichi des faes, sont saisissantes.

Avec des documents, des fiches couleur sur les 88 principales faes et de nombreuses illustrations, par Bigot, Booth, Calvo, Cardinet, Caza, Ellyum, Fructus, Gestin, Jozelon, Larme, Malvesin, Mandy, Muylle, Nunck, Tag, Verbooren, Zandr et Zariel.

Le retour des fées, dans un livre d’exception.

* * *


Ce livre est donc surtout, à tous points de vue, un Objet Littéraire (voire Culturel) Indéfinissable et Inclassifiable, tellement il est riche et diversifié, autant sur le fond que dans la forme.

Pour essayer de parler de tout ça et d'à quel point ça me rend extrêmement admirative et enthousiaste, j'essaye d'abord de trouver par quel bout commencer, et par défaut, je vais déjà distinguer plusieurs parties distinctes - leur nombre pouvant varier selon les appréciations.


Personnellement, je distingue tout d'abord une partie narrative et une partie encyclopédique, cette dernière illustrant par une multitude de contributions visuelles le catalogue des divers êtres féériques évoqués dans la partie narrative.


Ensuite, je distingue dans la partie narrative 3 grandes parties, trois périodes, distinctes par leur forme et leur point de vue narratif.

La première m'a fait accrocher tout de suite et m'a passionnée, en forme de récit d'aventure et initiatique avec des personnages intriguants et très attachants, où l'on arpente plutôt la Colline en marge de la surface humaine.

La deuxième marque un pivot, avec une transition d'évènements déclencheurs rapportés de manière journalistique. Cette transition très courte se prolonge ensuite de manière plus progressive sur les développements de la révolution en marche par des yeux purement humains, un regard qui découvre tout juste la Faerie et pense en des termes bien spécifiques, avec ses shémas de pensée et ses notions assez éloignés de l'immersion en merveilleux à laquelle la première partie m'a accoutumée.

Enfin, la troisième grande partie aborde un monde et une société où humains et Faes cohabitent, avec plus ou moins d'harmonie (une résistance s'est développée au sein même de Faerie, les humains ont toujours quelques difficultés à appréhender totalement la nature et les objectifs des Faes...) (d'un autre côté, une histoire d'amour entre le plus Fae des humains, et une Fae luttant contre les poches d'opposantes de ses semblables, développe pleinement la force du lien qui peut s'établir entre les deux mondes), et où ensemble, au terme d'une réelle collaboration, une mission Terrienne part dans l'espace dans le but de découvrir d'autres formes de vies.

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Voilà pour le décortiquage à grands traits.

En termes de formes littéraires, on rencontre donc de la fantasy teintée de merveilleux et de steampunk, du roman initiatique, du roman social sous diverses formes, de la SF...

Les thèmes abordés à travers l'intrigue principale sont tout aussi variés, ramenant par tout autant d'échos des parallèles de réflexion sur nous-mêmes et notre propre monde : écologie, recherche scientifique, société - tolérance, traitement de la différence, respect, liberté, sexismes et problématiques du genré, assistance, etc etc...

Cela peut être assez déroutant, tellement on passe brutalement de styles et points de vue radicalement différents, au point parfois de ne plus trop savoir si ce qu'on est en train de lire est un recueil de nouvelles sans forcément de rapport les unes entre les autres, ou si tout cela fait bien partie du même ensemble, avec plus qu'un fil rouge, une même trame bel et bien omniprésente et relativement linéaire - cette dernière option étant bien la bonne

Au final, c'est certes très déroutant, voire même perturbant, mais je dirais que c'est aussi une grande part de ce qui fait tout le sel de ce livre, et qui participe intrinsèquement à sa nature et son discours même : le monde et la réalité sont multiples, et absolument toutes leurs facettes comptent.
En diversifiant les points de vue et les ambiances, le style colle au plus près de l'univers présenté et développé, on en vient même à se dire qu'il n'aurait pas pu en être autrement.

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Dans le détail et le ressenti, c'est aussi à l'image de la nature même de ce livre : ce n'est pas forcément très précis, ça part dans beaucoup de directions, c'est impossible d'être exhaustif, difficile de donner quelques exemples sans les sortir de leur contexte et donc de leur sens, c'est totalement multiple et protéiforme !

La première partie m'a plus inspirée, ou plutôt j'ai su plus facilement trouver des mots à mettre dessus, je vous livre donc mes premiers ressentis et observations que j'avais rédigé plus ou moins en même temps qu'une grande partie de ma lecture du livre dans son ensemble :

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Ca commence par une mise en situation très vivante et immersive, à la rencontre de Gabriel, Messagère du Sidh résidant à la surface humaine, venant en aide aux enfants-Fae perdus et tous les rejetés et délaissés en général.

Les Faes parlent d'elles au féminin, y compris pour les membres masculins, ce qui crée un vocabulaire androgyne très approprié pour nous faire ressentir la nature si particulière de ces êtres, et un apport très intéressant au style littéraire, qui pourrait en être desservi par une certaine confusion mais qui au contraire nous fait profondément intégrer le concept entier, instinctivement et naturellement.

Les Messagères ont aussi ce brin de gouaille qui donne un ton familier et vivant, on sent la simplicité et la sagesse propres à ceux qui rafistolent, qui recueillent, qui tendent les mains autant qu'ils le peuvent et arpentent plus les caniveaux que les artères conformistes et ferraillées de la bonne société humaine.
On se sent à l'aise avec ces façons franches et généreuses, lucides mais pas désabusées...

On y parle beaucoup de ce qui a longtemps séparé et opposé la Faerie à l'humanité - revisitant au passage tous nos mythes de fées bien ancrés dans la culture populaire depuis aussi loin que le monde sait conter -, et notamment des changelins, ces enfants que les Faes ont rejeté et substitué par des enfants humains volés.
Et la civilisation humaine a évolué, introduisant toujours plus de fer dans son environnement, ce fer qui est si nocif aux Faes...
L'humanité semble aussi avoir évolué d'une manière très radicale en termes de sécurisation et contrôle absolu, mais les Faes se soucient surtout de cette omniprésence du fer qui les fait tant souffrir - belle métaphore de notre problématique environnementale et écologique contemporaine, tout en ébauchant une anticipation assez sombre et fondée.

Et pourtant l'espoir est là, car les Faes sont revenues de leurs erreurs du passé et tendent désormais à une réconcialiation, à un échange harmonieux entre les deux mondes, bénéfique dans les deux sens.
Les Faes savent reconnaître l'intérêt des technologies humaines, surtout dans le domaine de l'informatique et des communications, qu'elles tentent d'apprivoiser à leur manière en y ôtant le fer et mêlant leur magie à ces mécaniques complexes - ce qui donne des productions hybrides assez fascinantes, et c'est là qu'on peut déceler un brin de steampunk

Les différences entre les deux mondes co-existants sont un gouffre qu'il est difficile de franchir, mais comme souvent, l'espoir repose sur les enfants, porteurs des générations futures et de leurs changements...

C'est là qu'on en revient à Arthur Passeur, enfant humain atypique que Gabriel prend sous son aile - à ses risques et périls -, et à Raphaël, enfant humain élevé Sous La Colline qui part en quête de son changelin Fae chez les humains, avec l'aide de ses fidèles amies et des messagères du Sidhe.

C'est alors que le récit bascule en quelques pages, sur le pivot important d'une transition d'évènements déclencheurs rapportés de manière journalistique. C'est le portail qui s'ouvre sur la révolution réconciliatoire, la révélation des Faes soucolline aux humains de la surface.

On passe alors au point de vue humain, avec sa faiblesse face au glamour, ses tentatives de garder son libre arbitre et son esprit scientifique pour mieux connaître cette population nouvellement infiltrée, et ses agitateurs de conscience comme il y en a toujours eu, ses idéalistes et révolutionnaires rêvant d'abattre les dernières réticences pour harmoniser un monde en partage, pour le meilleur et le bien de tous, dans une fusion identitaire de la grande tribu primitive de l'humanité, de la Faerie, de toutes les tribus du monde...


* *

Il y aurait encore beaucoup de choses à dire, mais je crois que même une chronique interminable (autant qu'une thèse universitaire) n'y suffirait tout simplement pas.
C'est aussi une expérience personnelle où chaque lecteur peut voir et ressentir beaucoup de choses différentes, et j'ai le sentiment que cela aussi fait partie de la nature et la raison d'être de ce livre...

J'y ai moi-même vu beaucoup de références et de clins d'oeil à des personnes, des thèmes et des caractéristiques propres à ce que, par facilité, je vais désigner comme "le fandom SFFF", ce milieu d'auteurs avec leurs textes et leurs êtres dans lequel je me suis trouvé une petite place depuis quelques années et que je ne me lasse pas de côtoyer autant que possible.
Certains clins d'oeil m'ont fait sourire, d'autres m'ont fait chaud au coeur, d'autres me l'ont pincé voire empoigné, et très souvent tout ça à la fois.
Et là aussi, j'ai la nette impression qu'il n'aurait pu en être autrement, que c'est une particuliarité fondamentale et naturelle de ce livre.

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Enfin, je dirais que ce livre est aussi très empreint de poésie, et empli de très belles choses.

L'humour n'y manque pas non plus, que ce soit sous la forme de l'incongruité d'un licorne pervers, des répliques diverses, notamment souvent celles involontairement sarcastiques des Faes, ou de certaines situations douloureusement ironiques.

C'est une remarquable réécriture de Faerie et de notre monde moderne, un hymne de réconciliation de l'imaginaire et du trivial, de la ferraille urbaine et de la féérie végétale.

...C'est un livre très complet, aussi vaste qu'ouvreur d'horizons, autant bariolé que sombre et radieux, absolument caméléon et (inter)galactique.



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Le coin des citations
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" C'est des sortes de mutantes comme avant la révolution ?
- Non, mais la comparaison est intéressante. Dans beaucoup de communautés humaines, le vrai sens du mot communauté n'existe plus. Il y a trop de peurs. Comme avant, chez nous. Les humains n'aiment pas les gens différents, ni ceux qui font des choses différentes. Parfois, rien que le fait de ne pas trouver un travail suffit. Alors, au lieu d'exiler les gens différents dans un autre monde comme on faisait chez nous, ils les enferment ou ils font semblant qu'ils n'existent pas."
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"Nos livres te décevraient. Seuls ceux des arbres atteignent, voire surpassent, ceux des Hommes. Votre magie est très puissante et peut être dangereuse pour nous. Pourquoi crois-tu que, malgré toute notre haine, nous n'ayons jamais exterminé ton peuple.
- Je ne sais pas.
- La beauté gratuite, mon enfant, la beauté pour elle-même. La poésie, la musique, la peinture, la littérature. Toutes ces choses qui ne servent qu'à donner du plaisir à l'âme. L'art des Hommes est une forme d'amour et l'amour est une des magies les plus puissantes.
(...) Or nous ne savons produire que du beau fonctionnel, du beau actif, du beau significatif. Nous sommes incapables de penser l'inutile, mais nous savons l'apprécier, parfois même un peu trop. C'est là que réside le danger."
*

"- Donne-moi ta colère et tu pourras traverser mon pays pour rencontrer ton autre.
Raphaël déglutit.
- Mais, je ne peux pas donner ma colère. Je suis nul en magie, moi, je la vois même pas la magie !
- As-tu seulement essayé ? Même le plus stupide des hommes peut voir la magie s'il essaie un peu. Tu es têtu comme un Troll et pétri d'orgueil, mon petit. Tu ne vois même pas les dangers que tes amis sont prêts à affronter par amour pour toi. Tu ne perçois même pas l'inquiétude d'Ezéchiel et de Gabriel, de nous tous, à l'idée de perdre un informagicien tel que toi. Donne-moi ta colère, petit, elle ne te sert à rien, elle n'a pas d'objet.
- Mais, pourquoi vous la voulez, alors ?
- Les émotions sont une énergie que nous apprenons à connaître depuis peu. Il importe de les étudier et de bien les maîtriser. Nous avons vécu tant de générations sans elles."
*

"- Pourquoi utilisez-vous toujours le féminin, même pour parler des Arbriers ?
- Parce que ce ne sont pas des Arbriers, ce sont des Arbrières mâles et au pluriel, toutes les Faes sont au féminin, toujours."
*

"J'ai pris la ferme décision de ne plus jamais frayer avec Faerie. Un autre poursuivra mes recherches et complètera l'album de famille des Faes. Je suis convaincu que l'humanité ne peut pas s'engager plus avant dans ses relations avec le Sidhe sans savoir à qui elle a affaire.
Avoir passé une nuit convaincu d'avoir perdu cent-soixante-quinze ans m'a guéri à jamais de la confiance que je pouvais accorder aux Faes ou à moi-même. On dirait presque un principe d'incertitude : peut-on observer le Petit Peuple sans être influencé par son charme, sans être manipulé par sa cruelle beauté et nos propres préjugés ?"
*

"L'organisation d'un tel évènement pendant le carnaval n'a pas été facile, mais l'enthousiasme de Niamh et mon opinâtreté ont fait des miracles. La tribu Arachnée toute entière pourra se retrouver cette nuit. La discrétion a été respectée. Bruxelles est restée secrète, fidèle à elle-même, on y trouve toujours multitude de petits coins tranquilles. Nous avons réduit le périmètre de nos rencontres tribales au centre de l'Europôle, le pentagone historique. La tribu aura les trois étages du plus grand espace de travail partagé cyber de la ville pour diriger les opérations."
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"Nous manquons, nous autres humains, de moyens de mesurer ou de comprendre ce que nous considérons encore comme des pouvoirs psi. Le "langage" des Faes se situe quelque part entre la télépathie et l'inconscient collectif wagnérien. Il nous est impossible de l'analyser objectivement.
Une autre chose que j'ai apprise durant mes recherches, c'est que les Faes dépendant de nous pour tout ce qui concerne la conception et la création. Non, je ne parle ni de copulation ni de reproduction. Vous voyez, les Faes, de par la nature-même de leurs moyens de communication impersonnelle, sont incapables d'inventer une réalité, une machine, un objet inutile. Ce sont, par contre, d'extraordinaires artisanes capables d'améliorer et d'embellir tout ce qui leur passe entre les mains. C'est pourquoi le Sidhe a eu besoin de nos technologies et de nos matéraux synthétiques pour se libérer de millénaires de stagnation, c'est ainsi qu'elles les ont optimisés pour disposer aujourd'hui de machines et de matières bien supérieures aux nôtres. Ce qui leur permet de nous aider dans de nombreux domaines."
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"Je le répète, le fait d'être un grand lecteur et de s'intéresser en particulier aux littératures de l'Imaginaire est sans doute la clef de ma survie. Je m'attendais à être surpris, à me retrouver face à l'inconnu, comme on rencontre un extraterrestre. Que ce que j'ai découvert ne corresponde pas à ce que j'attendais n'a aucune importance. Il existe une expression fondamentale en Science-Fiction, "suspension of disbelief", suspension d'incrédulité. J'étais prêt à découvrir, prêt à accepter ce que je découvrais parce que je ne cherchais pas à me convaincre de l'impossibilité de ce que je vivais, je ne cherchais pas non plus à le nier."
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 Et donc je remercie immensément les éditions Les Moutons électriques, auxquelles je présente encore toutes mes excuses les plus contrites pour ce retard honteux...
Tout comme à Sara Doke et tous les acteurs de ce livre !

         moutonse

 

 

Miscellanées de culture générale (Florence Braunstein & Jean-François Pépin)

J'aime bien les miscellanées, ces recueils de "leçons de choses", de petits savoirs pas forcément "utiles" mais toujours intéressants, pour qui est curieux de tout.

J'ai eu l'honneur de me voir proposer par Babelio une opération privilégiée pour lire un ouvrage de ce genre :


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Apprenez à parler le louchébem, l’argot des bouchers, retrouvez ce que Louis XIV exige des femmes dans son carrosse, fréquentez les arts incohérents, étonnez-vous du carré magique, des Hénokiens, suivez votre âme dans ses migrations ou laissez-vous tenter par les avances des prostituées en Grèce ou à Rome. Si vous en avez assez de répondre à la couleur du cheval blanc d’Henri IV, ces miscellanées sont faites pour vous. Ici, pas de solution limitée à un mot, un nom, une date. Pour être instructives, les réponses sont suffisamment longues, l’envie d’en savoir plus suit d’elle-même.
Vous ne connaissez pas les réponses ? Et alors ? Peu importe, tout l’intérêt réside justement dans leur découverte, une invitation à se plonger dans les plaisirs de la connaissance. Tout comme les auteurs, vous apprendrez vite que l’important c’est ce que l’on ne connaît pas encore. Entre deux remue-méninges, des recettes de cuisine, depuis l’Antiquité, offrent repos de l’esprit et joie des papilles. À vous les astuces de beauté de l’époque médiévale, les grands écrits fondateurs des artistes, les grottes préhistoriques, les inventions, les femmes à avoir relevé un défi incroyable pour la première fois.
Vous savez que vous ne savez rien ? Cela tombe bien, nous aussi.

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Alors commençons tout de suite par ce qui m'a fait le plus tiquer : ce sous-titre, "Le livre le plus difficile du monde", et cette présentation sous forme de quizz, une page de questions, les réponses listées sur la page suivante.

Si on le prend comme un quizz, les questions abordées sont effectivement tellement pointues que le jeu est parfaitement impossible, frustrant, et sans intérêt. Même avec quelques connaissances, une dynamique de groupe, un peu de logique et de procédé par élimination, ça reste injouable.

Si on le remet dans un contexte de miscellannées, par contre, c'est tout à fait intéressant ! Les domaines et périodes historiques abordés sont assez diversifiés, et on peut apprendre une foule de petites choses qui suscitent et répondent à la curiosité naturelle.

Encore deux points négatifs, cependant :
- tout d'abord, pour rejoindre la remarque sur l'aspect "quizz" : la mise en page rend la lecture peu aisée quand 
on choisit de prendre ce livre uniquement dans une démarche de lecture de miscellanées - ce qui finit invariablement par arriver ;
- parfois, il arrive qu'on reste sur notre faim : une série de questions nous rend curieux sur un sujet précis, mais les réponses sont lapidaires et ne comblent aucunement l'intérêt suscité dans l'instant... et le contexte est justement trop "dans l'instant" pour donner envie d'aller plus loin de son côté, par soi-même.


Je dirais donc que ce n'est pas le meilleur livre de miscellanées que je connaisse, c'est certain.

Malgré tout, ça reste intéressant et plein d'anecdotes passionnantes, amusantes, insolites et divertissantes !

Et le petit bonus, c'est le flip-book dans la marge...

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Bien sûr, je remercie tout de même Babelio et les éditions Puf (Presses universitaires de France) pour m'avoir permis d'avoir eu ce livre entre les mains.

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Je crée mes bijoux en origami (Marion Taslé)

J'ai reçu ce livre lors d'une opération Masse Critique de Babelio.

J'aime bien l'origami, et si je suis loin d'y exceller, j'y remet volontiers les pattes de loin en loin... 
Je n'avais encore jamais tenté les bijoux en papier et ça m'intéressait, tout est toujours bon pour trouver de nouvelles idées !


bijoux en origami

Délicatesse du pliage, choix du papier, l'origami se prête à merveille à la création de bijoux raffinés.
Grues, papillons, fleurs, noeuds, étoiles se posent avec élégance et fantaisie sur un bracelet, un sautoir, une broche, un serre-tête, des boucles d'oreilles...
Les explications dessinées étape par étape permettent de se lancer avec plaisir et facilité dans leur réalisation !

Au sommaire: bracelet et bague en papier, collier de perles lampions, boucles d'oreilles poissons, noeud de ruban cadeau, serre-tête cygne, couronne de fleurs pour mariée, diamants, étoiles diverses, robes (de soirée, vichy, etc), nénuphars, ballons, orchidée, iris, fleurs de cerisier, rosace, pampilles, flocons, collier plastron, bracelet de cocottes, grues, papillons...

Les quelques classiques comme la grue ou les cocottes trouvent une nouvelle jeunesse dans ces dispositions originales, et j'ai bien découvert d'autres idées, notamment les pliages de robes, les petits ballons, et un coup de coeur tout particulier pour le noeud façon ruban d'emballage cadeau.

J'ai trouvé les explications et les diagrammes bien clairs et compréhensibles - ce qui est toujours un avantage extrêmement appréciable en matière d'origami -, tout comme les pièces de papier à utiliser bénéficient d'indications précises.

bijoux-origami-1

Certes, la plupart des modèles impliquent d'utiliser des ciseaux, et pour certains de la colle, alors que je préfère les origamis "purs" qui n'utilisent que le pliage du papier et aucune autre intervention, mais ça reste assez léger pour ne pas s'y arrêter.

Après, je ne fais quasiment jamais exactement les modèles que je suis, je préfère généralement les adapter selon mes propres idées, et je n'ai encore pas fait exception. 

En particulier pour le noeud, qui m'évoque très fortement le noeud papillon du Doctor Who Eleven, et qui même sans ça me séduit grandement dans les petites variantes qu'on peut y apporter

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J'ai aussi été assez surprise par la toute petite taille des objets travaillés, j'avais beau m'y attendre rien qu'à la taille des feuilles de base et au fait qu'on parlait de petits bijoux, ça m'a quand même prise de court plus d'une fois

Mais j'ai vraiment pris plaisir à explorer ce manuel, une agréable occasion de me replonger un peu dans un de mes loisirs créatifs de prédilection. happy

En bref, me voilà assez satisfaite de ce choix reçu grâce aux éditions Marie Claire et l'opération Masse Critique de Babelio !

  

 

 

Le bouclier obscur (John Lang)

Quand on connaît John Lang, c'est en général plutôt en tant que Pen Of Chaos (PoC), pilier du Donjon de Naheulbeuk, la saga mp3 rôlistique parodique dont l'univers s'est étendu sous bien d'autres supports.

Mais John a toujours eu aussi d'autres activités et projets plus personnels, comme l'écriture de romans, dont voici son premier édité ! Je l'ai lu dans sa toute première édition (Rivière Blanche, 2006), et
après une deuxième édition chez Physallis en 2012, il a refait peau neuve cette année chez ActuSF.

bouclierobscur1        bouclierobscur2        bouclierobscur3

« Prends garde je serai bientôt dehors. »

     En voulant dépanner l'ordinateur d'un prêtre, Uther, jeune prof en informatique qui menait jusqu'ici une vie on ne peut plus banale, ne se doutait pas qu'il allait ouvrir la boîte de Pandore. Ce qui ne devait être qu'une simple éradication d'un virus particulièrement retors va vite prendre une tout autre ampleur lorsque le corps du père Alexandre est retrouvé atrocement mutilé à son domicile. Car il se pourrait bien qu'un démon se soit invoqué directement depuis la machine. S'engage alors une course contre la montre, afin d'empêcher Paris de devenir le dixième cercle des Enfers...

 

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Personnellement, j'admire déjà John Lang pour ses multiples talents, sa "carte professionnelle de l'amateurisme" (sic) et sa personnalité, je ne peux donc pas vraiment dire que ce fut une surprise, mais plutôt une bonne découverte.

Le style est vivant et sans chichis, très vite l'immersion s'opère, d'autant plus qu'on s'identifie facilement aux personnages principaux, qui sont avant tout des gens normaux - enfin, des geeks normaux -, et dont le basculement dans le fantastique se fait de manière progressive et réaliste.

Autant vous dire que j'ai eu bien les jetons comme il faut et plus d'une fois, le genre fantastique est parfaitement maîtrisé !
Tout en nuances, en petites touches, qui appellent à l'imagination personnelle tout en la nourrissant suffisamment pour la canaliser dans la direction voulue...

Placé comme ça l'est dans notre époque contemporaine, on se dit bien souvent que ça pourrait très bien arriver aujourd'hui sous notre nez, et que ça se passerait exactement comme ça, avec notamment le traitement médiatique et les influences liées...

Ce côté crédible et réfléchi ancre vraiment l'intrigue dans un cadre qui donne encore plus de force aux éléments les plus fantastiques.

On sent aussi la patte du MJ (maître du jeu) rôliste : dans la façon dont les situations sont exposées, et toutes les options passées en revue, avec les conséquences impliquées, afin de justifier les choix des personnages...
Ca en est presque perturbant par moments, mais finalement ça s'intègre parfaitement au style et ça lui apporte une approche originale et tout à fait PoCesque.

Difficile d'aborder l'intrigue plus loin sans spoiler honteusement, je me contenterai donc de renvoyer à la 4e de couv' de la nouvelle édition ActuSF, reproduite plus haut !

Alors au final, je ne suis sûrement pas très objective, mais je dirais que ça se lit bien, que c'est à mettre entre toutes les mains de qui apprécie du thriller médiévalo-démoniaque et sympathique, et que c'est une bonne lecture qui vaut le détour, que l'on soit connaisseur et/ou fan de Naheulbeuk ou pas du tout (attention toutefois pour le premier cas : ceci N'EST PAS du Naheulbeuk, et bien qu'on puisse deviner "le" PoC en filigrane ça reste très différent ! ).


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* Le coin des citations *
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"Nous partîmes donc sur les toits, en prenant bien garde de tirer l'échelle et de la laisser à portée de main en bloquant le vasistas. La visite des toits parisiens, c'était une expérience nouvelle pour moi. Il convenait de faire attention à chaque pas, avec nos gros sacs qui nous attiraient dans le vide, rendant notre équilibre précaire. La tôle était grasse de pollution et de poussière, d'excréments de pigeons. Tout était sale. L'avantage, c'était la vue plongeante que nous avions sur certains appartements. L'inconvénient, c'était qu'il faisait nuit et que nous ne pouvions pas en profiter. De toutes façons, le voyeurisme n'était pas à l'ordre du jour."
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"Très vite, il n'y eut plus personne. Nous nous retrouvâmes face à face, debouts dans les débris humains, couverts de sang. La porte nous attendait. Charles et Germain accoururent, ils avaient un visage inquiet.
- Calmez-vous les gars, chuchota Durgain. Vous avez l'air d'une bande de fous !
- C'est bien ce que nous sommes, lui dis-je. Nous sommes deux fous partant en guerre contre des démons.
Ils ne furent pas enthousiasmés par mon ton badin. C'est une de mes particularités, dans les situations les plus affreuses, j'ai toujours quelque chose de cynique ou de bête à dire."
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L'Histoire de France selon Facebook (Baptiste Thiébaud)

J'ai reçu ce livre lors d'une opération Masse Critique de Babelio.
A première vue, l'idée avait l'air sympa, quand on a déjà vu passer des fausses pages Facebook de Jésus, Sauron, ou autres, on se dit que ça peut être drôle et bien pensé.

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Et si nos personnages historiques avaient pu utiliser Facebook ?
Y aurait-il eu un «do it yourself» pour apprendre à tailler ses silex ? Clovis aurait-il changé son statut de païen après son baptême ? François Ier aurait-il publié un album sur ses châteaux ? A quel groupe les révolutionnaires de 1789 se seraient-ils inscrits ? Louis XVI aurait-il été arrêté à cause de son dernier «post», près de Varennes ? Qu’aurait publié sur son mur Napoléon après Waterloo ? Charles Baudelaire aurait-il eu beaucoup de «fans» ? S’appuyant sur une chronologie réelle, l’auteur détourne les épisodes les plus connus de notre histoire nationale.

Le fil d’actualités court ainsi de l’arrivée des premiers hommes sur le territoire aujourd’hui français jusqu’à la création de Facebook en 2004. Le livre convoque personnages historiques et contemporains pour mieux jouer avec nos références, celles qui subsistent de nos apprentissages scolaires, et les codes de ce fameux réseau social.
Homo Sapiens vient de liker le mur de Lascaux. Jean-Paul Gaultier trouve que ça manque de rayures.

Et vous ?


Alors soyons honnête : je n'en attendais pas grand chose, mais j'ai quand même été déçue...
En fait ce qui m'étonne le plus c'est que ce livre ait été publié, et d'autant plus chez Puf, les Presses Universitaires de France.
Ca sent le délire d'universitaires... mais l'humour est décidément une notion très subjective : j'ai trouvé qu'en réalité ce n'est même pas drôle.
Et au final je ne sais même pas à quel public ça peut s'adresser : sans un minimum de culture générale et de références historiques solides, on passe à côté allègrement. Mais même quand on comprend les références, c'est... plat. Bof bof.

Dans le tas, il y a bien 2 ou 3 faux statuts qui font sourire, mais c'est bien tout...
Malgré la page au début de chaque période qui retrace quelques grands moments pour remettre dans le contexte, on passe les années à toute vitesse, c'est très expéditif, on reste sur notre faim, c'est très incomplet et les rares évènements "parodiés" ne ressortent pas de manière mémorable...
A force, c'est beaucoup trop anecdotique et lapidaire pour que ça aie un quelconque intérêt.

Il faut dire qu'à la base, faire un livre humoristique est déjà une sacrée difficulté, surtout basé exclusivement sur un concept comme celui-là. Le défi n'a clairement pas été relevé, et pourtant il pouvait bien y avoir un certain potentiel, mais il est tombé à plat. L'énumération de faits historiques couvrant deux millions d'années en 160 pages, même en "format Facebook", ça ne passe pas...

Malgré tout, comme je le disais, certains gags font sourire.
A mes yeux c'est l'ensemble qui ne valait pas d'être édité et commercialisé.

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C'était une mauvaise pioche, tant pis !
Je n'en reste pas moins reconnaissante envers les éditions Puf (Presses universitaires de France) et l'opération Masse Critique de Babelio qui m'ont permis de m'en rendre compte

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